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6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 14:54

~~Deux lectures et quelques autres.

Première lecture :

Le sujet qui m’a interpelé au cours de ma première lecture en question se trouve dans un livre tout récent (2015) : ‘Foucault avec Merleau-Ponty (Ontologie politique, présentisme et histoire)’ de Judith Revel. Page 46-47, est évoquée la révolution islamique en Iran qui eut lieu en 1979. Dans ces pages, c’est la position de Foucault qui est analysé car il avait écrit dans la presse des articles enthousiastes à l’égard de cette révolution. Ensuite, il avait dû répondre à des critiques violentes qui lui reprochaient cet enthousiasme inconséquent qu’il avait éprouvé. Sa réponse repose sur la même argumentation que celle que l’on retrouvera en 1984, à partir de Kant, à propos de l’idée de révolution : « Une révolution est une virtualité de différence, l’ouverture d’une bifurcation dans l’histoire – c’est-à-dire un acte de liberté, indépendamment de la forme concrète dans laquelle elle s’incarne et des effets qu’elle peut induire. La révolution est un évènement, une rupture et bouleversement dans l’histoire, est signe (sic) de l’espèce humaine. » En fait Foucault avait repris un texte de Kant qu’il avait qualifié d’extrêmement intéressant : « Peu importe si la révolution d’un peuple plein d’esprit, que nous avons vu s’effectuer de nos jours (c’est bien entendu de la Révolution française qu’il s’agit), peu importe si elle réussit ou échoue, peu importe si elle accumule misère et atrocité, si elle les accumule au point qu’un homme sensé qui la referait avec l’espoir de la mener à bien ne se résoudrait jamais, néanmoins, à tenter l’expérience à ce prix… Un tel phénomène dans l’histoire de l’humanité ne s’oublie plus parce qu’il a révélé dans la nature humaine une disposition, une faculté de progresser telle qu’aucune politique n’aurait pu, à force de subtilité, la dégager du cours antérieur des événements… »

Deuxième lecture :

Il s’agit d’un article dans le journal le ‘Monde’ du 31/07, dans la rubrique : ‘Ces hôtels qui ont changé le monde’. L’hôtel en question le ‘Métropole’ à Bruxelles où, en 1911, eut lieu la première réunion des rencontres de ‘Solvay’. A cette première, se sont retrouvés réunis durant plusieurs jours les plus grands physiciens européens de l’époque. Sur la photo du groupe on reconnaît entre autres : M. Curie, H. Poincaré, M. Planck, H. Lorentz, A. Einstein, A. Sommerfeld, etc… A cette époque ce sont donc des physiciens classiques et des précurseurs de la physique atomique quantique qui confrontent leurs idées. Depuis on reconnaît les effets bénéfiques très significatifs que ces rencontres ont impulsés pour le développement de la physique contemporaine, rencontres qui ont eu lieu jusqu’en 1933. Ensuite, l’installation de l’idéologie nazie en Allemagne a provoqué la dispersion de cette élite intellectuelle scientifique.

A cette occasion Einstein (33 ans) voulait que soit validé son concept des quanta de lumière (le photon) dont il avait été amené à affirmer la valeur théorique à partir de l’étude de l’effet photoélectrique en 1905 (on peut dire que le concept de photon est le fruit d’un acte de liberté intellectuel comme signifié par Foucault). Mais ceux qui représentaient l’autorité scientifique à ce congrès refusèrent de se laisser convaincre. Ainsi ni Planck, ni Poincaré, traditionnalistes : c’est-à-dire promoteur de la physique dite classique, n’acceptèrent le concept précurseur d’Einstein. Celui-ci fut déçu, et exprimait sa frustration en écrivant à son ami et confident : M. Besso, que ces réunions ressemblaient à un ‘sabbat de sorcières’ et il ajoutait : «Personne n’y voit clair. Il y aurait dans toute cette affaire de quoi ravir une compagnie de jésuites démoniaques. » L’opposition aux quanta de lumière est persistante chez Planck au prétexte qu’elle conduirait à réformer la théorie de l’électromagnétisme de Maxwell et Lorentz. Poincaré est pessimiste à cette idée nouvelle.

A cette date : 1911, Einstein n’a pas une autorité scientifique suffisamment reconnue pour passer outre le scepticisme de Planck, d’autant que celui-ci est à l’origine en 1900 de l’idée de l’échange d’énergie par paquets discrets entre matière et rayonnement. Mais n’oublions pas qu’il n’a jamais été convaincu de la validité physique de cette thèse. Pour lui c’était une conception empirique, par défaut et sa fameuse constante, qui apparaît dans l’équation de la densité d’énergie du rayonnement du corps noir, n’était qu’un pur artéfact mathématique et il refusait de lui attribuer une signification physique contrairement à la proposition d’Einstein. Bref M. Planck avait une conception classique des lois de la physique comme d’autres présents à ce premier congrès et il ne fallait pas attendre de leur part qu’ils dégagent, du cours antérieur des événements, des lois et des idées, un cours nouveau qui fasse émerger une bifurcation de la connaissance en physique.

On voit donc qu’il en est de même des révolutions scientifiques comme des révolutions sociales, la discontinuité s’impose toujours par une rupture et non pas dans une continuité de la réflexion. Au cours des rencontres de Solvay qui suivront émergera une nouvelle génération de physiciens qui imposera son autorité scientifique en rupture avec l’ancienne et reléguera l’autorité des anciens dans le camp d’une conception classique de la physique. Effectivement, A. Einstein sera le chef de file de cette nouvelle génération bien qu’il y eut des désaccords significatifs mais surtout dynamiques avec d’éminents représentants, de cette nouvelle génération, tels que Bohr, Heisenberg, Born, etc…

Est-ce que ces deux lectures associées nous indiqueraient le chemin le plus approprié pour sortir de l’impasse persistante dans laquelle se trouve actuellement la connaissance en science physique en se référant uniquement aux 95% inconnu de ce qui composerait l’univers ? Où se situe la bonne bifurcation ? Pourquoi est-ce que depuis plusieurs décennies nous sommes incapables d’identifier ce que, par exemple, nous appelons la matière noire ? A cet égard, quelles sont les hypothèses persistantes formulées qui seraient un obstacle à l’élucidation de la bonne bifurcation ?

Déjà, le fait de l’appeler matière noire induit notoirement des caractères semblables à la matière ordinaire sauf qu’elle est invisible. Cela laisse supposer qu’elle est composée de constituants élémentaires, alors que rien ne permet de le considérer. De plus, certains scientifiques prêtent à ces constituants élémentaires la propriété de s’annihiler avec leur anti-élément en photons comme la matière ordinaire, alors que les données récentes recueillies par le satellite Planck, interdisent cette éventualité. Comme l’a écrit Kant, il y a plus de 2 siècles, il n’est pas facile de se dégager du cours antérieur des événements et ajoutons donc des idées. Il faut qu’il y ait une révolution des pensées et quelque part elle ne se décrète pas.

Certains physiciens sont convaincus que la matière noire interagit gravitationnellement avec la matière ordinaire mais pas selon la loi de Newton. D’autres affirment qu’elle n’interagit pas gravitationnellement avec elle-même. De toute façon on reste dans la continuité de l’interaction gravitationnelle et il n’y aurait à procéder qu’à des ajustements.

Actuellement une grande partie de la communauté scientifique a le regard fixé sur le LHC à Genève avec l’espoir que l’on va enfin découvrir des particules supersymétriques, parmi lesquelles on identifierait le neutralino : soit disant représentant un constituant élémentaire de la matière noire. La théorie de la supersymétrie est considérée comme une théorie prolongeant le Modèle Standard, ou bien comme une théorie dépassant le Modèle Standard, c’est selon. Ce qui est certain c’est que la théorie quantique des champs est la référence pour la concevoir.

A ce propos, il y eut le 26/07 sur le site de Sciences et Avenir, un article très (trop) succinct qui principalement signalait : ‘Une nouvelle avancée du CERN porte un coup dur à la "supersymétrie", une théorie de physique des particules destinée à combler les lacunes du "Modèle Standard" : ‘Selon une étude publiée lundi 26 juillet 2015 dans la revue Nature Physics, des chercheurs du CERN ont observé le mécanisme extrêmement rare de transformation d'un quark "beauté" en quark "up". Cette transformation, rendue possible grâce LHC du CERN, s'est effectuée exactement comme le prédit le Modèle Standard.’ Bien que cet article soit publié dans Nature Physics, il n’a pas été repris dans d’autres sites. Pour le moment on peut être sceptique à l’égard de cette annonce et si elle n’est pas reprise d’ici la fin de l’été, on pourra la laisser de côté, sinon on aura à faire à un sacré chambardement. Peut-être que là, nous tiendrons le début d’une rupture de la pensée scientifique des tenants du Modèle Standard de la physique des particules et des tenants du Modèle Standard de la cosmologie. On verra !

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