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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 09:49

Et si notre pensée était mal placée !

… si notre pensée était mal placée et trop restrictive, trop déterminée, pour rencontrer la nouvelle physique que nous appelons ! C’est l’interpellation qui m’est venue spontanément à l’esprit lorsque j’ai lu le premier article d’arrivée en responsabilité de Fabiola Gianetti an tant que Directrice Générale du Cern. « If new physics is there we can discover it, but it is in the hands of nature. » (Si une nouvelle physique est là, nous pouvons la découvrir, mais c’est entre les mains de la nature.)

D’un point de vue général l’article révèle un optimisme mesuré et de circonstance car l’année 2015 a été décevante. Les ratés du redémarrage du LHC laissent perplexe la communauté scientifique et interdisent de faire des projections de découvertes. Justement F. Gianotti et les directeurs font la liste des améliorations techniques qui doivent être encore assurées pour faire surgir des perspectives d’une nouvelle physique. Les théoriciens sont silencieux. Ils ont certainement l’impression d’être à la fin d’un cycle de prédictions théoriques (les ressources théoriques du Modèle Standard sont épuisées, obsolètes). Le cycle suivant n’est pas du tout pensé à cause du manque de clairvoyance qui résulte d’une certaine suffisance ancrée au sein de la communauté scientifique trop certaine de maitriser le langage (mathématique) universel qui permet de décrypter toutes les lois de la nature. Il y avait donc la certitude que les expériences, confirmant les prédictions extrêmes du Modèle Standard, enfanteraient aussi, tout au moins, des indications sur le(s) chemin(s) à suivre pour aller théoriquement et expérimentalement au-delà de l’actuel Modèle Standard.

Les premiers signaux de cette bévue ont été perçus par ceux qui à l’occasion de la découverte du boson de Higgs se sont dit : « Que ça ! » Autant que je sache, ce boson n’a pas été revu lors de la session 2015.

Dans l’article en question de physicsworld du 04/01, il y a un commentaire qui rappelle la liste longue de tout ce qui est légitime de pouvoir observer dans les détecteurs du Cern mais qui, jusqu’à présent, ne livrent aucun indice, in fine il est commenté : « … et qui ne peut rien dire à propos de la matière noire, j’espère que les physiciens théoriciens ou au moins le public scientifiquement éduqué (sic) demandera une nouvelle pensée pour unifier la R.G. la M.Q. et le S.M. »

Un autre commentaire nous dit : « Si nous ne pouvons pas voir aucune sorte de radiation attribuée à la matière noire, il semble improbable de la découvrir ici (au LHC) qu’elle que soit la puissance de nos appareils. Je voudrais affirmer dans ce cas que la matière noire a besoin d’une théorie au-delà (sic) de tout ce que nous avons pu concevoir par consensus. »

Il est donc dommage que F. Gianotti exclut qu’il y ait le moindre doute sur la pertinence complète de la pensée scientifique actuelle en physique des hautes énergies. L’avenir de la compréhension de nouvelles lois régissant la nature, n’est pas évidemment dans les mains de la nature mais dans le cerveau des physiciens. Effectivement à propos de la matière noire, en grande partie, nous calquons notre quête sur le modèle de la matière baryonique rayonnante de lumière qui nous est si familière car c’est la matière qui nous constitue au plus profond de notre être physique et physico-cérébrale. Bon récepteur de cette lumière donc bon penseur que nous sommes. Quid de la matière noire dont on pense qu’elle interagit gravitationnellement avec notre matière mais avec quelle intensité ? Dont on ne sait toujours pas si elle interagit avec elle-même ! Est-elle constituée d’éléments granulaires et irréductibles ? En fait a priori on le postule pour justifier le scénario des puits de potentiels primordiaux d’accrétion de la matière baryonique et donc pour justifier le modèle de la genèse de l’univers à partir du Big Bang. Ce scénario devient un obstacle quasi doctrinaire (voir article du 31/03/2015) pour rejeter les résultats relatifs à la théorie MOND qui pourtant connaissent des évolutions intéressantes.

Plus généralement, considérer que toutes les catégories de matière sont régies par la contrainte E = miC2 doit être réévalué. En effet, il est évident qu’une matière chargée électriquement ne peut pas atteindre une vitesse égale à C puisque c’est la vitesse du champ électromagnétique émis par cette matière. De plus la signification physique d’une masse d’inertie est dans ce cas plausible. Est-ce que cela vaut pour de la matière non chargée comme la matière noire ? A l’évidence ce questionnement vaut aussi pour les neutrinos. Il ne peut pas nous échapper qu’il y a des hypothèses qui supposent la substitution et/ou la complémentarité entre matière noire et neutrinos (stériles), notamment en ce qui concerne les amas de galaxies.

Pourquoi la matière noire et l’antimatière noire s’annihileraient en photon gamma comme cela est fortement présupposé avec AMS et avec le télescope Fermi et DAMP (nouveau détecteur lancé par la Chine) ? Cette présupposition est étonnante alors que par définition la matière noire ne rayonne aucune lumière reconnue actuellement quelle que soit la longueur d’onde.

Considérer qu’il est temps de s’émanciper d’un cadre conceptuel devenu trop limité pour aller au-delà est un pari à prendre mais aussi risqué car, de fait, nous n’avons aucun filet raisonnable pour nous projeter vers ce monde inconnu. Je m’appuie donc sur le fait de l’insolvabilité actuelle de la quête de matière noire. Je m’appuie aussi sur le constat que nous sommes constitués physiquement de matière ordinaire au plus profond de nous-même c’est-à-dire qu’il en est de même au niveau cérébral. Est-ce que cela peut induire un tropisme qui fasse obstacle à la perception naturelle d’un au-delà et d’un ailleurs ? Nous ne pouvons pas exclure cette hypothèse. De plus, il est juste de considérer que la matière que nous connaissons et la lumière que nous détectons sont les 2 versants d’un même savoir (voir article du 27/05/2012 : Lumière/Matière ↔ Matière/Lumière). Cela fait que nous sommes constitutivement de parfaits détecteurs absolus de cette lumière et je dirais de parfaits penseurs de celle-ci. S’il y a exclusivité est-elle rédhibitoire ? Je fais le pari que non et je considère que le sujet pensant saura dépasser ce tropisme (voir article du 31/07/2013 : Être de lumière et intelligence des lumières).

A notre connaissance actuelle de la lumière maxwellienne est impérativement associée la vitesse de propagation de celle-ci. Elle a même jusqu’à présent la valeur d’une constante universelle. Or nous sommes confrontés à deux situations physiques où C en tant que limite n’a plus de sens, en tous les cas elle ne peut pas nous permettre de comprendre les phénomènes en jeu. Il en est ainsi de l’intrication et de l’hypothèse du ‘trou de ver’. Dans l’article du 29/12/2015, j’ai considéré que cela était dû au fait que dans ce contexte le concept d’espace-temps n’était plus fondé par l’observateur. Dans certaine situation l’idée de vitesse ne peut être définie, c’est quand nous sommes conduit à considérer que C pourrait être dépassée. Au-dessous de C, au-dessous de cet horizon, le concept d’espace-temps fait référence pour le physicien, au-delà de cet horizon, il ne peut plus le faire. Peut-être est-ce la raison pour laquelle on ne peut pas ajouter de la vitesse à C. Cela ne devrait pas nous amener à considérer que définitivement il n’y a pas de nature au-delà de C.

Dans l’article du 27/05/ 2012, déjà cité, j’ai écrit : « Ces contraintes sont constitutives de l’horizon physique de l’univers, celui que nous pouvons décrypter, qui nous est accessible concrètement et intellectuellement » Début 2016, je dirais que pour bien placer notre pensée afin de nous rapprocher d’une nouvelle physique, comme le souhaite F. Gianetti, nous devrions penser qu’il y a un Monde au-delà de C, bien que le concept tel que celui d’espace-temps et partant la grandeur vitesse n’ont plus cours dans cet au-delà. Il faut reconnaître qu’il y a un risque d’errance, de divagation, intellectuelle car expérimentalement nous n’avons aucun détecteur qui pourrait nous fournir a priori des indices d’un bien fondé de cet au-delà puis que tous déterminés par E = mic2. Ce dont nous disposons ce sont des énigmes théoriques que nous ne savons pas résoudre en exploitant l’arsenal des concepts actuels. Dans ce contexte, il faut repenser ce que disait Einstein à sa conférence d’oxford en 1933 : « L’expérience peut, bien entendu nous guider dans notre choix des concepts mathématiques à utiliser, mais il n’est pas possible qu’elle soit la source d’où ils découlent. […] C’est dans les mathématiques que réside le principe vraiment créateur. En un certain sens, donc, je tiens pour vrai que la pensée pure est compétente pour comprendre le réel, ainsi que les Anciens l’avaient rêvé. » Ici, en fonction de ce que je propose, notre pensée pure créatrice doit être mise à l’œuvre.

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