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26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 06:53

Perspectives

Au Collège de France, Françoise Combes a terminé son cours : Énergie noire et modèles d'univers, le 06/02/2017 par une séance intitulée : Perspectives avec Euclid, WFIRST, LSST, SKA. Ces noms désignent les instruments existants déjà partiellement ou vont être développés très prochainement pour mieux cerner, pour l’essentiel, la problématique de l’accélération de l’expansion de notre univers. Chacun de ses nouveaux moyens d’observation représente un investissement minimum de 1 milliard d’euros. L’intitulé de cette dernière séance est sans ambiguïté et F. Combes, en tant que physicienne, nous indique que la perspective essentielle est l’obtention de ces instruments et que ceux-ci soient opérationnels d’ici quelques années pour que soit atteint un seuil de connaissance significatif sur la dynamique de l’évolution globale de notre univers. La communauté scientifique des astrophysiciens, cosmologues, et autres catégories souhaitent participer à cette aventure, même pour ceux qui n’auraient qu’une perspective de court terme, terrienne, cela est professionnellement valorisant et à la clef, il y a une intéressante perspective de création d’emplois scientifiques. Précisons qu’avec ce sujet nous sommes concentrés sur la conquête de connaissances purement fondamentales concernant la structure de notre univers et sa dynamique.

Dans un billet, du ‘Monde’ du 22/02, signé par Louise Mussat, avec le titre ‘L’architecture cosmique éclaire sur l’énergie noire.’, dans le paragraphe : ‘Simuler les évolutions des grandes structures depuis le Big Bang’, il est écrit : « Chacun des modèles d’énergie noire (les astrophysiciens en ont élaboré tout un catalogue) influence de façon caractéristique les grandes structures de l’Univers. Pour savoir quel est le bon, il leur faut donc observer l’évolution de ces dernières, notamment avec des ordinateurs ultrapuissants. « Depuis 2012, nous utilisons le supercalculateur Curie, situé au CEA, dans le cadre du projet Deus, explique Jean-Michel Alimi, de l’observatoire de Paris. La machine est pétaflopique : elle est capable de résoudre un million de milliards d’opérations chaque seconde. Cette puissance nous permet de simuler l’évolution des grandes structures depuis le Big Bang jusqu’à l’Univers actuel » « Les données sont en cours de traitement mais, déjà (sic), les scientifiques envisagent d’élaborer une machine mille fois plus puissante. De catégorie exaflopique, elle serait capable de résoudre un milliard de milliards d’opérations à la seconde. « Cela nous permettrait de gagner en résolution, poursuit J.M. Alimi. Ainsi, nous pourrions non seulement observer la structuration de l’Univers dans son ensemble, mais aussi accéder à des évolutions plus fines, plus locales. » « Reste à relever les défis technologiques majeurs. Faire tourner un tel engin nécessite une énergie comparable à celle d’une centrale nucléaire (sic). Il faut donc réfléchir à des systèmes qui consomment moins, à des processeurs de nature différente. En attendant que cet ordinateur voit le jour, des engins d’observation non pas virtuels mais réels seront mis en service. Parmi eux, Euclid. Ce télescope spatial de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) est conçu pour tenter de résoudre l’énigme de la matière noire. Son lancement est prévu pour 2019. »

Peut-être qu’avec ces propos de J. M. Alimi, on entend en écho l’expression : « Tais-toi et calcule ! », injonction qui aurait fait florès, à partir de la décennie 1950, destinée aux collaborateurs de célèbres physiciens confrontés aux difficultés de comprendre la phénoménologie de l’électrodynamique quantique mais qui, en exploitant les recettes du calcul proposées par R. Feynman, obtenaient des résultats efficaces. L’idée spontanée d’Alimi, est de faire des recherches pour un supercalculateur d’une nouvelle génération et non pas de considérer qu’effectivement nous avons tous les éléments pour penser ce qu’est la dynamique de notre univers et que nous devons nous concentrer sur la compréhension de ce que signifient ces éléments et in fine les exploiter dans le bon ordre. Les puissances de calcul dont nous disposons maintenant, les possibilités de simulation qui s’en déduisent, affaiblissent le recours à la faculté de théorisation et à l’intelligence collective pour dénouer les impasses. Ce ne sont pas les ordinateurs qui énonceront les bons paradigmes. Pensons à la situation au CERN, qui n’a jamais été aussi performant depuis 18 mois mais qui ne conduit à aucune nouveauté parce que la pensée scientifique collective est mal placée (voir article du 16/01/2016 et du 10/08/2016).

L’univers n’est saisissable que par l’esprit, plus spécifiquement par l’esprit qui est qualifié scientifique et en conséquence le questionnement, le désir de savoir encore plus précisément, encore plus fondamentalement, relève donc de la communauté scientifique mais cela devrait concerner ou tout le moins toucher l’ensemble de l’humanité !

C’est ce que nous assure Fabiola Gianotti : Directrice Générale du CERN qui au Forum de Davos, le 20 janvier 2017 déclare : « La recherche en science fondamentale est importante pour piloter les progrès technologiques, elle est aussi une force pour des collaborations pacifiques. » Elle insiste sur la nécessité de la science ouverte et elle ajoute « Les scientifiques ont fait des bons progrès, ces dernières années, pour que le public soit concerné, mais nous devons faire encore plus pour atteindre les gens à tous les niveaux et pour qu’ils puissent utiliser les outils dont nous disposons. La connaissance appartient à l’humanité (sic), elle n’appartient pas aux scientifiques. »

J’ai très envie de partager et surtout de croire en cette déclaration de F. Gianotti. Qui pourrait être objectivement indifférent, voire réticent à l’égard de cette grande perspective ?

Entretenons précieusement cet idéal, que son déploiement soit une perspective mais soyons lucides sans être rabat-joie. Quand F. Gianotti dit que la recherche en science fondamentale est importante pour piloter les progrès technologiques, elle est entendue par le public spécifique de Davos parce que la technologie ça a de la valeur concrète, immédiate, exploitable. Les industriels, financiers, décideurs, de Davos, savent que la recherche fondamentale représente un vrai gisement d’impulsions et de développements technologiques remarquables qui leurs sont profitables. Leur lobbying est au moins aussi prépondérant que celui des scientifiques pour obtenir les financements de leurs projets auprès des décideurs nationaux et multinationaux. La pure conquête des connaissances en science physique fondamental pour le progrès direct de l’humanité est certainement un propre de certains groupes de scientifiques mais malheureusement cela ne doit pas beaucoup diffuser au-delà. Soyons quand même positif car il arrive assez régulièrement qu’il y ait des retombées favorables pour le reste de l’humanité. Je cite le Web (provenance du CERN) qui est un exemple remarquable de retombée possible et franchement cela ne s’arrête pas à cet exemple bien connu maintenant.

L’idée que la connaissance en général, spécifiquement scientifique en particulier, est une cause de progrès et un moyen certain de s’affranchir de l’obscurantisme est nettement mis à mal dans nos sociétés occidentales et il n’est pas possible de sous-estimer les sérieux revers subis actuellement dans certaines sociétés. Le 19/02, à Boston avait lieu une manifestation de la communauté scientifique de la Ville et de la Région qui exprimait sa vive inquiétude à propos de l’avenir des activités scientifiques de tous ordres aux Etats-Unis. Rapporté sur le site physicsworld.com, l’interview d’un jeune chercheur : « J’ai toujours cru dans le pouvoir de la science pour faire que le monde soit meilleur, mais maintenant nous sommes confrontés à une administration antiscience qui met en danger les personnes et les endroits que nous aimons à cause du déni du changement climatique et des attaques contre la vérité et la réalité. Nous tentons d’envoyer un message à Trump qui affirme que les américains sont guidés par la science. C’est la colonne vertébrale du progrès de l’humanité… »

La menace est considérée si importante aux Etats Unis qu’il est prévu le 22 avril une grande marche pour la science et le 29 avril une marche contre le déni du changement climatique et contre les coupures de crédit dans ce domaine de recherche. Les organisateurs de la manifestation du 22 avril s’inquiètent car ils ne voudraient pas que leur mouvement de protestation soit compris par le grand public comme l’expression de la part d’un groupe social – un de plus – qui veut défendre ses intérêts, ses acquis corporatistes. Les organisateurs voudraient que leurs compatriotes comprennent que les scientifiques sont en première ligne dans la lutte contre l’obscurantisme et qu’ils contribuent à la conquête de la ‘lumière’ qui éclaire inexorablement les sentiers du progrès pour l’ensemble de l’humanité (à ceux qui en lisant cette dernière ligne, se disent : toujours une belle utopie ! je leur propose de se poser immédiatement la question : pourquoi, je pense ainsi car cela ne devrait pas). A suivre…

En Angleterre la situation est pour le moins tout autant préoccupante car contrevenant à l’habitude en ce pays, les conseillers scientifiques ne sont pas nommés pour participer aux décisions du gouvernement en ce qui les concerne à propos du Brexit et du changement climatique. Les perspectives sont très inquiétantes pour les scientifiques de la Grande Bretagne car les chercheurs de tous les pays de l’Europe forment des équipes européennes, imbriquées, très performantes jouissant de programmes bien financés par la communauté européenne. Désarticuler ce qui fonctionne si bien depuis plusieurs décennies aura un coût impressionnant.

On peut déjà lire des articles dans lesquels des scientifiques réclament d’être considérés à part dans les négociations du Brexit. Faudrait-il entériner l’idée que les scientifiques ne sont pas des citoyens à part entière de leur pays ? Qu’il y aurait d’un côté le destin intellectuel, culturel, du peuple d’un pays et d’un autre côté celui de sa communauté scientifique ? Il est évident que dans ces pays les scientifiques doivent s’interroger sur leurs propres défaillances en tant que citoyens parce qu’ils ont laissé seuls leurs compatriotes face aux porte-parole obscurantistes. Ils ne peuvent pas sous-estimer leur responsabilité.

Lorsque pour finaliser son cours magistral, F. Combes fait la liste des moyens instrumentaux nécessaires afin qu’au cours de la deuxième moitié de la prochaine décennie un grand bond en avant de compréhension soit franchi à propos de notre univers, le public présent dans l’amphithéâtre approuve unanimement. Après un long et dur labeur, après l’acquisition d’une discipline intellectuelle très rigoureuse, pour l’essentiel l’esprit de ce public s’est envolé, il est occupé à s’interroger sur les contours de cet univers et sa structure dans lequel l’humanité a pris son essor depuis sa conception induite la plus élémentaire. En conséquence le processus par lequel est impliqué la volonté de savoir mieux encore et plus encore de ce public est largement compréhensible et ne peut être altérée. Dans ce contexte, peut-il être disponible pour d’autres contingences ? Est-il mobilisable pour satisfaire à la noble recommandation de F. Gianotti : « Faire que le public soit concerné et faire encore plus pour atteindre les gens à tous les niveaux et qu’ils puissent utiliser les outils dont nous disposons. »

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