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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 10:33

NOW

‘NOW’

Préambule : jusqu’en 2013, j’ai connu la solitude de celui qui proposait l’hypothèse de ‘l’instant Présent’ et ‘TpS’, puis effectivement, en 2013, solitude rompue et accueil enjoué de la toute nouvelle réflexion de L. Smolin, article : ‘Bienvenu au ‘Moment Présent’ de Lee Smolin’. Ensuite, il y eut un nouvel accueil : ‘Bienvenu au ‘Temps créatif’ de N. Gisin, le03/06/2016. Vient de sortir un nouveau livre : ‘Now’ mais je ne lui réserve aucun accueil particulier. Lire ci-dessous.

Maintenant, la physique du temps’ est le titre d’un livre qui vient de sortir aux Etats-Unis dont j’ai lu une première critique dans un article de Phys.org du 21/09/2016. A vrai dire, bien qu’il traite d’un sujet sur lequel j’investis beaucoup, je n’avais pas envie a priori de m’exprimer sur l’article du livre. Quelques jours après, le 29/09 il y eut un article dans ‘Nature’ sur le même sujet. Sans enthousiasme, je me suis senti obligé de prendre la plume. Sans enthousiasme parce qu’il est navrant de mesurer combien certains physiciens ont une pensée recroquevillée sur des idées et des concepts qui ne peuvent plus nous ouvrir des horizons nouveaux pour vaincre les obstacles théoriques sur lesquels nous butons. Le physicien en question, auteur du livre, Richard A. Muller, nous dit : « Le temps a été la pierre d’achoppement à notre compréhension de l’univers. » La nouvelle idée de Muller est : « Le temps connaît une expansion parce que l’espace connaît une expansion. Le nouveau principe physique qu’il énonce est que l’espace et le temps sont liés (voir relativité restreinte et générale) ; quand vous créez de l’espace nouveau, vous créerez du temps nouveau. »

Muller est un suiviste d’Einstein, et il considère que toutes les considérations sur l’univers et son expansion sont réalistes ce qui l’autorise à affirmer : « l’espace n’est pas la seule chose qui augmente ; l’espace-temps augmente. Et nous surfons sur la crête de la vague, ce que nous appelons ‘Maintenant’ », « A chaque instant, l’univers devient plus grand, et il y a un peu plus de temps, et cela fonde en permanence ce rebord en avant du temps que nous qualifions de : maintenant. », « Le futur n’existe pas encore, il est en voie d’être créé. », « Parce que le futur n’existe pas encore, nous ne pouvons voyager dans le futur. Le retour dans le temps est aussi impossible puisque l’univers ne se replie pas. »

Il est étonnant que le réalisme de Muller qui veut rester au plus près des idées Einsteinienne reste muet sur la très grande contradiction que véhicule son hypothèse. En effet Einstein exclut toute idée du ‘maintenant’ : cela s’impose évidemment dès qu’on exploite les équations de la relativité restreinte. Verbalement citons ce qu’il en pense, dixit Th. Damour : « Le fait que le passage du temps (le maintenant) ne corresponde à rien dans la réalité physique » comme le dit Einstein : « la séparation entre passé, présent et avenir, ne garde que la valeur d’une illusion, si tenace soit-elle. »

La conception aveuglément réaliste de Muller l’amène à dire : « Et nous surfons sur la crête de la vague, ce que nous appelons ‘Maintenant’ ». Ainsi, selon ce schéma, l’être humain créateur de la connaissance en cours qui fonde notre Univers n’est, ipso facto, qu’un pantin surfant sur la crête de la vague… Le propre de la croyance des réalistes est de déresponsabiliser, d’effacer l’être humain des connaissances qu’il met en relief, puisque celui-ci, au bas mot, ne peut être que le lecteur passif de ce qui est. (En ce qui le concerne, A. Einstein lucide écrivit[1] : « …j’ai fui en me vendant corps et âme à la Science : j’ai fui le JE et le NOUS pour le IL : du il y a. »)

Dans mon schéma : la compréhension des lois de la nature entretient une dynamique de réduction des déterminations de l’être de la nature qui nous habite, (cf. la théorie de l’évolution), et cette émancipation progressive enrichit les perspectives de l’horizon de l’être dans la nature. Ainsi l’être humain ne peut être in fine qu’un être en devenir, ce devenir est en perpétuel renouvellement, il y a là, avec cette perspective, matière à l’engendrement d’une irréversibilité et partant d’une flèche du temps.

Le deuxième article du 29/09 dans ‘Nature’ relate surtout le scepticisme de A. Jaffre, auteur de l’article ‘Trouver le temps’. « Parfois, je suis convaincu que ‘Now’ est un non-problème. Une fois que la mécanique quantique et la thermodynamique ont donné la direction du temps, ‘now’ n’est pas physique, mais il est une combinaison de la flèche du temps avec la psychologie et la physiologie. Le passé est ce qui est encodé dans notre mémoire. A un rocher, un électron ou une galaxie, il n’y a pas de ‘now[2]’ (sic). Mais occasionnellement, je me demande si cela est suffisant (sic). »

Enfin il conclut : « Désolé, je n’adhère pas aux arguments : que ‘now’ ne soit pas ou soit un non-problème, l’idée de Muller est de mon point de vue une non-solution.(sic) »

En 1994, A. Connes et C. Rovelli ont publié un article de 17 pages de calcul qui s’attelait au problème suivant :

L’algèbre des automorphismes de Von Neumann et la relation du temps thermodynamique avec les théories quantiques généralement covariantes.

Abstract. Nous considérons l’ensemble des problèmes soulevés par les relations entre la notion de temps, la théorie de la gravitation, la théorie quantique et la thermodynamique ; en particulier nous nous adressons au problème de relier ‘l’intemporalité’ à l’hypothétique, fondamentale, ‘ théorie quantique des champs généralement covariante’ avec ‘l’évidence’ du flux du temps. En utilisant la formulation algébrique de la théorie quantique, nous nous donnons une perspective d’unification de ces problèmes en nous basant sur l’hypothèse que dans une théorie quantique généralement covariante, la flèche du temps physique n’est pas une propriété universelle de la théorie mécanique, mais plutôt qu’elle est déterminée par l’état thermodynamique du système (‘hypothèse du temps thermique’). Nous intégrons cette hypothèse en utilisant une propriété structurelle clé des algèbres de Von Newmann : le théorème de Tomita-Takesasi, qui permet de dériver un flux du temps, nommément un groupe d’automorphismes à un-paramètre de l’algèbre des observables, à partir d’un état physique thermal générique…

Conclusion, après 17 pages de calcul :

Les difficultés de trouver une interprétation consistante d’une covariance générale de la théorie quantique des champs sont multiples. Dans ce travail nous avons pointé une de ces difficultés : le problème de relier l’intemporalité de la théorie fondamentale avec l’évidence du flux du temps. Nous avons tenté d’introduire un ingrédient pour solutionner ce problème, sous la forme d’une relation générale entre l’état thermique d’un système et le groupe à un-paramètre d’automorphismes de l’algèbre des observables, interprété comme le flux du temps. Du fait que nous n’avons pas proposé une définition précise du ‘temps physique’, si ce n’est son identification avec un temps non relativiste et avec les temps de Lorentz dans la limite relativiste non-(générale), nous avons délibérément laissé une dose d’indéfinition dans la formulation de l’hypothèse du temps thermique… En dépit de cette incomplétude, nous avons trouvé que le nombre de faits indépendants qui sont connectés à l’hypothèse du temps thermique suggère que cette hypothèse pourrait constituer un ingrédient à la fondamentale théorie quantique généralement covariante : toujours pas découverte. »

Depuis 1994, rien de nouveau. Je n’ai pas eu l’occasion de constater des citations de cette publication, qui n’aurait donc pas fructifié. Je n’ai pas eu, non plus, l’occasion de lire une suite à ce travail.

Dans l’abstract les auteurs nous disent qu’ils cherchaient une voie d’unification entre le flux du temps qui n’est pas une propriété universelle puisque asymétrique (irréversible) avec une théorie quantique généralement covariante donc obéissant à des propriétés de symétries. Dans leurs conclusions, ils nous disent qu’ils ont rencontré une difficulté majeure : comment relier l’intemporalité de la théorie fondamentale avec l’évidence du flux du temps ?

Il faut rappeler que l’intemporalité est un préalable à la pensée d’Einstein lorsqu’il conçoit la théorie de la Relativité Générale : ‘Dans un Univers immuable les bonnes lois de la physique sont celles qui sont invariantes étant donnés les points de vue des différents observateurs’. Sauf que ce raisonnement n’élimine pas l’observateur, mais relativise son point de vue et la valeur de la covariance générale n’a sa consistance qu’avec la présence d’observateurs dans le dispositif. Ici donc, s’impose une source inaliénable d’un flux du temps. Ainsi vouloir relier mathématiquement l’intemporalité de la théorie fondamentale avec l’évidence du flux du temps est condamné à l’échec. Il y a une hétérogénéité radicale entre ce qui est de l’ordre de la nature et ce qui est de l’ordre de l’observateur : le sujet pensant. L. Smolin a intuité ce problème sans penser plus loin, c’est-à-dire sans franchir le Rubicond, et c’est dommage, pourtant il a considéré que la mathématisation de la physique pouvait avoir des limites. Voir article du 02/05/2013.

A ce niveau de la réflexion, on doit se préoccuper d’une forme de stérilité dans laquelle s’enferre les physiciens qui est dû à une croyance que les bonnes connaissances sont celles qui satisfont uniquement aux contraintes de la logique mathématique, c’est-à-dire les leurs. Cette conception étriquée et bornée est une source de réduction et d’aveuglement et le reflet de beaucoup de mépris à l’égard d’autres domaines de connaissances comme il m’est arrivé en maintes occasions de le regretter. Ainsi, on peut s’interroger, pourquoi Connes et Rovelli ignorent cette pensée remarquable, rigoureuse, vivante, et in fine objective, qui nous parle tant, du linguiste E. Benveniste (natif d’Alep) : « On pourrait croire que la temporalité est un cadre inné de la pensée. Elle est produite, en réalité, dans et par l’énonciation. De l’énonciation procède l’instauration de la catégorie du présent, et de la catégorie du présent naît la catégorie du temps. Le présent est proprement la source du temps. Il est cette présence au monde que l’acte d’énonciation rend seul possible, car, qu’on veuille bien y réfléchir, l’homme ne dispose d’aucun autre moyen de vivre le ‘maintenant’ et de le faire actuel que de le réaliser par l’insertion du discours dans le monde. » E. Benveniste : Problèmes de linguistique générale, vol 2, Paris 1974.

Le propos de Benveniste, qui pour moi a la valeur d’une démonstration, confirme que nous devons considérer qu’il y a un temps de la physique c’est celui que nous plaçons dans les équations, il peut être rapporté au temps du discours du physicien générique mais en conséquence il n’y a pas de temps physique à proprement parler contrairement à ce qu’ont à nouveau affirmé A. Connes et C. Rovelli : « l’hypothèse que nous avons mis en avant dans cette publication est que le temps physique a une origine thermodynamique. »

A cause de l’échec de la tentative d’A Connes et de C. Rovelli, je considère que ma conception métaphysique de la dynamique des avancées de la connaissance en science physique : « Au sein d’une éternité, parmi tous les possibles, l’anthrôpos creuse sans fin sa conception de l’univers. » est confortée. Vers l’éternité qui est la somme de tous les possibles, et qui n’est qu’un horizon, il est normal que nous y projetions une perspective (cela fait de nous des êtres humains qui se différencient de tous les êtres vivants) ; ceci explique en quoi, la pensée einsteinienne est particulièrement originale et puissante. Mais l’anthrôpos creuse sans fin, et cette activité du creusement détermine la direction d’une flèche du temps. La flèche du temps thermique, en fait le processus de l’intangible irréversibilité est une conséquence, une apparence, un ersatz, de celle-ci.

Enfin, je reviens sur l’article de ‘Nature’ du 29/09 car il y a un commentaire pertinent qui nous signale que R. Muller dans son livre ‘Now’ renie la Relativité d’Einstein par inadvertance. En effet Muller affirme : « Parce que le futur n’existe pas encore, nous ne pouvons pas voyager dans le futur. » Pour contredire et s’opposer à cette assertion, le commentateur fait référence à un article de Th. Damour dans http://www.bourbaphy.fr/damourtemps.pdf : « Le paradigme de la R.R. bouleverse la conception usuelle du temps avec le paradoxe des jumeaux. Faisons la remarque frappante que la possibilité de la dilatation du temps prouve que le voyage dans le temps (vers le futur) est concevable. En tant qu’expérience de pensée (si on néglige quelques détails tels que les technologies nécessaires pour atteindre des vitesses comparables à celle de la lumière, le coût du fuel et la capacité du voyageur de supporter des accélérations très élevées), il montre qu’un être conscient peut sauter, ‘en une minute’ (de son temps ressenti) arbitrairement loin dans le futur, disons 60 millions d’années en avant, et voir, et être partie de, ce qui (adviendra) se produit sur la planète terre. Ceci est une voie claire pour comprendre que le futur ‘existe déjà’ (que nous pouvons expérimenter en une minute). »

Il est clair pour moi que cette proposition d’expérience de pensée énoncée par Th. Damour n’a pas de valeur car dans mon schéma le ‘TpS’ est un invariant absolu, quel que soit le référentiel auquel le sujet pensant est attaché, par rapport à un autre sujet pensant en mouvement dans un autre référentiel. La loi de la dilatation d’un intervalle du temps ne s’applique effectivement que pour des opérations techniques et des mécanismes. Par ex : l’intrication, si dans un référentiel O, ∆ti<TpS, l’observateur considère que les deux objets sont intriqués et si dans un autre référentiel O’ relativiste, ∆t’i = ϒ∆ti>TpS, en conséquence l’intrication n’est plus effective pour l’observateur dans O’. Cela peut être plus qu’une expérience de pensée car matériellement on peut (on pourra) probablement envisager une vérification expérimentale de mon hypothèse de ‘Temps propre du Sujet’ : TpS.

[1] « Je crois, avec Schopenhauer, écrit-il, que l’un des motifs les plus impérieux qui conduit les hommes aux arts et à la science est la fuite de la vie quotidienne avec sa douloureuse cruauté et sa sécheresse sans espoir. » Mais aussi, si je peux me permettre, leitmotiv pour la personne intime, quand Einstein écrit à son ami H. Broch : « Ce livre me montre clairement ce que j’ai fui en me vendant corps et âme à la Science : j’ai fui le JE et le NOUS pour le IL du il y a. » Le livre en question était la ‘La Mort de Virgile’, cadeau offert par cet ami, H. Broch, et Einstein exprimait à la fois, dans une lettre de remerciement, la fascination et la résistance acharnée suscitées par la lecture de l’œuvre. On pourrait rappeler avec une dose raisonnable d’ironie qu’un individu, un sujet, qui fuit, résiste, est toujours extrêmement là, présent,… à son insu, à son corps défendant… Marie-Antoinette Tonnelat : scientifique et femme de lettres, avait qualifié avec indulgence et poésie, « ce troc de l’irisation du ‘je’ et du ‘nous’ par le dépouillement du ‘il y a’, Einstein a conscience du choix inhérent à cette éthique », mais selon elle, il fallait aussi en payer le prix. D’après son expérience, en guise de conclusion, elle n’hésite pas à affirmer : « Cette propulsion négative est, néanmoins, certainement beaucoup plus fréquente qu’on ne le dit. »

[2] Cet argument signifie que la ‘Présence’ du sujet connaissant est un non-problème, est dérisoire pour ce physicien, c’est à égalité d’intérêt avec l’existence d’un caillou, d’un électron…

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