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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 10:31

~~L’invention du réalisme.

‘L’invention du réalisme’ est un livre récent (mars 2015) qui a immédiatement attiré mon attention pour des raisons évidentes. Ce livre (édit. Cerf) est écrit par un universitaire philosophe : Etienne Bimbenet. Première déception l’auteur ne s’adresse qu’à ses pairs et ne cite dans son ouvrage que des philosophes. Le ‘critique’ qui m’a permis de découvrir ce livre avertit : « Sans doute ce philosophe original n’a-t-il pas encore pris le temps de faire court, ni de faire vraiment simple. »

Le fil directeur de ce livre ne peut qu’attirer notre attention puisqu’il tente d’approfondir la réflexion sur l’énigme : l’invention humaine du réel. Celle-ci constitue un défi pour la pensée car l’énigme à interroger est celle d’un animal qui est devenu humain, au prix d’une rupture profonde avec ses formes d’existence antérieures. Cet animal en se mettant à parler, a rompu la corrélation originaire avec son milieu. Il a inventé « le monde », le réel, l’affirmation d’un tout ne dépendant pas de lui. Pour ce philosophe et les philosophes en général : l’animal se caractérise par le fait qu’il projette son existence dans un milieu, un milieu satisfaisant ses besoins terre à terre : nourriture, reproduction… et l’être vivant qui devient un être humain se caractérise par le fait qu’il projette son existence dans un monde conçu comme un tout ne dépendant pas de lui. La question anthropologique fondamentale est la suivante : comment un sujet vivant peut-il sortir de lui-même ? Et appréhender, ‘voir’, discriminer, ce qui ne serait pas une émanation de ce qu’il est.

Il n’est pas interdit de penser que ce que nous avons découvert sur les parois de la grotte Chauvet corresponde au stade le plus élaboré du processus affirmant qu’une intelligence définitivement humaine avait identifié un monde extérieur représentable. On comprend bien pourquoi les sujets de ces dessins extraordinaires, émouvants puisque tellement réalistes, sont des représentants du monde animal. Ces artistes du paléolithique nous disent que ces animaux représentés avec une telle économie de moyens sont encore dans l’immédiateté de leur existence mais irrémédiablement ils s’en distinguent.

Bien qu’E. Bimbenet ne s’intéresse nullement aux physiciens, aux cosmologistes, qui prospectent le monde que le sujet pensant conçoit, il vaut la peine de lire son livre. En même temps il faut s’inquiéter de ce discours cloisonné et cloisonnant qui ignore le discours des scientifiques, sur un tel sujet. Pourtant tout au long de son livre il se réfère à la phénoménologie et au fondateur de ce ‘système méthodologique d'accès à la vérité des choses’ : Edmund Husserl (1859-1938), qui lui, a écrit un ouvrage significatif en 1936 qui s’adressait aux scientifiques : ‘La Crise des sciences Européennes et la Phénoménologie transcendantale’.

Dommage que Bimbenet n’ait pas compris que le sujet qu’il a tenté de traiter concerne toutes les activités et les quêtes intellectuelles de l’être humain. Dans la suite du présent article je citerai les pages du livre et les fragments qui enrichiront et prolongeront notre réflexion entreprise sur le sujet car le 26/08/2014, j’ai déjà proposé un article qui évoque cette émergence d’une intelligence primordiale qui s’extirpe de son milieu aliénant et fonde un monde à sa mesure : ‘Un authentique Big-Bang’ : « Ainsi, c’est un authentique ‘big bang’ qui s’est produit quand a surgi dans la Nature une première intelligence, surgissement que l’on situe à peu près entre 10 à 8 millions d’années. Cette intelligence primordiale de notre ancêtre, qui est à l’origine de la trace de la lignée humaine, s’est différenciée des autres hominoïdes en s’installant dans l’espace et dans le temps. C’est donc une ‘Présence’ embryonnaire qui s’installe… »

Dès la page 13 et les suivantes l’auteur précise ce qui l’occupe : « … nous aimerions ouvrir ce dossier philosophique : l’invention du réalisme. Un tel dossier regroupe un ensemble de questions profuses et néanmoins convergentes : comment un vivant a-t-il pu un jour sortir du relativisme et se mettre à croire que le monde existait ? Comment un tel vivant a-t-il pu croire que ce monde était plus vieux que lui, qu’il lui survivrait, qu’il était commun à toute vie possible ? » « Comment cette ouverture fut-elle possible ? Le langage est manifestement partie prenante en cette affaire… » La contribution du langage est certainement essentielle et c’est ce que j’ai pointé dans mes articles du 11/07/2012 : ‘Faire alliance avec les linguistes pour avancer’ et du 10/10/2013 : ‘Comment nous sommes devenus avec/dans le langage.

« Ainsi nous provenons d’une vie (animale) centrée sur soi et s’entourant d’un milieu, c’est-à-dire de tout ce qui compte pour elle. Cet idéalisme pourrait être la définition même d’une vie simplement vivante, ou non encore humaine. Or au terme du parcours hominisant nous trouvons tout à fait autre chose : une vie centrée non plus sur soi, mais sur le réel. (sic) »

p.22 « le réalisme est une attitude : c’est pourquoi on ne saurait le confondre avec le réel auquel prétend cette attitude. On peut croire sans retour au réel, au fait que le monde est là, inhumain et se passant de nous pour être. » Ou bien p.23 « Telle est épurée et radicalisée, la forme liminaire de notre étonnement. Celui-ci s’impose depuis le fait, scientifiquement établi, de notre origine animale. Sauf que celle-ci est désormais passée en philosophie pour y induire, de force, un paysage conceptuel nouveau. Impossible par exemple de s’en remettre à une analyse conceptuelle atemporelle (sic). Dans un tel paysage les concepts sont inévitablement compromis avec l’élément empirique de l’évolution. » ; « Il nous faut considérer que le réalisme n’a pas toujours été, qu’il est une invention de la vie, et plus exactement de l’évolution. Dans l’histoire des vivants le réalisme n’a pas toujours été : il a fallu le long, périlleux, et contingent processus de l’anthropogenèse pour faire advenir une espèce faisant du monde son tribunal ; posant le monde au centre, dans la perception, l’agir, le vouloir ou même le sentiment. »

Comme dit précédemment : « celle-ci est désormais passée en philosophie » mais pas uniquement, en physique aussi : « Impossible par exemple de s’en remettre à une analyse conceptuelle atemporelle. » En physique nous sommes conscients que des concepts évoluent au cours du temps, au fur et à mesure des découvertes constituant autant de tremplins vers la compréhension d’un monde de plus en plus riche de possibilités. Pour le sujet pensant l’ouverture se prolonge. Pensons tout simplement aux concepts d’espace et de temps. Cela concerne notre évolution à condition que l’on accepte de considérer que le développement de notre bagage intellectuel contribue au développement de ce que nous sommes en tant que sujet pensant…le monde.

N’oublions pas qu’avant 1920, Einstein considérait que le monde était immuable et atemporel et celui-ci correspondait à ce que l’on appelle notre galaxie : la Voie Lactée. C’est Edwin Hubble qui a éclairé Einstein en lui faisant voir dans son télescope que cela bougeait, évoluait, au-delà de notre galaxie. Un siècle plus tard nous sommes habitants d’un Univers comprenant des milliards galaxies réunies en amas et de là en superamas et nous dévoilerons bientôt peut-être d’autres Univers exotiques. Le problème c’est que nous enregistrons ces évolutions de notre savoir d’une façon passive comme si elles ne nous affectaient pas, comme si elles ne nous transcendaient pas, comme si elles n’étaient que des ajustements et non pas des ouvertures. Tout dépend si on considère que l’espace et le temps sont fondés par l’être humain ou qu’ils appartiennent à la réalité physique du monde que nous prospectons comme l’affirment les réalistes.

Bref, étant donné la matière à réflexion que j’ai trouvée dans ce livre, après coup, je suis un peu injuste étant donné les reproches que j’ai formulés à l’égard d’E. Bimbenet. Mes articles que j’ai rappelés à cause des idées que j’ai rencontrées au cours de la lecture de ce livre sont dorénavant moins iconoclastes et apparaissent donc moins comme le fruit d’un exercice solitaire. Toutefois comme l’auteur a voulu que son livre soit un livre de philosophie pure, la portée de cette rencontre peut apparaître, dans le court terme, comme limitée. De ce sujet on en reparlera, c’est à peu près certain, mais avec qui ? Avec des physiciens, des philosophes, des philosophes de la connaissance ?

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