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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 08:57

De l’implicite à l’explicite

Maintenant que Maldacena et Susskind ont conjecturé (en 2013), E. R. = E. P. R. c’est-à-dire qu’il y aurait une très forte relation d’équivalence entre la proposition originale d’Einstein, Rosen (publication 1935) à propos de l’espace-temps et la proposition, là encore originale, d’Einstein, Poldosky, Rosen (publication en 1935) à propos de l’intrication, il devrait être possible de franchir un cap important en ce qui concerne la conception de l’espace-temps. A l’égard de l’intrication sa bizarrerie est complètement confirmée expérimentalement (voir article, de A. Aspect et les autres, de synthèse finale, publié ces derniers jours, qui en fait enfin un nobélisable en 2016 avec A. Zeilinger). Bizarrerie, parce que toujours inexplicable dans le cadre de nos schémas et concepts traditionnels. Il n’y a que des balbutiements d’explications, ce n’est pas satisfaisant. A propos d’E. R., c’est tout le contraire il y a bien plus de commentaires, d’hypothèses, de propositions multiples d’explications, plus ou moins pertinents, qui ne sont que théoriques car aucune expérience n’apporte de preuves, mêmes faibles, de ce qui est initialement conçu dans l’article E. R.

Originalement, Einstein et Rosen proposent que l’espace-temps constitué de 2 feuillets soient reliés en certains points par des ‘trous de ver’ ; la connexion est appelée ‘pont d’Einstein Rosen’ et ils pensaient pouvoir expliquer ainsi la nature des particules élémentaires. Plus tard, J. Wheeler et Ch. Missner introduisirent l’idée de trous de ver reliant deux régions d’un même espace-temps, ou bien passage possible entre plusieurs univers. Il est d’ailleurs possible que la sortie du trou de ver débouche tout simplement dans une autre région de notre espace-temps, qui nous soit également connectée par un chemin ordinaire beaucoup plus long. Dans ce cas, le trou de ver constituerait un raccourci dans l’espace-temps. Il n’est pas du tout certain qu’un processus physique mène effectivement à un trou de ver. « Seule une physique nouvelle permettra de l’envisager », dixit M. Lachièze-Rey.

Si les trous de ver existaient, selon S. Hawking, « le problème de la limitation des vitesses spatiales serait résolu car en coupant par un trou de ver vous pourriez aller vous baguenauder le matin d’un côté de la Voie lactée et être de retour pour le diner. » Autre paradoxe concevable « Si les deux extrémités d’un trou de ver étaient proches, vous pourriez y entrer et en sortir en même temps. » On peut encore imaginer, « Emprunter l’extrémité d’un trou de ver pour faire un long voyage à bord d’un vaisseau spatial pendant que son autre extrémité reste sur terre. » Bien qu’inspirés de la théorie de la Relativité Générale ces scénarios dépassent notre entendement habituel, d’autant que dans la théorie d’Einstein, dans un contexte standard, un vaisseau spatial se déplace nécessairement à une vitesse inférieure à la vitesse de la lumière.

Jusqu’à présent l’hypothèse du trou de ver n’est pas vérifiable mais elle est fondée sur la base de la théorie de la relativité générale et de la relativité restreinte donc il y une base théorique pour la cogiter. En plus, il est difficile de balayer cette thèse d’un revers de main car pourquoi cette hypothèse serait-elle irrémédiablement incongrue alors que tous les autres concepts et solutions mis en œuvre grâce aux équations de la R.G. sont expérimentalement vérifiés ou presque.

Maintenant que la vérification expérimentale de l’intrication est définitivement confirmée on constate que la communauté scientifique reste toujours coite pour expliquer ce phénomène. On peut donc espérer qu’avec la conjecture E.R. = E.P.R. ce qui vaut pour E.R. en commentaires et hypothèses peut valoir pour E.P.R. et donc faciliter le déploiement d’hypothèses neuves à l’égard d’E.P.R.

Pour ma part, je considère qu’en ce qui concerne E.R., donc l’hypothèse du ‘trou de ver’, les quelques paradoxes que je viens de citer surgissent parce qu’on continue de raisonner toujours avec le même concept d’espace-temps. En fait on ne sait raisonner scientifiquement qu’avec cette hypothèse d’espace-temps comprenant aussi la contrainte universel d’une vitesse limite = C. Mais voilà, est-ce que le spectre des lois et des propriétés de la nature se superpose exactement à nos capacités actuelles de raisonnement et d’identification ? Nous devons envisager que la réponse soit négative et considérer que notre mutisme intellectuel actuel pour expliquer E.R. et E.P.R. en soit le symptôme.

J’ai déjà proposé, (voir articles du 29/10, du 10/11, du 9/12), qu’il se pourrait que l’intrication nous apparaisse comme telle parce que le sujet pensant (l’observateur de ce phénomène) ne peut fonder une base spatio-temporel pour décrire ce phénomène à cause de TpS (intervalle de temps qui a pour nous un apparaître, une mesure = 0). L’espace-temps étant le substrat de la chaine de causalité grâce à laquelle se fonde notre raisonnement, nous sommes ainsi démunis de tout repère de réflexion et de toute capacité descriptive. Enfin concomitamment, pas d’espace et pas de temps, aucune vitesse ne peut être définie. Vouloir décrire l’intrication avec nos concepts habituels d’espace, de temps et de vitesse < C de propagation d’interaction est voué à l’échec (le concept de trou de ver met à mal la convocation de ces concepts pour l’étudier). Ces données et contraintes sont inscrites dans notre esprit, non pas dans la Nature. On peut dire que le phénomène de l’intrication ne nous parle pas parce que nous n’avons pas l’intelligence du code pour rendre compte de la phénoménologie de cette propriété naturelle. Propriété naturelle car il est indéniable qu’il y a un processus qui est en jeu et que nous devons apprendre à le décrypter. Reconnaître et surtout comprendre nos déterminations de sujet pensant c’est en corolaire se donner les moyens de s’en émanciper. Accepter que ces déterminations conditionnent nos capacités actuelles de décryptage des lois et propriétés de la nature, accepter ce qui peut être évalué comme des limites puis les identifier c’est déjà se donner une possibilité de les dépasser.

Ce qui résulte de l’intrication nous perturbe parce que selon notre référentiel de pensées aucune information ne peut être véhiculée à une vitesse supérieure à C. Or nous analysons les choses comme si il y avait violation de ce critère. Ce qui pour nous est une information c’est ce qui fait sens, permet la communication et le débat entre les scientifiques, bref ce qui nourrit l’intersubjectivité. C’est notre condition d’être pensant qui détermine ce cadre. Est-ce que ce cadre peut être dépassé sans basculer dans le domaine de la métaphysique et ainsi quitter le domaine de la science physique ? Est-ce que nous pouvons développer un discours, qui soit scientifique, sur des faits naturels qui ne se produisent pas dans notre référentiel spatio-temporel traditionnel, et qui ne se dise pas au moyen d’une grandeur vitesse ? Est-ce qu’il se peut qu’entre des particules intriquées il y ait interaction, échange de signes qui ne soient pas encore, pour nous, recevables, identifiables comme élément d’information. Oui, cela se peut et l’Homo Sapiens que nous sommes, doit franchir un cap pour accéder à l’intelligibilité de phénomènes qui jusqu’à présent, n’étaient pas pour nous recevables et a priori ne faisaient pas sens.

Il est compris que nous sommes constitués de poussières d’étoile, et ceci est : jusque dans la structure la plus intime de ce qui nous constitue. La matière baryonique nous permet au moins d’être physiquement. Elle est la seule matière dans l’univers dont nous savons identifier son rayonnement. Nous en savons plus maintenant car les acides aminés naturels, briques élémentaires du monde vivant et constituants essentiels des protéines, sont uniquement celles qui sont polarisés gauche par la lumière naturelle (voir article du 02/08/2014). La contribution de la lumière des étoiles à notre être physique (et donc cérébral) est essentielle. Sans être devin on peut considérer que l’être humain est un récepteur particulièrement déterminé, sensible, et un décrypteur affûté des caractéristiques de cette matière/lumière. Naturellement elle fait sens et peut donc être caractérisée. Le problème qui se pose est que tout autre type de rayonnement, d’interaction, de processus, ne peuvent pas obligatoirement être caractérisé par les mêmes grandeurs et les mêmes valeurs. Nous devons franchir ce cap, d’autant que ce que nous savons identifier ne représente que 4,5% de notre univers.

Explicitement, il y a des situations naturelles et des propriétés pour lesquelles le physicien ne peut pas faire référence à un quelconque espace et un quelconque temps pour en rendre compte. Dans ce cas la grandeur vitesse n’a plus de sens car non définissable, dans ce contexte être obnubilé par la violation de la limite constituée par la vitesse de la lumière n’est plus approprié. Il faut penser que la vitesse de la lumière est une vitesse horizon, identifiée comme telle par le fait qu’elle est une composante qui contribue à notre détermination d’être humain. Dépasser cet horizon est maintenant à notre portée et s’impose si on veut continuer à décrypter le monde. Reste à inventer de nouveaux concepts, de nouvelles grandeurs, qui pour nous feront sens et en conséquence nous permettront de prélever des informations nouvelles sur des phénomènes qui effectivement se produisent dans la nature.

P.S.

J’ai lu dans un article : ‘L’Univers, un monstre informatique’ de Seth Lloyd et Y. Jack Ng, in ‘Pour la Science’ de Novembre 2004 : « En deçà de cette échelle, on ne peut plus parler de géométrie de l’espace-temps. Cette échelle de précision est beaucoup plus grande que la longueur de Planck, mais est cependant très petite : pour l’Univers observable, elle est de l’ordre de 10-15 mètre, valeur qui pourrait être à la portée des futurs détecteurs d’ondes gravitationnelles. » Or, mon estimation de TpS est de l’ordre de 10-23 à 10-25s, soit TpS × C = 10-15 à 10-17 mètre. 10-15m. = 1 fermi est, à la limite, encore accessible à la mesure : c’est la taille estimée d’un proton. En conséquence mon estimation de TpS est consolidée par des travaux qui ont une source de réflexion totalement disjointe de la mienne. C’est intéressant !

Un article récent : 9/12/2015, dans phys.org, rapportant des travaux de Dr Toby Cubitt et M. Wolf qui côtoient des problèmes de physique quantique insolvables et les expliquent grâce aux travaux de Gödel et de Turing. « En utilisant des mathématiques sophistiquées, les auteurs prouvent qu’avec une description microscopique sophistiquée d’un matériel quantique, définir s’il a un saut spectral est en fait indécidable. » Ce problème est posé : « Quand l’énergie devient très petite, c’est-à-dire quand les sauts spectraux sont rapprochés. » Cela conduit à s’interroger sur les limites du point de vue réductionniste et en conséquence celles de la dérivation des propriétés macroscopiques à partir de la description des propriétés microscopiques.

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