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4 août 2020 2 04 /08 /août /2020 09:44

Nouvelle théorie sur la relation conscient et inconscient.

Dans le ‘Pour La Science’, hors-série : Août-septembre, de nombreux d’articles tentent de rendre compte de l’avancée de la recherche de L’Inconscient en exploitant les nouvelles théories des neurosciences (sic).

Les premières pages sont consacrées à un interview de S. Dehaene. Globalement ce n° HS est constitué d’articles qui n’ont pas obligatoirement de forts liens entre eux et donc en fin de lecture et relectures, j’ai eu une forte impression de flou frustrant. Ainsi, le projet d’écrire un article à propos de cette lecture n’est pas spontanée. Préalablement, il fallut que j’accepte l’idée que cette impression ‘patchwork’ était due au fait que les ‘neurosciences’ sont une science jeune, ce qui interdit qu’elle puisse émettre des propositions généralisantes sur le fonctionnement du cerveau. Secondairement, je sais que l’exercice d’écrire un article est bien plus contraignant qu’une lecture et cela oblige à investir avec plus d’attention le contenu des articles pour vous en restituer ce qui est le plus significatif, selon mon entendement, en tant qu’idées nouvelles pouvant fructifier et contribuer au développement de notre projet commun. A vous d’apprécier et peut-être lire directement le n° HS.

L’idée centrale à retenir c’est que la distinction profonde entre l’inconscient et la conscience n’est pas fondée, la frontière entre les deux est bien plus diffuse. Plus encore la conscience est le prolongement de l’inconscient. Aujourd’hui, l’inconscient n’est plus vu comme un sanctuaire d’idées refoulées (voir Freud), mais plutôt comme l’ensemble des processus automatiques de traitement des informations dans notre cerveau avant que certaines ne parviennent à la conscience. Comme le dit S. Dehaene : « La métaphore de l’ordinateur fait du cerveau un dispositif de traitement inconscient de l’information. » La psychanalyse nous a amené à considérer que l’inconscient constituait un vaste réservoir de pulsions, de désirs inassouvis, de souvenirs traumatisants, tous refoulés dans le but de préserver l’intégrité des procédés conscients. L’inconscient agirait comme un autre moi à l’intérieur de moi, avec sa volonté propre, ses raisons. Il s’agit maintenant de repenser les rapports entre conscient et inconscient d’une manière qui reflète le fait que la conscience que nous avons du monde est un phénomène dynamique[1], à différentes échelles temporelles.

Repenser les rapports entre conscient et inconscient est à l’ordre du jour parce que S. Dehaene peut déclarer en tant que neuroscientifique : « En fait, le modèle bayésien[2] de l’inconscient permet une sorte de réconciliation entre inné et acquis » Avant de faire l’exégèse de ce qui est réconcilié selon Dehaene, arrêtons-nous sur ce qui valide la rupture avec l’ancienne conception de l’inconscient et partant de l’ancienne conception du cerveau.

Pour les neuroscientifiques, ils considèrent qu’ils ont acquis suffisamment de données expérimentales pour affirmer que l’inconscient est cognitif, c’est-à-dire qu’il est le foyer d’un ensemble de processus de traitement de l’information et des représentations mentales dont le sujet n’a pas conscience mais qui influencent néanmoins son comportement. Cette théorie révolutionnaire attribue un rôle central aux automatismes de l’esprit. Ceux-ci auraient pour fonction de prédire les probabilités d’événements futurs avec rapidité et fiabilité. L’apprentissage, l’expérience et la conscience n’auraient finalement pas d’autre objectif que d’améliorer sans arrêt des pronostics implicites établis en continu par notre cerveau. Cela indique que des mécanismes innés influencent l’image que nous avons du monde, sans que nous puissions ne rien y faire. Comme on l’a ensuite découvert, cela ne concerne pas que la perception sensorielle, mais aussi l’ensemble des processus mentaux, de la formation de nos jugements jusqu’à la prise de décision, en passant par la réalisation de nos actions. A ce stade de l’article qui est à la page 34, je propose de sauter directement à la page 64 pour citer l’article : ‘Instincts : la marque de l’évolution’ car l’une de mes hypothèses centrales est de considérer, au sein de l’être humain cogitant, un rôle à l’être de la nature qui rappelle en permanence sa capacité d’inertie à l’être dans la nature qui ne peut être que dans la conquête de nouvelles connaissances réduisant ainsi le pouvoir qui est encore obscur de la nature sur l’être humain (à titre d’exemple et sans tomber dans la facilité opportuniste, je propose à chacun de réfléchir sur la nature et les causes de l’émergence et de la lutte actuelle entre le coronavirus et la recherche médicale). Et cette dynamique n’a pas de fin puisque c’est ce qui fait que l’être humain est un être vivant.

Effectivement on peut lire : « Les mécanismes inconscients qui sous-tendent l’univers mental des êtres humains dans leurs interactions avec l’environnement physique (voir article : ‘Décrypter la physique comme science de l’interface de l’être humain et de la nature’ le 18/03/2015) et social sont le fruit de la sélection naturelle ; nombre de comportements inconscients ont été façonnés par la sélection naturelle (sic), par gradations, indépendamment les uns des autres le plus souvent, pendant des millions d’années ; le cerveau, comme tous les organes, est le produit de l’évolution biologique ; nos mécanismes psychologiques ont été façonnés par la pression sélective de l’environnement de nos ancêtres. Ainsi, nos traits, émotionnels, capacités cognitives, et comportements sont fondamentalement adaptés (déterminés[3]) au mode de vie chasseur-cueilleur selon lequel Homo sapiens et ses ancêtres du genre Homo ont vécu, par petits groupes de quelques dizaines d’individus pendant 2,6 millions d’années… Au fil des révolutions techniques, la complexité de l’environnement physique et social n’a cessé de croître. Mais 12000 ans (début du néolithique, début de la sédentarisation), soit 400 à 500 générations, représentent un temps bien trop court pour que la structure fondamentale de notre cerveau, fruit de millions d’années d’évolution et objet le plus complexe de l’Univers connu, change radicalement.

A ce stade, je vous propose maintenant de nous concentrer sur l’article page 44 : ‘La vision contemporaine de l’inconscient qui serait bayésien’ (voir mes articles : ‘Thomas Bayes dans le cerveau ? 2/11/2012 ; ‘Scientifiques façonnés dès la naissance’ 24/03/2013 ; Stanislas Dehaene et suite 14/10/2014.).

« Une révolution bayésienne infuserait progressivement les sciences cognitives. Cette théorie fondée sur un célèbre théorème en statistique - le théorème de Bayes[4] – bouleverse notre vision de l’inconscient. Celui-ci reposerait sur une architecture hiérarchique du cerveau faisant de cet organe une machine à prédiction. » Comprenons bien, parce que c’est très spécial, et très orienté en signification car il est prétendu que le théorème de Bayes calque effectivement l’architecture du cerveau. Ce théorème décrit la méthode optimale pour mettre à jour une croyance dans des conditions d’incertitude. Il est largement utilisé en intelligence artificielle, en ingénierie comportementale, en neuro économie, en sciences sociales, en psychologie expérimentale, et en neurosciences cognitives pour décrire ou modéliser des comportements.

Dans le paragraphe : de Freud à Bayes, page 48, les auteurs précises : « L’influence causale de l’inconscient a été illustré par de nombreuses preuves expérimentales… Les théories neurocognitives de l’inconscient favorisent l’émergence de l’inconscient cognitif dont la formulation bayésienne en est une des illustrations… Dans l’hypothèse du cerveau bayésien hiérarchique, l’inconscient est « structurel » au sens où il repose sur l’architecture fonctionnelle du cerveau (sic), c’est-à-dire l’organisation et la connectivité des neurones et des synapses. Page 49, on peut voir un schéma représentant le cerveau et attaché à ce schéma les flèches de couleurs différentes qui tracent, la circulation du contenu significatif des actions et des réactions inconscientes, dans les différentes aires du cerveau qui sont sollicitées, selon les modalité induites par cette description bayésienne. Finalement quelle conséquence sur notre démarche humaine effective : « A mesure que nous évoluons dans notre environnement, notre cerveau inscrit la structure statistique du monde dans son anatomie fonctionnelle, afin de simuler ensuite la charpente causale de son environnement. Les modifications de la connectivité synaptique nous permettent d’encoder cette expérience en modifiant nos croyances. » (Je vous propose de réfléchir à ce qui se produit dans le cerveau des cosmologistes quand ils découvrent dans leur environnement intellectuel que la constante de Hubble n’est pas celle que l’on croit et provoque une situation de crise qui peut avoir des conséquences importantes à propos du modèle standard. Il y a les cosmologistes qui s’enthousiasment de cette ouverture et de l’aventure d’une pensée qui devra évoluer et ceux qui rétropédalent et veulent conserver le confort de l’acquis et craignent cette aventure. Quelles sont ces connections synaptiques différentes, possibles et empêchées, qui engendrent une telle dichotomie ? Quels sont les antécédents synaptiques qui expliqueraient ces états intellectuels différents.)

De même pensons donc à l’inertie extraordinaire de l’évolution synaptique à cause de la tradition, de la religion, de toutes sortes de croyances si on fait référence au cerveau de Ptolémée (100-170) en comparaison avec celui de Copernic (1473-1543). Tant de siècles s’écoulent avant d’accepter scientifiquement que la terre n’est pas le centre du monde. On peut penser que les connexions synaptiques qui donnaient de la force à l’interdit de penser autrement étaient prépondérantes. Aussi, c’est extraordinaire de penser qu’une fois une telle vérité proférée par Copernic est reconnue, ceci engendre progressivement et silencieusement un basculement synaptique pour une grande partie de l’humanité concernée de l’époque.

Plus récemment pensons à la fixité intellectuelle d’Einstein provoquée par sa ferme croyance préalable qu’il y a un monde réel établi et que celui-ci est révélable par le physicien d’aujourd’hui. Avec son opposition à la mécanique quantique fondée par l’Ecole de Copenhague, il n’hésitait pas à dire de ses promoteurs qu’ils se vautraient dans des coussins moelleux qui montraient une paresse intellectuelle. L’aire(s) cérébrale(s) où s’installerai(en)t la/les croyance(s) aussi profonde(s) serai(en)t intéressante(s) à détecter. Je pense qu’une croyance préalable, solide, est nécessaire pour se lancer dans l’aventure d’une prospection intellectuelle inédite, disons que cela constitue un socle utile. Ce qui m’interroge, c’est pourquoi couramment cette croyance peut fossiliser la pensée alors que la prospection est à même de mettre en évidence des résultats qui contredisent, annulent, la croyance originelle. A propos d’Einstein, on peut considérer que sa fixité intellectuelle était compréhensible car sa croyance préalable l’a conduit à découvrir la remarquable loi de la Relativité Générale. On sait et Einstein savait à son époque que les résultats obtenus grâce à la Mécanique Quantique sont aussi très remarquables, inédits. Einstein, le physicien, n’avait pas pour autant la souplesse de l’esprit, la plasticité cérébrale, pour penser autrement à partir de 1917.

J’ai bien conscience que ce que j’ai exprimé ci-dessus résulte d’un raisonnement réducteur mais pas sans fondement si on en croit ce qui est publié dans la revue HS. Ainsi on peut lire, page 34 : « … de notre point de vue seule la pensée consciente est censée diriger nos actions. Ce n’est que de cette façon, croit-on, que nous garderions notre destin en main. Mais ce n’est pas du tout ce que montre la recherche moderne : celle-ci indiquerait plutôt que l’ensemble de nos pensées et de nos actes sont en grande partie gouvernés par des séquences de réactions automatiques. » Aucun article nie l’existence de la conscience chez l’être humain mais elle est totalement reliée à notre inconscient cognitif : « … un contenu mental est conscient quand il devient accessible à d’autres fonctions comme la mémoire de travail, la capacité de décision ou le langage. Cette accessibilité reposerait sur un embrasement de l’activité cérébrale résultant de la synchronisation de l’activité des neurones de différentes zones du cerveau. La conscience n’est probablement pas le produit d’une aire précise, mais plutôt le résultat de l’activité de la quasi-totalité des 100 milliards de neurones de notre encéphale. »

Une fois avoir lu tout ceci, on est plus tout à fait le même : on n’est pas ce que l’on croyait. Enfin, pour moi c’est ainsi.

 

 

[1] « Au sein d’une éternité, parmi tous les possibles, Anthrôpos ne cesse de creuser sa connaissance de l’univers. »

[2] Théorie bayésienne : le cerveau produirait à partir de modèles de la réalité (des a priori) des prédictions d’entrées sensorielles qui sont confrontées au réel. En cas de décalage, les modèles sont corrigés.

[3] Ainsi se trouve complètement illustré mon concept de ‘Déterminations’ que je considère comme étant de vrais obstacles qui interdisent de continuer de croire que la ‘pensée scientifique du physicien’ serait une pensée universelle libérée de toutes sortes d’attaches.

[4] Cette œuvre fut publiée en 1763 et s’exprime par la formule de Bayes : P(A/B) = P(B/A)∙P(A)/P(B) Le terme P(A) est la probabilité a priori de A. Elle est « antérieure » au sens qu’elle précède toute information sur B. P(A) est aussi appelée la probabilité marginale de A. Le terme P(A|B) est appelé la probabilité a posteriori de A sachant B (ou encore de A sous condition de B). Elle est « postérieure », au sens qu’elle dépend directement de B. Le terme P(B|A), pour un B connu, est appelé la fonction de vraisemblance de A. De même, le terme P(B) est appelé la probabilité marginale ou a priori de B. Ainsi confrontant deux évènements l’un à l’autre, la formule quantifie donc la probabilité pour l’un d’induire l’autre, remontant ainsi des conséquences vers les causes pour comprendre les phénomènes de la nature. Nous avons donc à faire avec une mathématisation de la chaîne de causalité, en tous les cas elle sert de référence.

 

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