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8 septembre 2015 2 08 /09 /septembre /2015 12:57

~~La conquête de tous les possibles

C’est un ersatz d’effet papillon qui m’a amené à écrire l’article que je vous propose.

Premier battement : j’ai ressorti de ma bibliothèque le livre que je vous ai recommandé dans le précédent article du 02/09 : ‘Les fondements philosophiques de la mécanique quantique’ de Grete Hermann que j’avais analysé en 1996. J’ai relu dans la préface p. 9 de B. d’Espagnat (décédé il y a quelques semaines et reconnaissons qu’il nous a laissé une réflexion riche sur la science et sur la philosophie quoi qu’on en pense) : « Pour s’en rendre compte, il suffit de se rappeler qu’aussi bien les penseurs qui plaçaient la causalité au sein des choses que ceux qui la mettaient avant tout dans l’esprit humain l’identifiaient au déterminisme et voyaient dans ce dernier une condition sine qua non de la possibilité de la science. » Adopter l’un des points de vue : la causalité au sein des choses ou dans l’esprit humain, permet toujours de concevoir une pensée scientifique mais conduit à avoir un rapport avec la connaissance scientifique totalement clivé et partant conduit à concevoir des représentations du monde totalement divergentes.

Deuxième battement : je me suis remémoré, le cours de S. Dehaene, il y a 3 ans au Collège de France, qui précisait qu’il était possible d’affirmer qu’un bébé intégrait très précocement l’ordre cause- effet (voir article du 24/03/2013 : ‘Scientifiques, façonnés dès la naissance’). L’état de la recherche effectuée ne pouvait pas encore dire si cela était inné ou un des premiers acquis post-natal. Il me semble que depuis aucune précision n’a été apportée. Ce sera sans doute difficile de fournir une réponse finale tranchée car il est assuré maintenant que la communication avec le monde extérieur est précoce pour un bébé bien avant la naissance, de facto, il y a donc un apprentissage qui est engagé in utero. Mais n’excluons pas que nous pourrions finir par être capable de prouver scientifiquement que l’une des possibilités exclusive de l’autre est la bonne, en ce cas le point de vue philosophique de la source de la causalité n’aura plus lieu d’être, il sera relégué par celui de l’anthropologie, de la science.

Troisième battement : je me suis empressé de retrouver un article de septembre 2008 dans ‘Pour la Science’ que je n’ai jamais évoqué (et pour cause !) depuis sa lecture : ‘L’univers quantique auto-organisé’ de J. Ambjorn, J. Jurkiewicz, R. Loll. Dans cet article il y a un passage qui m’a évidemment fait sursauter, au moment de la lecture, car inacceptable selon mon point de vue : p.49 «… nous avons alors imaginé incorporer la structure causale à un stade plus précoce. Nous considérons que la causalité est une propriété fondamentale de la nature (sic) plutôt qu’une propriété émergente. » Voilà qui est dit sans coup férir ! Mais pas vraiment pensé quant aux conséquences vertigineuses de leur hypothèse si on se réfère à leur présentation : « Quel est donc le problème de la gravitation quantique euclidienne ? Nous avons fini par identifier l’ingrédient (sic) indispensable qui manque à la recette (sic) : la construction doit intégrer la causalité. En d’autres termes, l’espace-temps vide doit avoir une structure qui permet de distinguer naturellement et sans ambiguïté les causes et les effets. » Ceci permet aux chercheurs de modéliser par une approche nommée triangulation dynamique causale un espace-temps quantique qui à grande échelle devient l’espace-temps de la relativité générale. Pour conforter la pertinence de leurs travaux les auteurs précisent : « A ce jour, l’introduction de la causalité dans les modèles de gravitation quantique est le seul remède connu aux instabilités des géométries d’espace-temps superposés. »

Il n’est pas rassurant de constater que la pensée de physiciens puisse être réduite à trouver le bon ingrédient pour que la recette fournisse le bon modèle. Il m’est arrivé assez fréquemment de pointer ce type de dérive provoqué par un usage abusif des moyens techniques (ici, informatiques) qui permet d’éviter de penser aux fondements des hypothèses formulées : on calcule puis on pensera (peut-être) après. Qui a pu formuler ce type d’injonction ? : « Calcule et tais-toi ! »

Il ne faut pas oublier, comme le rappelle W. Heisenberg en 1934 : « Que nos formes d’intuition spatio-temporelle et le principe de causalité ne sont pas indépendants de toute expérience si l’on entend par là qu’elles devraient nécessairement demeurer à tout jamais des éléments constitutifs du contenu de toute physique. D’autre part, comme Bohr l’a tout particulièrement souligné, même dans la physique moderne (quantique) l’applicabilité de ces formes de l’intuition et du principe de causalité est présupposée pour toute expérience scientifique objective. », que l’espace-temps tel que le sujet pensant ‘l’intuite’ et principe de causalité comme le fonde le même sujet pensant sont liés.

Bien que l’espace-temps est de l’ordre de l’intuition du sujet pensant et la causalité d’un autre ordre c’est-à-dire d’un ordre un peu plus réflexif, l’interdépendance ne fait pas de doute. En fait, selon mon hypothèse, la causalité est dans l’esprit humain, elle met en évidence la spécificité de l’intelligence humaine, qui n’est pas universelle mais génère des règles fondamentales à l’aune de ses déterminations. La causalité serait de fait plus représentative des modalités du fonctionnement de notre cerveau qu’un prélèvement, une adoption, de ce qui existerait déjà dans la nature avant l’émergence d’une intelligence primordiale. Si la causalité était dans les choses naturelles, il faudrait admettre que la Nature bénéficie d’une guidance, qu’elle est marquée par un dessein. Or selon mon point de vue, la Nature ne peut comprendre la moindre détermination. Elle comprend tous les possibles, sans limite.

Grâce aux moyens nouveaux propres à l’imagerie cérébrale nous observons et nous comprenons que lorsqu’une pensée chemine (cause première), il y a concomitance avec des flux physiques induits qui cheminent effectivement dans notre cerveau. Il est observé aussi qu’il y a toujours une vitesse finie de cheminement. Il y a donc un début et un aboutissement de ce cheminement qui se distinguent clairement. A un avant, il y a un après qui lui est corrélé. Il y a donc un ordre temporel explicite qui s’impose étant données les spécificités physiques de notre cerveau comme support de notre faculté de penser. C’est cet ordre-là qui sous-tend l’ordre causal qui caractérise l’être humain.

Selon ma conception je m’inscris en opposition aux auteurs de l’article : « L’univers quantique auto-organisé ». Non seulement, je considère que la causalité est émergente et non pas fondamentalement dans la nature, j’ajoute que ceci est aussi évidemment ma conviction en ce qui concerne le temps et l’espace (avec une nuance pour l’espace car je pense que l’espace référent de la nature à l’échelle de l’émergence physique humaine induit la représentation de l’espace que l’être humain véhicule effectivement. (Voir article du 26/08/2014 :’Un authentique Big-Bang’))

La nature ne comprend aucune détermination, elle est la somme de tous les possibles. Notre univers tel que nous le concevons actuellement est un de ces possibles, il est la conséquence de la projection de nos déterminations, donc de nos capacités actuelles de concevoir mais il y aura dépassement et par extension nous accèderons à d’autres possibles dont certains ont déjà été potentiellement évalués et ne sont pas tabous (Multivers, les mondes multiples d’Everett, les paysages multiples de la théorie des cordes). A ce propos, je cite Jean-Philippe Uzan (directeur de recherche au CNRS) : « Tout d’abord, je pense qu’il ne faut jamais avoir peur de penser plus grand que ce que l’on connaît. L’homme a toujours décrit un Univers représentant ce qu’il était capable d’observer et de concevoir à une époque donnée. Au fil du temps, notre vision s’est élargie – de la planète Terre au Système solaire, puis à notre galaxie… –, et l’on peut finalement penser, à chaque étape, que cette structure que nous appelons « Univers » n’est pas une structure finale mais plutôt un élément dans un ensemble plus grand. Parce que si l’on veut donner sens à cette structure, la seule façon de le faire est de l’inclure dans quelque chose de plus large. C’est une démarche intellectuelle tout à fait naturelle et qui permet de poser des questions sur la « naturalité » du système que l’on décrit (est-il commun ou bien très particulier dans l’ensemble des univers théoriques que l’on se permet d’imaginer ?), questions que l’on ne peut pas aborder avec un objet unique. » p.37-38 dans ‘Multivers. Mondes possibles de l’astrophysique, de la philosophie et de l’imaginaire’, édit. ‘La ville brûle’, 2012.

Plus précisément, ma métaphysique s’exprime ainsi :

La somme de tous les possibles est l’Eternité. Lorsque le sujet pensant aura atteint la connaissance de tous les possibles, ce qui demandera un temps infini, il rejoindra l’éternité qui est celle de la Nature. En fait Eternité et Nature sont consubstantielles. L’éternité c’est équivalent à l’atemporalité, l’absence de chronologie.

Cet aboutissement demandera au sujet pensant un temps infini. Le concept de temps, est un concept qui est le symptôme existentiel de la nécessité d’avoir un support intelligible pour projeter devant soi l’infini. L’infini n’est pas l’expression d’une ignorance, il est l’expression d’une finalité perçue, conçue, mais à jamais accessible. Quand l’éternité est hypothétiquement atteinte, quid du temps ? Plus d’écoulement, le sujet pensant a non seulement rejoint l’éternité mais il en est son représentant. L’éternité est le tout qui est embrassé.

Quid de l’espace ? Idem, il n’y a plus d’espace car l’omniprésence est de fait tout autant spatiale que temporelle. Ainsi l’espace et le temps sont des concepts ‘transitoires’ et émergents et cela les détermine. Par conséquent toutes nos équations sont imprégnées de ces déterminations et les lever les unes après les autres est le défi permanent du sujet pensant. Toujours est-il que c’est la condition pour qu’émergent de possibles nouveaux paradigmes en science physique.

Comme le suggère Ph. Uzan, la vraie genèse que nous mettons en évidence n’est pas celle de l’univers à partir de son Big Bang, nous avons plutôt sous la pointe du crayon, dans nos formules, la dynamique du développement de nos connaissances à partir du Big Bang du surgissement d’une intelligence primordiale, il y a 10 millions d’années, qui est à l’origine de l’intelligence humaine. Il ne faut pas exclure que dans d’autres lieux, d’autres intelligences totalement distinctes de la nôtre, développent d’autres scénarios de conquête de l’Eternité.

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