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3 janvier 2015 6 03 /01 /janvier /2015 09:47

Pourquoi cette inertie ?

Sur le Blog : ‘Philoscience’, à la date du 13/12/2014, J.P. Baquiast produit un article, ‘L’Univers est-il unique ? Ou non ? Et notre cerveau, quel est-il ?’, visant dans un premier temps à analyser des ouvrages récents et attrayants, écrits par : Aurélien Barrau, ‘Des univers multiples. A l’aube d’une nouvelle cosmologie’ ; Carlo Rovelli, ‘Et si le temps n’existait pas.’ ; Roberto Unger et Lee Smolin, ‘The Singular Universe and the Reality of Time’.

Voilà des auteurs que nous connaissons bien et dont le travail scientifique nous est familier. Ce qui m’intéresse, en particulier, c’est l’étonnement de J. P. Baquiast qui est exprimé par la longue citation suivante :

« Or nous avions dans des articles précédents fait remarquer que ces physiciens ne semblent pas encore, tout au moins dans leur grande majorité, tenter de mieux comprendre les limites de la capacité du cerveau humain à traiter de tels problèmes, cerveau s'exprimant au niveau de l'individu comme au plan global des communautés de chercheurs. Autant ils cherchent à perfectionner, grâce à l'expérimentation, les capacités de traitement des données sensorielles par le cerveau, autant ils ne semblent pas s'intéresser aux capacités de ce que l'on appellera pour simplifier le cerveau associatif, qu'il soit individuel ou collectif.

Il s'agit pourtant du premier instrument à prendre en considération, lorsqu'il s'agit, non pas seulement d'imaginer des hypothèses, mais de tenir compte d'une façon cohérente et communicable sur le mode langagier de toutes les données fournies par les sens et utilisées dans la mise à l'épreuve de ces hypothèses. Autrement dit, le perfectionnement des capacités du cerveau, qui est l'instrument essentiel dont se servent les scientifiques, ne semble pas préoccuper les cosmologistes.

Cela tient indiscutablement à des raisons culturelles, spécialisation des connaissances et manque d'interdisciplinarité. Le Pr MacFadden, auquel nous avons donné la parole dans un précédent article, déplore que les biologistes et les neurologues n'aient pas suffisamment de compétences relatives à la physique quantique pour détecter des phénomènes biologiques ou cérébraux dans lesquels interviennent des q.bits.

Il en est de même, et sur le mode inverse, des physiciens quantiques et des cosmologistes. Ils n'ont certainement pas assez de compétences fines sur le fonctionnement en profondeur des neurones, du cortex associatif et des grands modèles cognitifs collectifs à base de traitements neuronaux, pour mesurer les limites de ces « instruments biologiques de la cosmologie » et suggérer des améliorations.

Une hypothèse pessimiste serait qu'ils ne le pourront jamais, tant du moins que le cerveau restera lié à des bases biologiques qui sont à la fois mal connues, sinon inconnaissables, et non susceptibles d'amélioration car trop liées à l'organisation génétique et aux structures sociales propres à l'animal humain. »

De mon point de vue, beaucoup d’expressions de Baquiast sont maladroites et bien évidemment il ne faut pas poser le problème de la façon dont cela est proposé. Ainsi, il n’est pas sans risque d’isoler le cerveau comme s’il était une île. Je préfère prendre en compte le ‘Sujet Pensant’ dans son intégrité en ne perdant pas de vue le fait, certes, que le siège de la cogitation donc de la pensée est entre autre le cerveau et qu’il est possible maintenant d’associer à une dynamique d’organisation et de fonctionnement du cerveau une dynamique de production de pensées. Mais pas plus ! Les propos rapportés, de MacFadden, fleurent bon le mécanisme d’antan sous couvert d’un vocabulaire des temps modernes et à coup sûr ils ne peuvent pas constituer une voie de progrès de la connaissance pour l’être humain.

Ainsi l’expression de l’auteur : « … tenter de mieux comprendre les limites de la capacité du cerveau humain à traiter de tels problèmes » laisse pointer l’idée qu’actuellement nous sommes les représentants d’une humanité aboutie, qui n’évoluera plus et qui doit présentement considérer les ‘limites’de la capacité de son cerveau comme définitivement établies. Aveuglement ! Orgueil mal placé ! Certes du point de vue du physicien on pourrait considérer que la problématique des limites, de la capacité du cerveau, s’imposent car depuis plusieurs décennies nous sommes confrontés à des apories dans le domaine de la physique théorique fondamentale qui obstruent le développement cohérent et fertile de la pensée scientifique. Oui, notre entendement collectif ne peut percevoir d’autres horizons que ceux qui nous mènent aux incompatibilités, aux impasses  actuelles. Oui, il faut qu’émergent de nouveaux paradigmes pour que notre entendement collectif reprenne une marche vers l’avant à la conquête de nouveaux domaines de compréhension des lois de la nature. Nature, plus ample (voir le livre de A. Barrau), plus diverse, que ce que nos facultés de compréhension ont pu révéler jusqu’à présent à ce stade de notre évolution. Nature qui se trouve être présentement bornée par ce que nous désignons ‘Notre univers’.

Remettons les choses à leur place, les capacités de notre cerveau ne sont pas en cause, (on perçoit, là, les risques d’une conception instrumentale du cerveau), c’est dans le cadre de l’histoire de la production de la pensée scientifique du ‘sujet pensant’ qu’il faut comprendre la stagnation actuelle. Lorsque ces nouveaux paradigmes (peut-être déjà partiellement formulés) seront acceptés et intégrés dans le patrimoine de notre entendement scientifique collectif, alors bien sûr on aura l’impression d’avoir brisé des limites. Mais avec cette considération nous serons dans l’ordre d’une subjectivité bien placée. Il se peut que corrélativement à cette nouvelle situation de nouvelles connexions se soient établies dans notre cerveau, que notre base de données mémorielle se soit enrichie, mais l’auteur de cette progression c’est l’être humain pensant dans son intégralité qui doit être considéré comme toujours en devenir. Ce seront les facultés intellectuelles de dépassement qui auront été à l’œuvre.

Parmi ces nouveaux paradigmes qui peuvent être opératoires, j’ai évoqué les suivants dans un article, le 5/11/2014, et dans le titre : ‘l’espace et le temps ne sont pas donnés dans la nature, la lumière l’est.’ En ce qui concerne plus spécifiquement le temps : Carlo Rovelli maintient qu’au plan fondamental le temps n’existe pas, par contre c’est une donnée émergente. Au contraire, Lee Smolin a la conviction que le temps est donné dans la nature, il est une réalité de notre univers. Mon point de vue est que le temps est fondé par le sujet pensant, il est le corollaire de sa ‘Présence’.

On peut à juste titre considérer qu’il y a un accord partiel entre mon point de vue et celui de C. Rovelli, car fondamentalement il n’y a pas de temps, c’est pourquoi j’évoque régulièrement : « Au sein d’une éternité, parmi tous les possibles, l’anthrôpos creuse… », et c’est la ‘Présence’ d’une intelligence émergente qui fonde le temps pour qu’un ‘Logos’ sur la Nature puisse se développer. Et je considère que cette inhérence est indestructible. Rovelli, lui, considère que l’émergence d’une ‘impression du temps résulte d’un processus physique, c’est la thermodynamique qui est en jeu et plus spécifiquement l’évolution thermodynamique irréversible du fond diffus cosmologique.

D’un autre côté Lee Smolin a concomitamment affirmé sa réalité du temps en précisant dernièrement avec force dans : ‘Pour une renaissance du temps’, qu’il est essentiel de prendre en compte ‘toujours un moment présent’, à ce sujet voir mon article du 02/05/2013 : ‘Bienvenu au ‘Moment Présent’ de Lee Smolin’. En effet, Smolin est fortement convaincu de la nécessité de prendre en compte cette nouvelle donnée, précisant en même temps que ni le langage, ni les concepts mathématiques ne peuvent saisir la substance profonde de ce ‘moment présent’. Pour autant, dans le cadre de sa nouvelle certitude, il n’a pas encore mené une analyse critique pertinente de la conception Einsteinienne de l’espace et du temps, pourtant nécessaire, s’il veut avancer.

En résumé au sujet du temps, l’hypothèse de TpS (τs) = de l’ordre 10-25s (point aveugle de l’intelligence humaine et tic-tac primordial de la temporalisation du temps), que je formule depuis une dizaine d’années, y compris de ce qui s’en déduit de sa fondation par ‘l’être pensant’, pourrait constituer le juste milieu du point de vue de C. Rovelli, (émergence, mais source distincte) et de celui de L. Smolin, (effectivité du temps incontournable, mais pour moi pas de réalité naturelle, ‘moment présent’, mais pour moi quantifiable et quantifié). Voilà donc un paradigme qui pourrait prendre corps et s’installer dans le paysage de la pensée scientifique. A propos de l’espace, corrélativement, une synthèse est aussi évidemment plausible.

A propos de cette synthèse, maintenant identifions les obstacles. Le physicien est un intellectuel qui est convaincu d’accéder à une connaissance objective c’est-à-dire qu’il est compétent pour saisir d’une façon ou d’une autre la réalité, telle qu’elle est, des objets qui lui sont extérieurs. Le physicien, conçoit la puissance de sa pensée sur la conviction que de ces objets se trouve expurgée la moindre trace de l’action du sujet pensant pour se les approprier. E. Kant a relativisé cette capacité, mais fondamentalement ne l’a pas contrariée. D. Hume a suggéré un aveuglement empirique. A. Einstein a promu quasiment à son acmé l’affirmation de l’intellectuel universel sur le monde réel. N. Bohr et W. Heisenberg ont souvent démontré avec succès qu’il fallait temporiser ce réalisme acharné (voir encore l’article du 13/12/2014). Mais cette conception est profondément ancré : l’homme est un être émancipé de toutes contraintes de la nature, c’est pourquoi, il ne peut être que doué d’un regard absolument objectif, confirmé par la démonstration d’un regard invariant. Affirmer qu’il ne peut avoir qu’un regard intelligent déterminé par des capacités actuelles qui lui seraient propres, est inconcevable, c’est faire trébucher la croyance profonde du physicien de son piédestal. Affirmer que le physicien ne peut présentement discerner que ce qui est supportable par ses facultés intellectuelles et son entendement toujours en évolution, est antinomique (toutefois il faut reconnaître que A. Barrau entrouvre une porte). Voilà pourquoi, dans les extraordinaires joutes intellectuelles qui ont opposé A. Einstein et N. Bohr, les préalables réalistes d’Einstein n’ont jamais été sérieusement rejetés par la communauté des physiciens (de l’époque et actuelle) alors que N. Bohr a toujours apporté la preuve de leurs faussetés. Voilà pourquoi, par exemple, est continument entretenue la confusion d’une conception dualiste avec celle d’une conception propre à la complémentarité car il ne faut pas laisser entrevoir que cela pourrait être une détermination du sujet pensant qui fait que nous détections un objet sous son aspect ponctuel plutôt que sous son aspect ondulatoire et vice versa. Le ‘et’ dualiste est donc préventif pour les réalistes. L’inertie intellectuelle des réalistes est toujours à l’œuvre

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