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12 août 2022 5 12 /08 /août /2022 11:52

Le 12 Août

Ci-jointe, 2e partie de l’édition du chapitre 4 et point final du mémoire.

Dans le multivers théorique, nouvellement pensé, dont notre univers ferait partie, au stade actuel de la capacité de projection de notre pensée, nous considérons que les autres univers sont indépendants les uns des autres et sont extérieurs au Nôtre. Nous sommes à un carrefour de conjectures, Anthrôpos ne peut cesser de creuser car nous disposons d’aucune référence tangible qui nous permettrait d’affirmer que notre univers est limité dans l’espace, c’est-à-dire qu’il n’y aurait aucun au-delà spatial, si on était en mesure de détecter ses limites. Pas plus qu’on ne peut affirmer qu’aucune galaxie existe au-delà de la limite tracée par l’horizon cosmologique. Horizon humainement défini par le fait que rien ne peut se déplacer dans l’espace plus vite qu’à la vitesse de la lumière. Ceci impliquant qu’à tout moment la vitesse de la lumière impose une limite au-delà de laquelle nous ne pouvons rien observer. Avec l’hypothèse du multivers, peut-être que nous entrevoyons les prémisses d’une diversité, tout juste pensable, de mondes physiques non encore prospectés qui se trouveraient au bout du compte dans notre univers. Ce que nous conjecturons comme étant possible dans les autres univers du multivers est peut-être tout simplement ce qui l’est dans notre univers une fois que l’extériorité présumée, de ces autres, s’estompera. Considéré autrement, il suffirait que nous nous appropriions d’au moins une première loi ou caractéristique physique que nous serions en mesure d’attribuer à un autre univers éventuel du multivers pour que celui-ci soit de facto intégré au nôtre : satisfaisant actuellement à notre faculté d’entendement. Simultanément cela validerait l’hypothèse du multivers. Plus concrètement cela validerait l’hypothèse du multivers comme étape transitoire, comme une sorte de ‘sas’ permettant que notre pensée ait le temps d’intérioriser cette radicale nouveauté. Cette période d’incubation dans laquelle l’être humain cogitant est engagé permet de faire émerger de nouvelles perspectives pour ‘l’Être dans la Nature’ qui ainsi s’émancipe de la conception d’une nature qui s’avère monotone, dotée de limites absolues, parce qu’inerte.

         J’ai eu l’occasion de lire dans le ‘Dictionnaire d’histoire et philosophie des sciences’ dans un article de D. Lecourt page 762 : « Que nous butions sur des limites absolues, comme la vitesse de la lumière, devrait rappeler les physiciens à la modestie. Ils n’occuperont jamais la place que les fidèles ont attribuée à Dieu… » Cette affirmation de D. Lecourt a été couchée sur le papier il y a au moins 20 ans. A cette époque il prend la responsabilité d’avertir les physiciens qu’il détient la connaissance de l’existence d’un Rubicon absolu, qui a la valeur d’un mur définitif sur lequel, éternellement, se cognera l’intelligence humaine. La rencontre de la valeur de la vitesse de la lumière, C : constante universelle, a été confirmée en 1887 avec l’expérience de mesure de Michelson et de Morley, mais déjà, préalablement pensée et fixée théoriquement par James Clerk Maxwell en 1865. Il fallut attendre 1905 pour qu’il soit établi, grâce à la théorie de la relativité restreinte élaborée par Albert Einstein, un nouveau corpus de connaissance en physique, adapté, qui intègre la valeur parfaitement constante et universelle de la vitesse de la lumière. On peut dire qu’à cette occasion l’être dans la nature s’est installé, voire perché, sur un nouveau belvédère, d’où en surplomb, il accroît sa connaissance de la nature et d’où l’influence de l’inertie du cogito de l’être de la nature est amoindrie. D’un point de vue physique, avec le trait d’union qui s’établit naturellement entre l’espace et le temps pour dorénavant penser en termes d’espace-temps, c’est une détermination brute imposée par l’être de la nature qui est réduite à néant. L’être dans la nature déshabille l’être de la nature des déterminations qui nous voilent l’accès à la connaissance de la nature. Le dévoilement de la nature est sans fin, mythologiquement représenté par l’image de la Déesse Isis, déesse voilée, et fait d'Isis le symbole des lois cachées de la Nature depuis le déchiffrement des hiéroglyphes et la mise en place de la science. Certes intégrer la vitesse de la lumière n’implique pas la dépasser, loin s’en faut en ce qui concerne C.

         Avec la relativité restreinte nous nous sommes en partie appropriés de la vitesse de la lumière et Anthrôpos continue de creuser mais le Rubicon n’est pas franchi. De fait nous n’avons aucune prise sur la vitesse de la lumière, celle-ci transcende notre condition physique d’être de la nature. Pour nous, aucun objet matériel ne peut atteindre la vitesse de la lumière. Pouvons-nous craquer cette détermination ? Elle est une détermination universelle dans le sens où elle est une propriété qui est relative à notre univers tel que nous le concevons présentement. Craquer cette détermination sera probablement concomitant avec la compréhension que nous sommes dans un univers autre, beaucoup plus riche, que celui que nous concevons dans le cadre du modèle standard. Ce dont nous sommes certains c’est que la lumière à laquelle nous sommes sensibles est la lumière émise par la matière qui nous constitue dans la structure la plus fine et la plus élémentaire de notre Être de la nature jusqu’aux confins des structures matérielles qui assurent le fonctionnement de notre cerveau : dénommée matière active organisée. Cela constitue une détermination redoutable pour l’être humain mais cela n’a rien à voir avec un interdit émanant du royaume de Dieu comme nous l’a signalé D. Lecourt (Epistémologue, 1944-2022). Il est certain que nous ne pouvons pas voir une autre lumière que celle qui est émise par la matière qui nous constitue. Mais ne pas voir, n’interdit pas de concevoir[1].

         Référons-nous à l’exemple suivant qui concerne l’impossibilité de voir par détection directe une trace du boson de Higgs. Cette particule fondamentale a une durée de vie tellement faible (d’un ordre inférieur à 10-20s), de plus elle est de charge électrique neutre, en conséquence nous ne pouvons pas observer dans les détecteurs sa propre trace. Par contre nous pouvons le concevoir grâce à l’exploitation des traces observables des produits de sa désintégration. Ce fut long et difficile avec les premiers événements (2012), mais avec le temps, avec le savoir-faire acquis par les physiciens on peut le reconstruire plus aisément et concevoir le Boson de Higgs devient de plus en plus aisé, assuré et familier. L’œil de l’intelligence des physiciens s’est affiné, a gagné en acuité de détection, et maintenant nous le reconnaissons bien plus aisément avec certaines des valeurs qui le caractérisent.

         Dans l’univers actuel, correspondant au nec plus ultra de nos connaissances, nous identifions une composition de 5% de matière visible. Pour le reste la répartition est établie comme suit : 27% de matière noire et 68 % d’énergie sombre. Ces composants sont donc invisibles, donc toujours hypothétiques, conçus sur la base de leurs effets indirects controversés, en tous les cas nous ne pouvons toujours pas les placer sous le sceau de la lumière de notre pensée.

L’énigme de la matière noire occupe les esprits des scientifiques depuis une quarantaine d’années. Cela nous indique que la pensée des scientifiques est mal placée depuis toutes ces années[2], et cela devrait interpeler et conduire à la rupture d’une pensée qui se serait ankylosée sur ce sujet[3]. Les articles, cités en note 2 et 3 de bas de page, que j’ai saisis au vol peu de temps avant l’écriture de la fin de mon chapitre, pourraient correspondre à un renversement de situation spectaculaire car la théorie MOND (Modified Newtonian dynamics) a toujours été décriée. Son inventeur Mordehai Milgrom pourrait nous en dire long sur le fait d’être le porteur d’une théorie qui est hors cadre d’une pensée officielle. Eh oui, cela peut se produire dans ce domaine, censé réunir des penseurs férus de controverses ! Pensée officielle parce que l’hypothèse de la matière noire est fortement corrélée à l’hypothèse du Big Bang et au scénario induit du déploiement de l’univers primordial. Premièrement et avant tout, il faut considérer que cela représente une affaire scientifique, du premier ordre, à suivre au plus près durant les mois qui viennent.

L’énigme de l’énergie sombre occupe les esprits des scientifiques depuis une vingtaine d’années, c’est deux fois moins d’années que pour la matière noire mais la proportion de cette composante serait dans notre univers deux fois et demie plus importante. Ces deux composantes sont ou noire ou sombre : invisibles. C’est peut-être des composantes qui émettent des rayonnements pour lesquels nous n’avons pas de capteurs naturels identifiés au sein de notre être présumé, pas dans le domaine visible, pas dans le domaine audible, pas dans le domaine d’une sensibilité sensorielle inédite.

         Nous ne pouvons pas non plus ne pas tenir compte du fait que nous sommes confrontés à une énigme aussi redoutable qui est installée dans le paysage de la physique fondamentale depuis les années… 1930 et qui est celle de l’intrication. Enigme qui est inextricable parce que, entre autres, nous considérons toujours qu’il n’est pas possible qu’une information puisse être véhiculée à une vitesse supérieure à la vitesse de la lumière. A cause de cette contrainte, l’interprétation de ce phénomène privilégie l’explication du caractère non local (impossibilité de définir le ‘là’) de la mécanique quantique. Non local parce que lorsque l’on mesure la grandeur propre portée par l’un des objets quantiques intriqué, instantanément l’autre objet, qu’elle que soit la distance à laquelle il se trouve, alors qu’il n’y a pas eu du temps nécessaire à un échange d’information, aussi loin qu’il se trouve, annonce une valeur propre en accord avec la valeur de la grandeur résultante de l’intrication initialement engendrée. On pourrait tout aussi bien privilégier l’interprétation de l’intrication par le fait qu’expérimentalement l’intrication engendrée rend, effectivement, les deux objets totalement indifférenciables. En conséquence le résultat de la mesure obtenu ne peut pas être attribué par l’observateur à un objet plutôt qu’à l’autre. L’indifférenciabilité entre l’un et l’autre objet quantique, correspond au fait qu’il n’y a pas pour l’observateur la possibilité d’attribuer une trajectoire spatio-temporelle spécifique à l’un plutôt qu’à l’autre. En résumé, on ne peut connaitre leurs ‘là’ respectifs qu’au moment de la mesure de la grandeur physique intriquée, sans pouvoir distinguer qui est l’un, qui est l’autre.

         Il existe, exclusivement, une situation purement théorique dans laquelle la contrainte de l’impossibilité de dépasser de la vitesse de la lumière peut être violée : c’est le cas de l’hypothèse de l’existence des trous de vers. Comme cette expression l’indique, l’hypothèse suppose, qu’à travers ces trous, deux régions de l’espace pourraient être connectées (ou presque) instantanément, qu’elle que soit la distance qui les séparent. Cette hypothèse est apparue sous la plume des théoriciens sans contorsion spéciale, elle est mathématiquement émergente, mais, bien entendu, aucune observation dans ce sens n’a été validée. Donc elle reste cantonnée au domaine de la fiction. Mais elle trotte dans l’esprit des physiciens théoriciens. Ainsi J. Maldacena et L. Susskind ont conjecturé depuis 2013 : que des particules intriquées soient connectées au travers d'un trou de ver (ou pont Einstein-Rosen), (voir définition ER=EPR dans Wikipédia). De plus, cette conjecture pourrait être une base pour l'unification de la relativité générale et de la mécanique quantique !! 

         Une autre raison pour laquelle nous sommes confrontés à des entités noires pourrait s’expliquer par le fait que ces entités considérées globalement ou bien considérées sur la base de leurs constituants élémentaires éventuels ont une vitesse de déplacement qui serait supérieure à la vitesse de la lumière. Dans ce cas de figure, la fameuse formule E = mc2, ne serait plus valide dans un certain domaine, elle serait dépassée, soit parce que la contrainte posée avec C est inappropriée, soit parce que la masse : m, ne correspondrait en rien de ce que nous caractérisons jusqu’à présent comme étant de la matière. Ces deux éventualités peuvent être parfaitement conjointes.

         L’hypothèse de la non validité de E = mc2, je la considère sérieusement depuis plus d’une quinzaine d’années et plus particulièrement, en ce qui concerne les neutrinos car nous sommes toujours dans l’impossibilité de cerner sérieusement le comportement physique de ces particules élémentaires. Au tout début de la découverte (invention) de ces objets quantiques, sur proposition en 1930 de Wolfang Pauli (1900-1958), nous les avons considérés comme des objets sans masse, le premier : le neutrino électronique en 1930, le deuxième : le neutrino muonique en 1962, le troisième : le neutrino tauique en 1977. Ensuite, puisque nous avons considéré qu’il y avait en jeu, depuis 1969, un processus d’oscillation entre eux : ce que l’on désigne par l’oscillation des saveurs, on a considéré qu’ils devaient avoir une masse. A ce titre, sans autre forme de procès, on les a dotés d’une masse répondant à la contrainte de E = mic2. Depuis nous sommes dans l’impossibilité d’évaluer leurs masses. Toutes les mesures réalisées pour connaitre leurs masses d’inerties respectives, nous indiquent en retour : « Nous ne sommes pas ce que vous croyez ». En effet, en retour, elles nous apparaissent toujours inférieures à celles que nous avions estimées antérieurement, sans pour autant pouvoir les fixer. De ce point de vue, ces objets semblent presque insaisissables par les détecteurs que nous sommes capables de concevoir actuellement. Pour cette raison, je propose que l’on étudie ces objets en tant que vecteur d’une nouvelle physique : la physique des neutrinos, plutôt que de vouloir étudier leurs propriétés physiques, comme c’est toujours le cas actuellement, dans le cadre du modèle standard des particules élémentaires. Je propose que l’on abandonne l’idée que les neutrinos satisfassent assurément la contrainte : E = mic2.

La problématique du choix des bonnes variables en physique est posée dans un article du 27/07/2022 par des chercheurs de la Columbia Engineering, dont je cite quelques extraits : « Je me suis toujours demandé, au cas où nous rencontrions des extraterrestres intelligents, auraient-ils découvert les mêmes lois de la physique que nous, ou pourraient-ils décrire l’univers d’une manière différente ? » ; « Peut-être que certains phénomènes semblent énigmatiques et complexes parce que nous essayons de les comprendre en utilisant un mauvais ensemble de variables… Alors oui, il y a des voies alternatives pour décrire l’univers et il est tout à fait possible que nos choix ne soient pas parfaits. » Un des physiciens, Lipson, soutient que « les scientifiques peuvent mal interpréter ou échouer à comprendre beaucoup de phénomènes parce que, tout simplement, ils n’ont pas la bonne base de variables pour décrire ces phénomènes. » Et c’est exactement ma conviction en ce qui concerne notre incapacité toujours actuelle à cerner la physique des neutrinos.

Les variables décrivant la température et la pression ont besoin d’être identifiées avant que les lois de la thermodynamique puissent être formalisées, et ainsi en est-il dans chaque coin du monde scientifique. Les variables sont un précurseur de toute théorie. « Quelles autres lois nous manquent-elles simplement parce que nous n’avons pas les variables ? » se demande Du : collègue de Lipson, qui a codirigé le travail. « Pendant des millénaires, les gens connaissaient les objets se déplaçant rapidement ou lentement, mais ce ne fut que lorsque les notions de vitesse et d’accélération furent formellement quantifiées que Newton pouvait découvrir sa célèbre loi de mouvement F=MA »

Sur ce sujet, l’article résumé dans Phys.org du 27/07 avait pour titre : « Roboticists discover alternative physics ». Selon mon point de vue, cette physique entrevue n’est pas qu’alternative puisqu’elle fait partie de tous les possibles non encore élucidés que j’identifie dans mon énoncé rituel : « Au sein d’une éternité, parmi tous les possibles… ». Les variables, autres, qui nous permettront de comprendre d’autres phénomènes ainsi que d’enrichir, sans fin, notre connaissance de l’univers seront débusquées au fur et à mesure que l’être dans la nature, perché de nouveaux belvédères, réduira l’influence de l’être de la nature.

Comme indiqué ci-dessous avec la citation de S. Hossenfelder, nous devons accroître notre tolérance voire notre ouverture à la nouveauté dans de nombreux domaines d’études de la nature, ainsi que vaincre l’inertie intellectuelle de l’Être de la nature qui nous habite.

         De S. Hossenfelder, p146 : « … Ce que nous considérons comme prévisible et en même temps surprenant dans les sciences dépend de notre familiarité avec le domaine. Au fil de nos travaux, nous augmentons notre tolérance à la nouveauté. Effectivement, plus j’en apprends sur le multivers, plus je le trouve intéressant. Je peux voir que c’est un changement étonnamment simple, et pourtant d’une grande portée, dans la façon que nous avons de comprendre notre propre importance (ou son absence) dans le monde. Peut-être Tegmark[4] a-t-il raison, peut-être suis-je simplement affligée d’un biais émotionnel vis-à-vis de ce qui n’est qu’une conclusion logique. Le multivers est vraiment une émancipation des mathématiques, qui favorise l’apparition d’une vie riche et complexe. » ; « Un point de vue d’autant plus convaincant quand un Prix Nobel, (ici Steven Weinberg), l’appui de tout son poids. »

Je cite S. Hossenfelder puisqu’elle écrit dans son livre quelque chose que je partage et dont je suis convaincu. C’est réconfortant de rencontrer ce point de vue en partage étant donné le caractère iconoclaste de ce que je propose ci-dessous.

         Dans les univers parallèles pensés grâce à l’hypothèse du multivers ou encore ceux qui sont sous la plume des physiciens théoriciens adeptes de la théorie des cordes, la vitesse de la lumière peut avoir toutes les valeurs possibles. De fait, leurs propriétés physiques peuvent être toutes autres que celles que nous avons identifiées, jusqu’à présent, dans notre univers. Dans le cadre des énigmes répertoriées ci-dessus peut-être sommes-nous confrontés à l’existence dans notre propre univers à des valeurs qui sont attribuées à ces fameux univers parallèles. Peut-être ce n’est-il qu’une affaire ‘du temps de se familiariser’ de ces nouvelles valeurs possibles, mais au fil de notre réflexion et de nos travaux peut-être que notre tolérance s’accroîtra et ces valeurs nouvelles deviendront nécessaires et seront marquées du sceau de l’évidence. Univers qui au bout du compte ne sont pas si parallèles et à minima entrecroiseraient notre propre univers. Dans ce cas notre propre univers serait différent, avec des propriétés bien plus riches. Cela signifierait que notre univers contiendrait des propriétés exogènes, que nous considérons actuellement comme telles, vis-à-vis desquelles nous sommes encore aveugles, puisque nous sommes, de facto, émergents et façonnés par la nature spécifique de celui que nous désignons comme étant notre univers. Soit, notre évolution n’est pas encore suffisante pour que nous soyons en capacité, d’une façon ou d’une autre, à mettre en lumière ce qui constitue(nt) le/les fondement(s) des énigmes en question. Dans le cas où ces autres univers deviendraient observables ou mesurables, voire visitables grâce à de nouveaux instruments d’observations, alors ils feront partie de notre univers enrichi… par adjonction ou interpénétration.

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         A ce stade, l’édition du chapitre 4 est terminée ainsi que l’édition de mon mémoire composé de 4 chapitres. Cette édition a commencé le 3/06, avec une publication nouvelle chaque vendredi. Mon mémoire représente une bonne synthèse des 235 articles publiés sur mon blog, mc2est-cesuffisant (sic), durant un peu plus de la décennie. Et ce n’est pas fini, c’est infini, il en est ainsi de la dynamique du savoir en physique qui provoque et accompagne le progressif investissement intellectuel éclairant des confins encore et toujours plus ‘au-delà’ de notre univers.

 

[1] Le mot a été introduit pour « former un enfant en soi » et simultanément avec le sens intellectuel de « se représenter par la pensée » vers 1119.

[2] D’après un article du 22/07/2022 dans Futura Science : Si la récente découverte de galaxies primitives avec le télescope James-Webb se confirmait, elle pourrait s'ajouter significativement au débat entre ceux qui pensent que la matière noire existe et ceux qui pensent qu'il faut au contraire modifier les lois de la gravité et de la mécanique pour décrire l'origine et le comportement des galaxies. Ce qui est sûr, c'est que la découverte de ces galaxies a été prédite à partir de la théorie Mond (proposée depuis les années 1980), théorie alternative à la matière noire et décriée. Reste encore à être confirmée pleinement mais si les astrophysiciens n'ont pas fait d'erreurs, nous serions en présence sur les images du JWST de deux galaxies contenant déjà l'équivalent d'environ un milliard de masses solaires sous forme d'étoiles telles qu'elles étaient entre 300 et 400 millions d'années après le Big Bang. Stacy McGaugh explique en détail que des galaxies aussi massives observées aussi tôt dans l'histoire du cosmos observable ne sont pas vraiment compatibles avec le Modèle cosmologique standard avec matière noire (sic, re-sic).

 

[3] Article dans Futura Sciences le 10/08/2022, avec le titre : « Ces galaxies jettent le doute sur le modèle cosmologique standard. » Je cite quelques extraits : « Au sein du deuxième amas de galaxies le plus proche de la Terre connu sous le nom d'amas du Fourneau, des galaxies naines apparaissent particulièrement déformées par les effets de marée. Selon des chercheurs, elles remettraient en question le modèle standard de la cosmologie. Selon Pavel Kroupa, co-auteur de l'étude et chercheur à l'université de Bonn, « Le nombre de publications montrant des incompatibilités entre les observations et le paradigme de la matière noire ne cesse d'augmenter chaque année. Il est temps de commencer à investir davantage de ressources dans des théories plus prometteuses ». Par la suite, l'équipe compte se pencher sur d'autres galaxies naines ou amas de galaxies. »

 

[4] Physicien, cosmologiste, chercheur en IA, professeur au MIT. Age : 55ans

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4 août 2022 4 04 /08 /août /2022 16:33

Le 5 Août

Ci-jointe, l'édition du chapitre 4 correspondant à sa première partie. La suivante sera publiée le 12 Août.

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Au sein d’une éternité, parmi tous les possibles, …

         L’énoncé directeur et rituel qui rend compte au plus près de la conviction profonde qui m’habite pour aller de l’avant dans la conquête de connaissances, je la formule ainsi : « Au sein d’une éternité, parmi tous les possibles, Anthrôpos ne cesse de creuser sa connaissance de l’Univers… » Ce sont tous les possibles en perspective qui ne cessent d’attiser ma curiosité. En ce qui concerne notre connaissance actuelle de notre univers, celle-ci n’est ni négligeable, ni finale, loin de là. A ce propos ce qui ne cesse pas de m’animer c’est de suivre et comprendre les différents cheminements de la pensée, reconnus au sein de la communauté scientifique, qui à tâtons aboutissent à un carrefour où se présentent plusieurs voies possibles du développement de la connaissance. Quelle sera celle qui en particulier conduira à la consolidation d’un savoir déjà acquis et suscitera la projection de ponts nouveaux vers des nouveaux questionnements inédits ? Nous sommes probablement à l’aube d’une situation de cette nature.

         L’histoire la plus contemporaine et standard de l’avènement de notre univers fait intervenir un temps zéro, ‘top départ’, d’un formidable Big Bang à l’origine de l’engendrement de notre univers qui se déploie depuis 13 milliards 800 millions d’années. Ce formidable Big Bang ce serait produit à partir d’un état primordial de vide absolu qui ne peut être situé dans l’espace ; d’un point de vue cosmologique il est par principe insituable puisque tous les lieux de l’espace se valent. Ce scénario a pris corps dans les années 1970, grâce à l’obtention en 1964, du fait d’un grand hasard, d’une première image de l’univers en expansion, située 380 000 ans après le Big Bang. Cette image a pu être décryptée comme telle parce qu’un scénario plus ou moins semblable avait été globalement, préalablement, théoriquement pensé durant les années 1950 par des physiciens qui avaient pour leader Georges Gamow (1904-1968).

Rapidement, le scénario du Big Bang a été étayé grâce à un grand nombre d’observations scientifiques et conforté par des justifications théoriques fournies essentiellement grâce aux équations de la Relativité Générale. Pour concevoir un modèle standard de la cosmologie, sans discontinuité historique du déploiement de notre univers à partir du temps zéro, les physiciens ont été amenés à concevoir des hypothèses qui, en l’état de nos connaissances actuelles, sont encore légitimes pour assurer une continuité temporelle qui soit cohérente. C’est la période primordiale : du temps zéro[1] jusqu’à de l’ordre du premier milliard d’années après le Big-Bang, qui fait l’objet de ces extrapolations théoriques qui prennent appuis sur des considérations puisées, entre autres, au sein du corpus de la mécanique quantique et de la physique nucléaire.

Aujourd’hui, la conviction scientifique dominante est de considérer que nous avons effacé le risque de concevoir une cosmogonie de plus, conception inhérente à l’histoire du développement de la curiosité humaine pour ce qui est des ‘Cieux’. La cosmologie est dorénavant considérée comme une science à part entière et le flux d’échanges d’informations et d’hypothèses est très intense au sein de la communauté des cosmologues et des astrophysiciens. La quantité d’instruments d’observations et de mesures sur notre planète et dans l’espace nous indique la mesure de l’engouement de l’humanité pour savoir et encore découvrir de ce que notre Univers serait constitué et mieux appréhender ses dimensions spatiale et temporelle.

Le dernier télescope spatial expédié dans le ciel le 25 décembre 2021, le ‘James Webb Space telescope’ (JWST), représentant un investissement de l’ordre de 10 milliards de dollars, donne une appréciation du désir, et de la nécessité existentielle, de toujours savoir de la part de l’être humain, ce qu’il y a dans l’au-delà de l’espace-temps déjà saisi par l’observation et/ou intellectuellement investi sur un plan purement théorique. J’éprouve souvent l’envie d’établir un lien entre ce désir de savoir et ce que nous pouvons observer chez un bébé commençant à se déplacer en rampant sur le ventre ou à quatre pattes qui a l’énergie de la curiosité d’aller prospecter cet endroit qu’il n’a pas encore eu l’occasion d’aller voir par lui-même et l’enthousiasme exprimé par les astrophysiciens quand il y a la découverte d’un au-delà dans une partie de l’espace-temps de l’univers jamais encore observée, ce qui souvent provoque une jubilation générale.

         Depuis les années 1980, jusqu’à nos jours, les physiciens, les astrophysiciens, les cosmologues, les astronomes, disposent, pour leur investissement intellectuel spécialisé dans leurs différents domaines, d’un référentiel Univers : commun et globalement crédible pour enrichir et perfectionner, grâce à leurs contributions collectives, ce que l’on désigne : le Modèle Standard de la Cosmologie. Cette situation confortable a perduré tout au long d’une période pendant laquelle les observations et les enrichissements théoriques concomitants ont renforcé l’idée que nous avions élaboré une représentation cohérente de notre Univers auquel nous pouvions attribuer le statut d’un modèle standard.

Le processus de consolidation de la conception standard de l’univers a été obtenu au prix de l’enjambement d’incertitudes, accumulées et laissées en suspens, du fait de l’impossibilité d’établir une concordance entre des composants hypothétiques de notre univers avec des observations certifiantes. Il en est ainsi en ce qui concerne l’hypothèse de l’existence de matière noire à laquelle s’ajoute l’hypothèse de l’énergie sombre. Toujours est-il que cela représente 95% de ce qui composerait notre univers.  De plus il ne faut pas oublier que la thèse du Big Bang est toujours conjecturée. Jusqu’à présent nous n’avons toujours pas observé la moindre trace qui validerait cette hypothèse.

En quelques phrases j’ai pointé les failles qui font que notre connaissance de l’univers est fragile, mais le fait que l’être humain évolue au sein d’un univers n’a pas de raison d’être remis en cause. L’existence de l’univers étant assumée, sur la base de cette certitude, la pensée des scientifiques, s’est enrichie, s’est diversifiée jusqu’aux confins de nos diverses capacités actuelles d’auscultations concrètes et abstraites. Dans cette diversité, un questionnement axé sur le pourquoi et le comment une humanité pensante a pu émerger au sein d’un univers à l’origine purement matériel a pris une ampleur quasiment immédiate. Anthropos ne cesse de creuser… en conséquence la question existentielle envahissante s’est rapidement imposée : « Pourquoi l’univers physique, matériel, dont nous avons accès à l’observation, la compréhension, est-il compatible avec notre existence, en tant qu’êtres vivants et percevants ? »

Etant données les valeurs des grandeurs physiques fondamentales, invariantes, que nous déclarons universelles, recensées au sein de l’univers et qui sont indépendantes les unes des autres en un nombre limité (de l’ordre de 26), quel est ce hasard et ces circonstances qui ont permis l’émergence de la vie humaine ? Question taraudante, celle correspondant au chapitre du grand livre du questionnement scientifique avec l’intitulé : « Pourquoi un tel Ajustement Parfait de l’Univers (Fine-Tuning Universe) : « Pourquoi l’univers semble avoir les paramètres adaptés pour accueillir la vie intelligente ? » Je cite Stephen Hawking (1942-2018) : « Les lois de la science, tels que nous les connaissons à présent (sic), contiennent plusieurs nombres fondamentaux, comme celui de la charge électrique de l’électron et du rapport des masses du proton et de l’électron… le fait remarquable est que les valeurs de ces nombres semblent avoir été très finement ajustées pour rendre possible le développement de la vie. » 

Dans un premier temps, ces dernières décennies, les physiciens ont constaté, en fonction des certitudes scientifiques acquises, que si les valeurs de certains paramètres physiques étaient légèrement modifiées, voire très légèrement, cela aurait empêché la formation des composants nécessaires à l’émergence de la vie dans l’univers. La modification de la masse des particules élémentaires et/ou des constantes de couplage des forces fondamentales n’auraient pas favorisé la formation des planètes, des étoiles, des galaxies. Or, étant donné que nous sommes en premier lieu des êtres de la nature, ce qui veut dire que nous sommes le fruit d’un assemblage des poussières d’étoiles, des explosions des supernovas, etc.… et que cet assemblage est ordonné, entre autres, par exemple, grâce à la constante de couplage de l’interaction électromagnétique qui détermine la force du lien entre l’électron et le proton de l’atome d’hydrogène, atome premier du tableau de Mendeleïev (contenant actuellement 120 éléments), a pour valeur, sans unité :  1/137. Pourquoi cette valeur, d’où vient-elle ?

         A ce stade d’une démarche scientifique qui semble si rigoureuse, si pure, devoir faire appel à une sorte d’action divine, au dessein intelligent, pour rendre compte de l’existence de ces valeurs si particulières au sein de notre univers est difficilement acceptable. Il n’est pas souhaitable de s’en remettre au divin pour expliquer pourquoi les conditions physiques de l’émergence de l’univers et de son déploiement semblent avoir été taillées avec une finalité qui aurait été en faveur de l’émergence de l’existence humaine. Pour s’approcher de la réponse, s’il y en a une, il faut donc continuer à suivre une démarche scientifique. 

         Une de ces démarches scientifiques, qui peut être considérée à mes yeux comme probante, a été entreprise par S. Weinberg (1933-2021) qui a été le premier à affirmer en 1997 que l’existence du multivers était de l’ordre du probable : « On pouvait dire que si on avait une théorie fondamentale qui prédisait un grand nombre de Big Bang individuels avec des valeurs variables de l’énergie noire et une distribution de probabilité intrinsèque pour la constante cosmologique qui est plate – qui ne distingue pas les valeurs les unes des autres – alors, les êtres vivants devraient s’attendre à voir exactement ce qu’ils voient ». Il s’est trouvé que la théorie des cordes fournissait exactement le genre de loi microscopique prédictive d’un grand nombre de Big Bang dont Weinberg avait besoin. Il est important à ce stade de préciser que la théorie exploitée par S. Weinberg, et celle des cordes ne sont pas le fruit d’un même paradigme, loin s’en faut. Pourtant ces deux théories s’épaulent mutuellement et signent leur utilité respective ainsi que leur pertinence pour annoncer une probabilité significative du multivers. En conséquence l’idée du multivers est une idée qui procède d’un raisonnement scientifique standard sans pour autant lui accorder le statut d’une vérité qui serait finalement exhaustive.

La théorie du multivers est ainsi née. Parmi la multitude d’univers parallèles, chacun ayant des paramètres physiques différents, il n’est pas surprenant que les êtres humains aient évolué dans un de ceux-ci dans lequel les conditions de son habitabilité sont réunies. Ainsi, l’intrigue de ‘l’Ajustement Parfait de l’Univers’ s’évapore. L’hypothèse de l’existence d’autres univers plus ou moins probable au nôtre n’est plus tabou. Jusqu’à présent des preuves de l’existence d’au moins un de ces univers parallèles n’ont pas été apportées, à part Roger Penrose (prix Nobel 2021 pour ses travaux sur les trous noirs) qui le conjecture en auscultant la première image de l’univers 380000 ans après le Big Bang de notre univers.

Depuis que la théorie du multivers éventuel s’est imposée dans le paysage scientifique, d’autres chercheurs se sont emparés de la problématique de la pertinence de ce soi-disant ‘ajustement parfait de l’univers’ nécessaire à la présence humaine dans l’univers. Une réévaluation de cette problématique a été récemment réalisée et des études très récentes indiquent que les arguments de notre univers finement ajusté sont illusoires. La vie peut prendre des formes différentes de celle particulière considérée a priori et naïvement. En effet, si on fait varier simultanément plusieurs paramètres physiques cela allège les contraintes qu’imposent l’ajustement parfait. Cela suggère que dans l’univers, la vie peut surgir dans une marge de circonstances plus large que ce qui a été premièrement pensé. Par exemple, dans un premier long temps, il a été considéré que des modifications légères du rapport des forces qui gouvernent le noyau atomique ou bien des modifications légères de quelques constantes fondamentales de la nature, cela remettaient en cause la formation du carbone dans les étoiles, si essentielle pour le développement de la vie organique ainsi que pour garantir la durée de vie des étoiles fournissant l’énergie nécessaire à la formation de planètes habitables, en conséquence tout ceci était rédhibitoire à ce que soyons là, habitants de l’univers. Depuis, nous avons enjambé ce premier long temps et nous considérons maintenant qu’il y a des solutions physiques qui permettent d’autres ajustements des valeurs favorisant une émergence semblable de la vie. 

         En quelques décennies, au fur et à mesure que nous avons assimilé l’idée que nous étions installés dans un univers exclusivement finement ajusté : notre univers, nous avons desserré l’étau des contraintes relatives à la probabilité de notre existence dans celui-ci et nous avons aussi desserré les contraintes relatives à l’unicité de cet univers. « …Anthrôpos ne cesse de creuser sa connaissance de l’univers. » Ainsi, nous comprenons d’une façon de plus en plus affinée que les lois et les représentations qu’autorisent les lois de la physique que nous maitrisons à une période donnée, résultent de concepts coordonnés qui sont déterminés, à une période donnée, par notre façon de nous y prendre avec le monde qui est le nôtre pour le connaître.

         L’idée de multivers suscite actuellement d’importantes controverses entre les scientifiques. Citons, entre autres, Paul Steinhardt (Université de Princeton, théoricien de l’hypothèse du rebond) : « L’idée du multivers est baroque, non naturelle, invérifiable et, en fin de compte, dangereuse pour la science et la société (sic) » Rien que cela !! Dans l’autre camp Bernard Carr (Queen Mary, Université de Londres, a publié Univers ou Multivers ? chez Cambridge University Press, en 2007), explique que : « La notion d’un multivers ouvre une nouvelle perspective sur la nature de la science, et il n’est pas étonnant que cela cause un inconfort intellectuel. » Sabine Hossenfelder rappelle : « Vous êtes un être humain sur les quelques 7 milliards de la planète. Votre soleil est une étoile parmi la centaine de milliards de la Voie Lactée. La Voie Lactée est une galaxie parmi environ 100 milliards dans notre univers. Peut-être y a-t-il d’autres univers qui constituent ce que nous appelons le « multivers ». Cela n’a pas l’air si énorme que ça ? »

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                     La suite sera publiée le 12 Août. Elle signera la fin de la publication du chapitre 4, ainsi que la fin de la publication de mon mémoire.

 

[1] Plus précisément, et plus rigoureusement, le temps de Planck, 10-44s aprés le Big Bang

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29 juillet 2022 5 29 /07 /juillet /2022 11:01

Le 29/07/2022

Ce texte correspond à la troisième partie du chapitre 3 : ‘Dialogue imaginaire avec Carlo Rovelli’ du mémoire : L’Être humain est une réalité de/dans l’Univers. Evidemment, j’ai la responsabilité complète de l’écriture de ce chapitre, toutefois, préalablement, j’ai demandé à Carlo son accord en vue d’imaginer ce dialogue. Il me l’a donné dès le lendemain.

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Le suivi historique de l’évolution de ce travail de résistance intellectuel depuis Planck, à mon sens, vaut la peine d’être pris en compte, d’être documenté, et analysé. En effet, en 1958, F. Dyson (collègue de Feynman) écrivait : « Il ne s’agit pas de comprendre la mécanique quantique, mais de sauter le pas : accepter l’idée qu’il n’y a rien à comprendre, et apprendre à se servir du formalisme mathématique pour trouver des résultats en accord avec les faits expérimentaux. Et il ajoutait qu’avec le temps, les étudiants acceptent avec une résistance décroissante d’être brisé (to be broken down) pour consentir à cette attitude. »

 Encore aujourd’hui, étonnamment, S. Haroche[1] persiste à penser qu’il est toujours préférable de commencer par « tais-toi et calcule », plutôt que d’introduire les jeunes étudiants dans le monde de la physique quantique avec les questions de son interprétation. Ceci est à mon avis une question de pratique et de culture scientifique qui nous imprègne car les jeunes étudiants n’ont plus les mêmes blocages intellectuels que les générations précédentes. S. Haroche devrait considérer que l’évolution de type darwinienne du câblage de nos cerveaux continue d’agir et produire des effets progressifs au fur et à mesure que la connaissance et le questionnement scientifiques progressent grâce à des changements de paradigmes. Un grand spécialiste de la physique quantique comme Anton Zeilinger, dans son laboratoire à Vienne, constate régulièrement cette flexibilité cérébrale véloce et enthousiasmante des générations les plus récentes : « Quand des jeunes rejoignent mon groupe, on voit qu’ils cherchent leur chemin à tâtons dans le noir et qu’ils ne le trouvent pas intuitivement. Mais au bout d’un moment, deux ou trois mois, ils trouvent leur rythme, et ils développent cette compréhension intuitive de la mécanique quantique, et c’est très intéressant à observer. C’est comme apprendre à faire du vélo. »

Je propose de considérer que la conception de la physique classique offre le confort d’une pensée d’une description physique du monde hors de soi, mais avec l’avènement de la mécanique quantique nous devons considérer que nous avons non seulement atteint la fin du confort de cette pensée mais que celui-ci est irréversiblement aboli. Car la mécanique quantique rend compte aussi de l’organisation et du fonctionnement du monde intérieur constitutif de l’être humain. Au plus bas niveau, pensons à la chimie quantique, à un niveau constitutif plus élevé, considérons la biologie quantique, au stade le plus élevé de ce qui fait de nous des êtres humains se développe exponentiellement le domaine des neurosciences. Par exemple dans ce domaine, des propriétés et des méthodes spécifiquement quantiques permettent de modéliser des aspects de la dynamique du fonctionnement du cerveau comme indiqué ci-dessus. Grâce à la physique quantique nous disposons d’outils, de concepts, de méthodes, appropriés pour accéder à la compréhension et à la description du réel de l’humain. Avec la mécanique quantique une place est attribuée à l’observateur, celui-ci n’est plus extérieur à la théorie qui décrit le monde. La frontière jusque-là, apparemment, infranchissable entre la nature et celui qui la regarde et la pense n’a plus de raison d’être.

Nous disposerions donc d’un unique corpus théorique qui nous permet de progresser dans la compréhension du réel de l’humain ainsi que du non-humain-du réel. Le préalable philosophique du réalisme pur tel qu’il a été défini par Einstein et adopté par une très grande majorité de physicien ne peut plus servir de référence. La frontière supposée, sous-entendue, qui fit que le principe du réalisme scientifique Einsteinien s’imposa, est gommée. Ainsi on peut comprendre le travail de résistance acharné qu’il développa, sans succès, pour relégitimer le cadre préalable d’une philosophie réaliste pure. Pour lui, il sera impossible d’attribuer à la mécanique quantique le label d’une théorie complète tant que les conditions du rétablissement de cette frontière ne seront pas réunies. C’est la fonction assignée à ces fameuses variables cachées dont il fit l’hypothèse. L’article dénommé EPR publié en 1935 est un condensé des préoccupations d’Einstein avec le titre suivant : « Est-ce que la description par la mécanique quantique de la réalité physique, peut être considérée complète ? », avec la phrase introductive impérative résumant son point de vue : « Chaque élément de la réalité physique doit avoir une contrepartie dans la théorie physique. » Depuis il n’y a plus que quelques équipes de théoriciens, au monde, qui travaillent sur le sujet des variables cachées.

Weinberg n’a pas non plus pressenti qu’avec l’avènement de la mécanique quantique la dichotomie entre monde extérieur et monde intérieur de l’être humain n’avait plus lieu d’être. Il n’a pas non plus intégré l’idée que la mécanique quantique est une boite à outils théorique supportant de décrypter à la fois les lois de la matière inerte, les lois de la matière active organisée, le vivant, lorsqu’il formule le grief suivant : « Or, une théorie ne devrait pas se référer aux êtres humains dans ses postulats (sic). Il serait souhaitable de pouvoir comprendre des choses macroscopiques, comme les appareils expérimentaux et les êtres humains, selon les termes de la théorie sous-jacente. Il n’est pas souhaitable de les voir intégrés au niveau des axiomes de la théorie. » Il a expliqué que toutes les recherches qu’il avait menées pour tenter de dépasser ce qui lui paraissait fondamentalement anormal restèrent infructueuses. En conséquence, il reconnaissait que les fondements de la mécanique quantique définis par l’école de Copenhague étaient toujours incontournables et... extraordinairement fertiles.

Ce qui fut déroutant au début des années 1920, pour la plupart des théoriciens, c’est l’émergence empirique, progressive, d’axiomes formulés sans fondements théoriques préalables, pas même considérés intuitivement. Un nombre non négligeable de ces théoriciens acceptèrent cette démarche empirique, pragmatique, par la force des choses, en considérant que c’était une situation provisoire. Par exemple Max Planck était convaincu que la constante h qu’il avait été obligé d’introduire en 1900 pour rendre compte du rayonnement du corps noir n’était qu’un pur artefact. Finalement, d’ajustements empiriques en ajustements empiriques, c’est un corpus théorique qui, progressivement, s’est consolidé et a définitivement émergé en rupture complète avec celui de la physique classique. L’injonction persistante : ‘Tais-toi et calcule’, rappel qu’après un siècle la rupture n’est pas assimilée.

         Ceci étant dit, Carlo, a priori je devrais être d’accord avec toi lorsque tu déclares p.88 : « Il n’y a aucune raison de penser que l’observateur réel n’est pas, lui aussi, décrit par la théorie quantique. », toutefois cette déclaration est très générale. Celle-ci renvoie à ce que tu écris p.163 : « Or il est absurde de penser qu’un être humain, son esprit ou les chiffres qu’il emploie, joue un rôle particulier dans la grammaire de la nature. »  Or, la grammaire n’est pas là par elle-même. Elle ne nous est pas donnée. Elle est là, parce que tu l’as placé là. C’est donc que tu as réalisé une projection particulière, personnelle. Tu ne peux pas affirmer que : « la grammaire de la nature est là sans moi ». Ton esprit a joué un rôle particulier, il a créé ce concept de grammaire que tu prêtes à la nature, pour assurer un discours qui se veut abouti sur la nature. On ne sait pas ce qu’est un observateur réel, c’est une anticipation que tu proposes qui ne peut pas être de mise. Je ne pense pas qu’elle pourra être un jour de mise car cela supposerait que l’observateur, que nous sommes, pourrait être sur la voie d’une pétrification. Il y a des raccourcis théoriques que nous devons éviter.

         L’observateur est d’autant plus difficile à appréhender dans une réalité finale quelconque, qu’il ne cesse d’évoluer en se dotant présentement d’outils développés grâce à l’intelligence artificielle. Dans un futur proche son évolution se fera grâce à des moyens complémentaires prothétiques dont il est impossible d’en prédire les limites.

L’être humain observateur est multiple. Je persiste de considérer que chez l’être humain cohabitent un être de la nature et un être dans la nature. Cohabitation perpétuellement en déséquilibre car l’être dans la nature ne cesse vouloir réduire le périmètre, l’impact, de l’être de la nature. Ainsi s’explique la dynamique de la volonté de connaissance de l’être humain, celle-ci est, et sera inépuisable.

Roger Penrose, en tant que physicien fut une sorte de pionnier pour tenter de découvrir le/les liens entre le savoir des lois physiques et le savoir, du pourquoi, du comment il pourrait émerger de notre système cérébral, lorsque dans les années 1980 avec l’anesthésiologiste Stuart Hameroff, il avait essayé de découvrir une relation, entre la structure naturelle et le fonctionnement naturel de notre cerveau, avec notre compréhension et in fine certains énoncés des lois physiques. Ainsi, concrètement, dans sa recherche il avait tenté d’attribuer à la gravité le processus de la réduction de la fonction d’onde[2]. Sa pré-vision était que les problèmes de la mécanique quantique et ceux que pose la compréhension de la conscience sont liés de multiples façons. Il essaiera d’identifier quels types de structures et d’actions du cerveau pourraient servir de support à ces types nouveaux de processus physiques. Ainsi il avait été amené à énoncer : « Non seulement j’affirme que nous avons besoin d’une nouvelle physique, mais aussi celle-ci doit s’appliquer à l’action du cerveau. » Il fut de plus amené à admettre que les concepts de la mécanique quantique puissent intervenir dans la compréhension des phénomènes mentaux chez l’homme.

Certes, depuis le temps, les travaux de R. Penrose n’ont pas à ce jour ouvert de voies fructueuses qui laisseraient envisager des résultats prometteurs, par contre depuis quelques décennies les neuroscientifiques progressent à grand pas en ce qui concerne la compréhension du fonctionnement du cerveau ainsi que de ses dysfonctionnements. Une étroite coopération devrait s’engager entre les physiciens et les neuroscientifiques car nous devrions explicitement prendre en compte le fait que la physique est la science de l’interface entre l’être humain et la nature.

Cette coopération entre physiciens et neuroscientifiques est objectivement pressenti par les auteurs de l’article du 11 Mai 2022 rapporté par Ingrid Fadelli : « Exploitation des méthodes du groupe de renormalisation pour étudier comment le cerveau traite l’information », cité ci-avant, puisque les auteurs de cet article annoncent la perspective suivante : « À l’avenir, la théorie introduite pourrait être utilisée pour examiner diverses autres dynamiques cérébrales et processus neuronaux, allant au-delà de la criticité. En outre, cela pourrait finalement ouvrir la voie à l’introduction d’autres constructions théoriques (sic) fusionnant la physique et les neurosciences. »

D’autres constructions théoriques fusionnant la physique et les neurosciences : voilà un projet ambitieux qui devrait nous mobiliser. Peut-être est-il déjà entrepris par des chercheurs pionniers dans quelques laboratoires. J’ai vraiment la conviction que c’est une voie à suivre. Le décloisonnement des connaissances scientifiques, auquel j’aspire depuis longtemps, demande de vaincre des inerties très significatives. Il me semble que pour prendre le problème à bras le corps, il faut réunir un comité scientifique ad-hoc, avec les moyens appropriés, ayant la vocation de catalyser au niveau international des lignes directrices, proposées dans un manifeste, qui engendreront des axes de recherches et d’enseignements pluridisciplinaires.

Enfin je cite ce que nous dit Christof Koch[3] : « Il ne fait guère de doute que notre intelligence et nos expériences résultent des capacités naturelles de notre cerveau à établir des enchaînements de causes et d’effets. Cette disposition a extrêmement bien servi la science au cours des derniers siècles. Le cerveau humain, cet organe d’à peine un kilo et demi à la texture comparable au tofu, est de loin le morceau de matière active organisée le plus complexe connu de l’univers. Mais il obéit aux mêmes lois de la physique que les objets de la nature connus actuellement. Rien n’échappe à ces lois. Nous ne comprenons pas encore tout à fait les mécanismes causaux en jeu, mais nous les expérimentons tous les jours. » La première phrase citée de Ch. Koch, doit mettre en éveil notre vigilance car nous ne disposons toujours pas des connaissances assurées pour affirmer ce qui est prétendu par l’auteur : que notre intelligence si diverse résulterait directement des capacités naturelles de notre cerveau... Certes, notre cerveau est un substrat essentiel duquel émerge nos capacités intellectuelles. D’un côté il y a de la matière active organisée, de l’autre de l’immatériel ! Ce sont des phénomènes extraordinaires qui sont en jeux, et nous sommes totalement impliqués dans ce cercle magnifique. Restons lucide, notre compréhension de ce processus du passage d’une activité matérielle propre à notre cerveau à l’émergence d’un flux immatériel continu de cogitations et de pensées, humaines et humanisantes, ne nous sera peut-être à jamais vraiment accessible. Peut-être qu’à ce niveau nous esquissons l’horizon limite de notre capacité d’introspection.

          Grâce aux avancées actuelles et à venir, que permettent les travaux des chercheurs en neurosciences, les physiciens bénéficieront d’une compréhension plus élaborée concernant notre relation cognitive avec la nature telle qu’elle est engendrée, ils bénéficieront aussi d’une compréhension des motivations et des dynamiques misent en œuvre. A mon sens, Carlo, la conception structuraliste globale relationniste entre l’être humain et la nature, que tu proposes, ne peut pas intégrer, pas plus bénéficier des avancées des connaissances qui sont et seront développées à propos de nos capacités cognitives.

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La publication du chapitre 3 est ainsi close. Le 5 Août sera publié la 1e partie du chapitre 4 : ‘Au sein d’une éternité parmi tous les possibles …’

 

[1] Professeur honoraire au Collège de France. Membre de l’Académie des sciences et prix Nobel de physique en 2012 pour la mise en œuvre des méthodes permettant de manipuler et de mesurer des objets quantiques individuels.

[2] Dans une publication en 2020 et une plus récente de juin 2022, une équipe de recherche dirigée par Catalina Curceanu il a été clairement indiqué que les effets déductibles de cette hypothèse ne sont pas observés. Une 3e étape expérimentale est programmée

[3] Directeur scientifique et président de l’institut Allen pour les sciences du cerveau, à Seattle. In ‘Pour la Science’ Hors-série N° 115

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22 juillet 2022 5 22 /07 /juillet /2022 11:00

Le 22/07

Cette publication constitue la 2e partie du chapitre 3 de mon mémoire « l’Être humain est une réalité de/dans l’Univers ».

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                                    Dialogue imaginaire avec Carlo Rovelli (2)

Proclamer que : « la mécanique quantique décrit la grammaire élémentaire et universelle de la réalité physique », c’est envahissant. Cela correspond à une invasion de l’impatience du physicien réaliste. On ne peut pas garantir que ce but soit atteint. Rien de tel ne doit être formulé. Qui peut savoir que l’os du monde réel est atteint et, une bonne fois pour toutes, que sa grammaire élémentaire est maîtrisée, qui plus est, elle serait universelle ? Jamais nous ne devons avoir l’ambition d’atteindre la pensée aboutie. Puisque ce serait la fin de la pensée. Les victoires provisoires de la pensée doivent sans cesse provoquer une disponibilité intellectuelle qui ouvre la porte pour accéder à des nouvelles compréhensions non encore imaginées. Seule l’acception de cette dynamique en jeu est source de progression pour le sujet pensant. Libérons-nous de la pensée du savoir universel ainsi que de celle de la réalité physique, pensées qui nous emprisonnent et obstruent notre horizon. Elles ne sont pas réalistes. Nous sommes dans le flux de l’histoire du développement de la connaissance du monde naturel. On ne peut prétendre qu’avec nous, présentement, cette histoire atteindrait sa fin.

         Page 177 : « La longue recherche de la physique de la « substance ultime », qui est passée par la matière, les molécules, les atomes, les champs, les particules élémentaires, etc. ; a fait naufrage dans la complexité relationnelle de la théorie quantique des champs et de la relativité générale. »

         Je suis très satisfait de ce que tu dis sur ce point. En effet, en novembre 2011, j’ai commis un article sur mon blog : ‘Qui se permettra de le dire !’, dans lequel j’exprimai mon pessimisme à l’égard de théorie quantique des champs et des extrapolations sans limites, si peu contraintes. Notamment à l’égard des neutrinos puisque subitement, puisque leurs saveurs oscillaient, dans le lagrangien du modèle standard des particules élémentaires, on a introduit un couplage entre le champ de Higgs et les différents neutrinos en prétendant que leurs masses étaient de même nature, gravitationnelles et inertielles, comme les autres particules élémentaires. Morale de l’histoire quand nous pouvons observer quelques phénomènes relatifs à ces objets, ironiquement ils semblent sans cesse nous signifier depuis plus d’un demi-siècle : « Nous ne sommes pas ce que vous croyez. » La physique des neutrinos n’est pas encore comprise car ils sont les vecteurs d’une autre physique à part entière.

         J’apprécie beaucoup le travail de recension que tu as réalisé auprès d’écrits d’auteurs qui ont analysé, décrypté, le fait que la connaissance s’inscrit aussi dans l’histoire humaine. Complémentairement je cite le titre du paragraphe relevé dans ‘Une histoire des civilisations’ (2018, sous-titre : « Comment l’archéologie bouleverse nos connaissances. ») : « La découverte de la continuité entre l’histoire de l’homme et celle de la nature »

Je pense et j’espère que je ne suis pas seul à devoir te complimenter pour ce travail de premier ordre. Je me permets de contracter ce que tu as écrit entre la page 148 et la page 161 parce que cela est pour moi essentiel, ainsi : « Pour Ernst Mach (1838-1916), c’est l’activité humaine concrète, dans le cours concret de l’histoire, qui apprend à organiser sous une forme progressivement meilleure les faits du monde avec lesquels elle interagit… La connaissance est dépouillée de tout caractère anhistorique… il ne s’agit pas d’une acquisition définitive, mais d’un processus ouvert (sic). » ; « l’humanité qui connaît n’est pas un sujet transcendant isolé, c’est l’humanité réelle, historique, qui fait partie du monde naturel. » ; « l’histoire est un processus, la connaissance est un processus. La connaissance scientifique évolue, écrit Bogdanov (philosophe et révolutionnaire russe, 1873-1928), et la notion de matière propre à la science de notre temps pourrait n’être qu’une étape intermédiaire sur le chemin de la connaissance. » ; « Le meilleur moyen d’apprendre est d’interagir avec le monde en essayant de le comprendre, en réajustant nos schémas mentaux en fonction de ce que nous découvrons. Ce respect pour la science, en tant que source de notre savoir sur le monde, a évolué jusqu’au naturalisme radical de philosophes comme Willard Quine, pour qui notre propre connaissance est un processus naturel, parmi d’autres et doit être étudié comme tel. »

Quand tu mets en relief l’idée : de l’humanité réelle, historique, qui fait partie du monde naturel, c’est exactement ce que je veux exprimer d’une manière condensée avec le concept de ‘Présence’, qui se trouve être à mes yeux symboliquement figuré par l’artistique quintessence de l’être humain que nous propose Giacometti avec ses sculptures. Ma conception de l’humanité réelle qui fait partie du monde naturel est plus nuancé car l’histoire du développement de l’humanité implique de prendre en compte qu’il se libère de ses origines purement naturelles ‘l’Être de la nature’ pour évoluer vers un ‘Être dans la nature’. Cette conception a des conséquences pour apprécier correctement la dynamique du développement de l’acquisition des connaissances sur la nature. Je considère qu’il est nécessaire de prendre en compte cette double nature de la relation de l’être humain avec la nature. 

Page 161, je te cite : « De nombreuses « interprétations » de la mécanique quantique, comme celles énumérées au chapitre II, me semblent des efforts pour comprimer les découvertes de la physique fondamentales dans les canons de nos préjugés métaphysiques. Sommes-nous persuadés que le monde est déterministe, que le futur et le passé sont déterminés de manière univoque par l’état actuel du monde ? Alors, nous ajoutons des quantités qui déterminent le passé et le futur, même si elles sont inobservables. La disparition d’une composante d’une superposition quantique nous trouble ? Nous inventons un univers parallèle inobservable, où cette composante ira se cacher. Et ainsi de suite. Je pense que nous devons adapter notre philosophie à notre science, et non l’inverse (sic). »

Ce que tu qualifies comme étant nos préjugés métaphysiques, je le désigne sous le vocable : nos déterminations. Le processus par lequel nous réduisons nos déterminations témoigne du processus existentiel par lequel l’être de la nature se libère de sa gangue originelle naturelle. Ce processus de réduction est le fruit de la cogitation sur les contraintes perceptibles de la nature, cogitation qui finalement éclaire, enrichit et émancipe l’être dans la nature. Chez l’être humain, plus la place de l’être dans la nature se développe, plus la place de l’être de la nature se réduit, c’est un processus inexorable que je ne cesse de préfigurer.

Pour illustrer mon propos je propose de prendre en compte le fait que la sélection et le développement au sein du genre Homo s’est réalisé dans un processus de confrontation, des représentants des différentes familles du genre Homo, à la nature. In fine, Homo sapiens sera la famille qui survivra parce que les réponses techniques que Sapiens est désormais capable de développer lui permettent de s’adapter à des environnements naturels de plus en plus extrêmes. Dès avant le dernier maximum glaciaire qui culmine il y a 21000 ans, des populations humaines ont été capables de prospérer beaucoup plus haut en latitude qu’aucune autre avant elles… On prête à Homo sapiens d’être le vecteur d’innovations techniques avec un penchant certain pour l’anticipation, ce qui lui permet de promouvoir des solutions flexibles en réponse à des besoins aussi immédiats que futurs. Bref, le développement des capacités cérébrales de nos très lointains ancêtres a été l’affaire d’un long cours historique d’une confrontation totale avec la nature à l’échelle dite classique. Nos capacités cérébrales d’inférer se sont développées à cette échelle, nos bases de connaissances, nos méthodes d’analyses des propriétés physiques de la nature, nos schémas intellectuels, bref notre intelligence de la nature est accoutumée à cette échelle et elle est profondément déterminée par les succès de cette pratique. Le passage à l’auscultation, à la compréhension de la nature à l’échelle du monde quantique doit s’apprendre, s’acquérir en levant le voile des déterminations acquises au cours de l’apprentissage précédent. Carlo, tu es un représentant de ceux qui contribuent à ce que le cerveau de l’humanité réelle (sic) développe de nouveaux réseaux neuronaux naturels qui créent de nouvelles déterminations produites par le développement de la pensée quantique. A ce stade, nous devons nous interroger sur la situation qui s’installe présentement visant à concevoir et développer, en prolongement des techniques de l’intelligence artificielle, des réseaux neuronaux artificielles qui au bout du compte par leur exploitation n’obligeraient pas, en tous cas réduiraient la contrainte de l’apprentissage cérébral naturel du cerveau humain. Si c’était le cas, il serait périlleux de renoncer à développer des capacités d’inférences propres à ce nouveau monde qui se présente à nous, celui du monde régi par la mécanique quantique. Ainsi, nous avons encore du chemin à parcourir pour lever la détermination qui nous empêche d’expliquer justement, donc d’intérioriser, cet extra-ordinaire phénomène que nous nommons ‘intrication’. Je suis certain que l’intelligence humaine arrivera à perforer la détermination qui est à la source de l’aveuglement, encore présent, de notre intelligence de ce phénomène. Nous atteindrons l’explication fondamentale du comment et du pourquoi ce phénomène se présente à nos yeux. Et partant, nous comprendrons comment et pourquoi nous sommes impliqués, en tant qu’observateurs, dans la perception de ce phénomène. Une fois que ce palier de connaissance et de compréhension sera conquis, sans aucun doute, un nouvel horizon de questions surgira.

         C’est historiquement important et scientifiquement juste de rappeler des éléments du discours de Bohr à Côme (page 163, dans ton livre) : « Alors qu’en physique classique, les interactions entre un objet et l’appareil de mesure peuvent être négligées (ou bien si cela est nécessaire, nous pouvons en tenir compte et les compenser), en physique quantique cette interaction est une partie inséparable du phénomène. C’est pourquoi la description non ambiguë d’un phénomène quantique doit en principe inclure la description de tous les aspects pertinents du dispositif expérimental. »

         C’est aussi une belle synthèse de ta part de proposer ta version en remplaçant : ‘cette interaction’ par ‘l’interaction’, ainsi que ‘aspects’ par ‘objets’ : « Alors que nous pensions auparavant que les propriétés de tout objet étaient déterminées même si nous négligions les interactions en cours entre cet objet et les autres, la physique quantique nous montre que l’interaction est inséparable des phénomènes. La description non ambiguë de tout phénomène demande d’inclure tous les objets impliqués dans l’interaction dans laquelle le phénomène se manifeste. »

         Après ce constat de nos désaccords, il y a peut-être la perspective d’une convergence de nos points de vue respectifs. En effet, nous sommes parfaitement conscients que notre façon d’appréhender la connaissance en physique se situe dans le prolongement des penseurs du passé et contemporains qui se sont interrogés sur ce sujet. On partage l’idée qu’il y a une continuité entre l’histoire de l’homme et celle de la nature et que le développement de la connaissance de la nature s’inscrit dans l’histoire humaine. Et c’est une histoire active, qui contribue à la dynamique de l’évolution humaine comprenant évidemment l’évolution des capacités cognitives du sujet pensant. Tu rappelles que pour E. Mach : la connaissance est la science de la nature et le processus d’acquisition des connaissances de celle-ci est ouvert, il n’y a donc pas d’acquisitions définitives. Je partage cette conception de notre interaction avec le monde et j’adhère à l’idée que « l’humanité qui connaît n’est pas un sujet transcendant isolé, c’est l’humanité réelle, historique, qui fait partie du monde naturel. »

         En apprenant sur la nature, on apprendrait tout autant sur l’évolution des capacités cognitives de l’être humain. Aussi en constatant qu’à l’échelle de l’infiniment petit les phénomènes observés dans la nature sont interprétables si, et seulement si, on admet qu’ils obéissent à des lois discrètes où la discontinuité quantique est la règle, peut vouloir signifier que nos capacités intellectuelles sont infiniment flexibles et ne peuvent être rendus compte par aucun mécanisme arrêté. Toutefois, une signification alternative peut être esquissée, celle-ci étant sérieusement intrusive pour l’être humain, dans la mesure où on peut considérer qu’à l’échelle quantique nous accédons à une correspondance résonnante, une continuité descriptive, entre l’organisation perçue de la nature hors de nous et des modalités fonctionnelles apparemment naturelles qui prévalent en nous et contribuent à la dynamique de l’activité réflexive au moyen de notre cerveau. A voir si nous ne disposerions pas déjà d’un exemple qui corrobore cette hypothèse de correspondance résonnante grâce aux travaux des neuroscientifiques qui sont amenés à déclarer : « On est en droit de considérer que si la formule de Bayes décrypte le monde, celle-ci décrirait tout autant les mécanismes du cerveau. Ceci serait en même temps une sacrée ouverture sur une théorie de la pensée. »

          Il se trouve que les articles qui traitent de ce sujet sont de plus en plus fréquents et je cite quelques-uns des plus récents qui accorderaient de la vraisemblance à mes propos ci-dessus : sur le site ‘Phys.org’ : ‘Using renormalization group methods to study how the brain processes information’ 11 May 2022, by Ingrid Fadelli ; soit « Utilisant les méthodes du groupe de renormalisation pour étudier comment le cerveau traite l’information ». Sur le site Techno-Science, 17/06/2022, : « Comment le cerveau apprend-il ? Tout le monde sait que le cerveau humain est extrêmement complexe. Mais comment apprend-il exactement ? Eh bien, la réponse pourrait être beaucoup plus simple qu'on le croit. », en effet : « Une équipe de recherche internationale dont fait partie l'Université de Montréal a réalisé une avancée majeure en simulant avec précision les changements synaptiques dans le néocortex qui sont considérés comme essentiels à l'apprentissage, ouvrant ainsi la voie à une meilleure compréhension du fonctionnement du cerveau. » Le cortex étant la partie la plus ‘récente’ du développement du cerveau qui se serait engagé il y a au moins 2 millions d’années, il est étudié avec une très grande attention par les neuroscientifiques, voir : « L’architecture du cortex pourrait avoir évolué pour réaliser, à très grande vitesse et de façon massivement parallèle, des inférences Bayésiennes. »

La découverte de la mécanique quantique a rencontré, dès ses débuts, une très grande résistance de la part des scientifiques. Cela semble un comportement à contre-courant de l’activité du chercheur-découvreur qui a vocation à mettre en évidence des nouvelles propriétés de la nature. Cette résistance peut s’expliquer parce que les premiers physiciens qui ont été confrontés à cette nouvelle physique provenaient d’une formation scientifique soutenue par une connaissance de la nature étudiée à l’échelle classique. Je propose de garder présent à l’esprit l’hypothèse que le travail de résistance, tel qu’il est décrit par Max Planck lui-même dans cet extrait ci-dessous, soit la marque du caractère intrusif de la science quantique chez l’être humain. Voir ‘Autobiographie Scientifique’ de Planck, page 93 (Flammarion, Champs, année 1960) : « Tandis que l’importance du quantum d’action dans les rapports entre entropie et probabilité se trouvait donc définitivement établie, le rôle joué par cette constante nouvelle dans le déroulement uniformément régulier des processus physiques restait encore une question tout à fait obscure. J’essayai donc immédiatement de rattacher d’une manière quelconque le quantum élémentaire d’action h au cadre de la théorie classique (sic). Mais la constante se révélait encombrante et récalcitrante à chacun de mes essais… L’échec de toutes mes tentatives pour sauter l’obstacle me rendit bientôt évident le rôle fondamental joué par le quantum élémentaire d’action dans la physique atomique, et que son apparition ouvrait une ère nouvelle dans les sciences de la nature. Car elle annonçait l’avènement de quelque chose d’entièrement inattendu et elle était destinée à bouleverser les bases mêmes de la pensée physique, qui depuis la découverte du calcul infinitésimal s’appuyaient sur l’idée que toutes les relations causales sont continues.

         Mes vaines tentatives pour ajuster le quantum élémentaire d’action d’une manière ou d’une autre au cadre de la physique classique (sic) se poursuivirent pendant un certain nombre d’années et elles me coutèrent beaucoup d’efforts. De nombreux collègues trouvèrent qu’il y avait là quelque chose qui frisait la tragédie… »

         On mesure, grâce à cette autobiographie d’une franche sincérité scientifique de Max Planck, oh combien ! l’acceptation d’un champ inédit de compréhension de propriétés de la nature ne dépend pas uniquement de la lecture d’un résultat mathématique qui soit en accord avec une observation scientifique. Planck ne nous cache pas qu’il développe une résistance intellectuelle tenace à la nouveauté bouleversante pour retrouver le cadre traditionnel dans lequel sa pensée de physicien du monde de la dimension classique, du monde des objets macroscopiques, a toujours évolué. Le quantum d’action indivisible représenté par h met en évidence quelque chose d’invraisemblable, étant donné sa formation de physicien classique. A cette époque le caractère discret de la valeur de l’énergie du rayonnement est invraisemblable et cela constituait effectivement un obstacle pour qu’il puisse prolonger sa pensée de physicien hors du monde macroscopique. Jusqu’au tournant du vingtième siècle on avait observé que la nature n’obéissait qu’à des lois continues. Comme le rappelle S. Haroche dans son livre p.44 : ‘La Lumière révélée’, (2020, édit. O. Jacob), « Nos cerveaux câblés par l’évolution darwinienne pour comprendre intuitivement le monde des objets macroscopiques et pas celui des atomes ou des photons. », rend compte de la raison pour laquelle M. Planck résiste à admettre pleinement le résultat qu’il a pourtant empiriquement mis en relief.

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                               Le 29/07 sera publié la 3e partie de ce chapitre.

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15 juillet 2022 5 15 /07 /juillet /2022 14:45

            15/07/2022

Cette publication constitue la 1e partie du chapitre 3 de mon mémoire « L’Être humain est une réalité de/dans l’Univers. »

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Dialogue imaginaire avec Carlo Rovelli

Carlo Rovelli a publié en 2021, édit. Flammarion, un nouveau livre : ‘Helgoland’, avec en sous-titre : « Le sens de la mécanique quantique. » Version originale italienne en 2020. La première partie de l’ouvrage revient encore sur l’histoire de l’avènement de la mécanique quantique, comme ce fut le cas pour les trois livres que j’ai cités aux premières lignes du Prologue. A cette occasion, j’avais manifesté de la lassitude parce que la lecture de ces livres n’apportée rien de nouveau, cela ressemblait, à mes yeux, à du ressassement donc à de l’impuissance à comprendre au-delà des impasses identifiées de la physique fondamentale depuis quelques décennies.

La deuxième partie du livre de C. Rovelli échappe à cette litanie monotone car il propose des hypothèses hardies, et je l’en remercie. A son égard, je ne peux pas formuler les griefs que j’ai été amené à formuler à regret dans mon ‘Prologue’ vis à vis des scientifiques cités. Je n’adhère pas totalement aux hypothèses courageuses de Carlo, par contre elles proposent des lignes directrices de réflexions qui me conviennent et méritent d’être prospectées.

Dans ce dialogue imaginaire, je reprends une partie de ses hypothèses et je m’adosse sur celles-ci en espérant mieux expliciter les miennes propres déjà développées dans les chapitres précédents. Systématiquement et préalablement je cite dans le texte ce qui est conçu par Carlo, en essayant de respecter le contexte dans lequel il situe sa pensée. Mon propos n’est pas d’expliquer au lecteur de ce chapitre que mon point de vue est plus approprié que le sien. Je me situe dans un contexte de confrontation d’hypothèses et c’est aux lecteurs d’en faire leur miel.

Dans le livre ‘Helgoland’, Carlo entreprend de faire une analyse critique du Qbism. Je cite, pages 87-88 : « Il y a un autre point important qui est selon moi la clé de voûte de toute la discussion : le q-bisme ancre la réalité à un sujet de connaissance un « moi » qui sait comme s’il se tenait en dehors de la nature. Au lieu de voir l’observateur comme faisant partie du monde, le q-bisme voit le monde reflété dans l’observateur… Le monde existe même si je ne l’observe pas. Je veux une théorie physique qui rende compte de la structure de l’Univers, qui clarifie ce qu’est un observateur à l’intérieur d’un Univers, et non une théorie qui fait dépendre l’Univers du « moi » qui observe. » ; page 89 : « Qui est le sujet qui connaît et détient l’information ? Qu’est-ce donc que l’information qu’il possède ? Qu’est-ce qu’un sujet qui observe ? Echappe-t-il aux lois de la nature, ou est-il lui aussi décrit par les lois naturelles ? Est-il en dehors de la nature ou fait-il partie du monde naturel ? S’il fait partie de la nature, pourquoi lui réserver un traitement spécial ? »

Je partage le point de vue de Carlo à propos de l’interprétation Qbist de la mécanique quantique, car c’est une interprétation qui n’ancre pas à un niveau approprié dans la nature le sujet de connaissance. C’est en 2014 que j’ai réfuté leur démarche interprétative et en contrepartie cela m’a obligé et conduit à consolider mon hypothèse de la ‘Présence’.

Je suis d’accord avec toi, Carlo, pour considérer que le sujet de connaissance fait partie du monde naturel mais il en fait partie sans que sa spécificité de sujet pensant soit gommée. Il ne faut pas gommer qu’il y a eu 2 millions d’années d’évolution du genre Homo qui nous ont précédées, à partir d’un être vivant archaïque totalement modelé par la nature. On ne peut pas ignorer qu’il y a eu un très long processus à l’œuvre pour que le genre Homo arrive à s’extirper progressivement d’une dépendance, au début, absolue, des contraintes imposées par la nature. C’est un processus par lequel l’intelligence acquise de la nature de la part d’Homo ainsi que l’adaptation à ses contraintes se sont concomitamment développées. Processus que l’on relie au développement cérébral. C’est pourquoi selon mon hypothèse, chez l’Être humain, cohabitent l’Être dans la nature et l’Être de la nature. Grâce à cette hypothèse, je peux répondre à tes questions successives :

Oui, le sujet qui connaît fait partie partiellement de la nature ; oui, il s’est hissé en partie en dehors des contraintes de la nature, celles dont il en a acquis la compréhension même si celle-ci n’est que partielle donc provisoire. Il y a différents niveaux d’intelligence, mais il est bien plus juste de considérer qu’il y a une histoire de l’évolution de l’intelligence humaine.

Par exemple au moyen âge lorsqu’une armée faisait le siège d’un château celle-ci savait empiriquement déterminer, approximativement, quels moyens il fallait réunir pour que les projectiles visant à ébrécher la forteresse assiégée aient la bonne trajectoire pour atteindre le point d’impact choisi. Après plusieurs siècles écoulés, Isaac Newton (1642-1727), grâce à la découverte de ses lois, met en évidence que ces trajectoires obéissent à des lois naturelles. En conséquence, le cap est franchi de savoir les prédirent par le calcul. Partant, les lois de Kepler (1571-1630), concernant les orbites planétaires de notre système solaire dictées empiriquement à cette époque furent aussi formellement calculées par Newton. Si on rappelle que l’astronome Kepler a mis en évidence ses lois en s’appuyant sur les observations et les mesures précédentes obtenues par l’astronome Tycho Brahe (1546-1601) on met en relief l’histoire de l’évolution de la connaissance sur ce thème, donc de l’évolution du patrimoine intellectuel humain et donc de l’évolution permanente du socle sur lequel le sujet pensant se hisse pour déployer des nouvelles perspectives de conquêtes de connaissances. Ainsi le sujet pensant s’émancipe des contraintes de la nature en explicitant ses lois, au fur et à mesure qu’il les dévoile. Il devient de plus en plus sujet dans la nature. Et plus il est sujet dans la nature, plus il a une perspicacité intellectuelle du fait naturel. A ce titre il faut octroyer au sujet pensant un statut spécial, parmi les objets de la nature, car il acquiert sans cesse au cours de son évolution une base de connaissances qui lui permet d’évoluer comme observateur avisé et/ou acteur conscient dans sa relation avec la nature.

Depuis l’origine d’Homo, ce qu’il distingue comme étant extérieur à lui-même, il lui attribue une identité spécifique, le désigne, et partage avec ses partenaires ce dont il a donné existence. Ainsi la lune une fois qu’elle a été désignée, pointée dans le ciel, par exemple par Homo erectus, une fois que cette intelligence lui a attribué une existence première, elle existe définitivement puisqu’elle s’inscrit progressivement dans la base des connaissances de l’humanité. La base des connaissances et des raisonnements (inférences) s’est développée dans le cadre d’une confrontation permanente avec la Nature à l’échelle classique. En conséquence notre aptitude intellectuelle s’est développée avec une perception des phénomènes naturels à cette échelle. Notre capacité à cogiter est entraînée et affûtée à cette échelle. J’ajoute moulée par cette échelle. On peut dire que notre confrontation avec les propriétés de la Nature à l’échelle atomique puis subatomique s’est engagée au tout début du vingtième siècle, effectivement en 1900. Ce sont les travaux de Max Planck qui ont été déclencheurs. J’évoque dans la suite de ce chapitre, la difficulté voire l’impossibilité par ce physicien de penser les propriétés naturelles autrement que par le schéma classique qui l’a intellectuellement déterminé.

A propos de ton affirmation : « Le monde existe même si je ne l’observe pas. », j’éprouve la nécessité d’indiquer ma part d’adhésion nuancée à ce propos. Premièrement, nous devons distinguer ce que nous savons sur le monde auquel nous attribuons actuellement une existence propre et ce qu’il serait réellement. La coïncidence n’est pas scientifiquement assurée, c’est pourquoi ce qui fait consensus chez les scientifiques c’est de se référer à un modèle standard de la cosmologie. En bref, le monde que nous avons scientifiquement conçu jusqu’à présent n’est pas ce qu’il est effectivement, en tous les cas on ne peut pas l’affirmer comme tel. Ce sont les physiciens réalistes qui sont dans l’affirmation. Par contre, ce que l’humanité a engrangé comme connaissances sur l’univers est là, il est là comme modèle enregistré, même si je ne l’observe pas assurément. Ce que nous avons modélisé comme représentation du cosmos fait partie de notre patrimoine intellectuel et donc nous lui avons donné existence. C’est pourquoi, j’ai toujours trouvé inappropriée l’interpellation d’Einstein, qui voulant justifier sa philosophie ‘Réaliste’, dit à N. Bohr : « Ne me dites pas que la lune n’existe pas quand personne ne la regarde. » Il est clair qu’une fois que la lune a été désignée, particularisée comme objet dans le ciel, par les premiers représentants de l’humanité ayant acquis la faculté de la désigner à demeure, le fait de l’évoquer réactive son/une existence avec toutes les caractéristiques qui ont été précisées au cours de l’histoire de son étude. La visibilité intellectuelle est certes, une visibilité abstraite mais elle prête existence à ce qui appartient à la base de connaissances de l’humanité.

J’apprécie beaucoup que tu poses le problème de la résolution de la place de l’être réflexif, au sein de la nature, pour assurer une progression de nos connaissances actuelles en physique. C’est la première fois que je rencontre de la part d’un physicien une conscience aussi aiguë de ce problème. Et c’est aussi évident, à mes yeux, que la question se pose lorsque l’on souhaite élucider pleinement les phénomènes propres de la mécanique quantique qui continuent de nous interpeler depuis plus d’un siècle. Notre fonctionnement cérébral ne doit pas être très éloigné d’un fonctionnement régit par des propriétés quantiques. Cette assertion osée, quoique[1], que je formule pourrait laisser penser qu’à terme on sera en mesure de penser quantique. Ce qu’il ne faut pas exclure ! Etant donné les avancées en neurosciences, il se pourrait, à force de se frotter aux problèmes naturels qui sont traités grâce à la mécanique quantique, que des réseaux neuronaux, par apprentissage, s’établissent d’une façon de plus en plus stable et rodés dans notre cerveau et nous entraînent à penser naturellement quantique. 

Par contre, je ne pourrais pas dire comme toi : « Je veux une théorie physique qui rende compte… » Lorsqu’un physicien exige une telle chose, à mon avis il court le très grand risque d’orienter sa quête vers une cible prématurément prédéterminée qui s’avérerait finalement chimérique. Tu as raison il faut clarifier, ne pas cesser de clarifier, ce qui doit l’être sur la base du savoir qui est dans l’étape présente maîtrisée, mais parmi tous les possibles qui constituent la richesse de/des univers, on ne peut pas enjamber les propriétés de la nature comme le ferait un ‘chat botté’ pensant. Pensons à ceux qui voulaient, et probablement veulent encore, mais en moins grand nombre, voir dans les détecteurs l’émergence de particules supersymétriques ; ce qui fut un temps un vouloir apparemment raisonnable étant donné l’observation concrète de particules dites symétriques.

   Carlo a écrit, page 96 : « La clé de voûte des idées de ce livre, est le simple constat que le scientifique et son instrument de mesure font eux aussi partie de la nature. Ce que la théorie quantique décrit est la manière dont une partie de la nature se manifeste auprès d’une autre partie de la nature (sic).

            Le cœur de l’interprétation « relationnelle » de la théorie quantique est l’idée que la théorie ne décrit pas la façon dont les objets quantiques se manifestent auprès de nous (ou auprès des entités particulières qui « observent »), elle décrit comment n’importe quel objet physique se manifeste auprès de n’importe quel autre objet physique. Comment un objet physique agit sur un autre objet physique. »

            Je partage l’idée que le scientifique et son instrument de mesure font eux aussi partie de la nature mais comme je l’ai indiqué ci-dessus, dans le chapitre précédent : le scientifique est dans une posture qui le différencie, il est sur un promontoire, il est en surplomb dans la nature, non seulement il est relationnel mais il est aussi pensant, actif, interrogatif, spéculatif. La nature est comprise à travers le prisme des capacités d’inférer du sujet pensant. La nature est ce que l’être humain peut en dire aujourd’hui et sera ce qu’il pourra en dire demain, ainsi de suite. Relativiser ainsi ton propos ne réduit pas le fait qu’il est pour moi toujours central. Mon ambition est de l’enrichir avec mon hypothèse de la ‘Présence’.

            Lorsque tu interroges : « Qu’est-ce qu’une observation, lorsqu’aucun scientifique n’est là pour prendre la mesure ? Que nous dit la théorie des quanta, là où il n’y a personne pour observer ? Que nous dit la théorie des quanta sur ce qui se passe dans une autre galaxie ? », tu occultes le fait que la mécanique quantique représente l’état de l’art de ce que peut dire un physicien sur les propriétés de la nature à l’échelle de l’infiniment petit. La théorie de la mécanique quantique résulte d’un discours scientifique. Les tentatives de prospecter ce que pouvait nous dire la théorie quantique lorsqu’ aucun scientifique n’est là pour prendre la mesure, ni pour observer, comme ce fut le cas, par exemple, avec la théorie ‘GRW’, n’ont pas proposé le moindre éclairage. En conséquence, qui, autre que l’être humain, est doué de la faculté de discourir sur la nature ? Qui, autre que l’être humain, est doué de la capacité de mémoriser la teneur des discours précédents ? Qui, autre que l’être humain, est doué de la volonté de transmettre les savoirs acquis entretenant ainsi la dynamique de l’émergence des futurs savoirs ?

            Globalement, tu as introduit le scientifique observateur comme faisant partie de la nature à la condition de le considérer à n’être qu’une entité. C’est une opération de réduction comme tu l’exprimes ci-dessous page 97, que je ne peux pas retenir. Certes, le problème de la présence du sujet pensant en physique est récurrent chez les réalistes, comme a pu le signifier, entre autres, S. Weinberg : « Ce que je n’aime pas, dans la mécanique quantique, c’est qu’elle formalise le calcul de probabilité que les êtres humains obtiennent quand ils procèdent à certaines interventions dans la nature que nous appelons des expériences. Or, une théorie ne devrait pas se référer aux êtres humains dans ses postulats (sic). Il serait souhaitable de pouvoir comprendre des choses macroscopiques, comme les appareils expérimentaux et les êtres humains, selon les termes de la théorie sous-jacente. Il n’est pas souhaitable de les voir intégrés au niveau des axiomes de la théorie. » Toi et moi, nous partageons le point de vue de Weinberg et cela explique la raison, entre autres, pour laquelle nous ne pouvons pas adhérer à la théorie du Qbism. Au-delà nous divergeons puisque comme Weinberg tu n’aimes pas qu’il soit fait référence aux êtres humains en tant qu’êtres humains dans les postulats de la mécanique quantique, toutefois, tu les installes dans la nature en tant qu’entité au même titre qu’un objet quantique ! Ce postulat que tu formules, je ne peux m’empêcher de penser de considérer qu’il est en droite ligne de la pensée réaliste vis-à-vis de laquelle la communauté scientifique n’ose pas s’émanciper. L’interdit date, il semble inscrit dans le marbre, je pense à l’injonction d’Einstein à l’endroit de Heisenberg en 1926, lorsque qu’après avoir exposé au grand maître ce qu’il avait découvert sur l’île d’Helgoland[2]

 : « Il me semble, me mit en garde Einstein, que votre pensée s’oriente maintenant dans une direction très dangereuse (sic). Car tout d’un coup, vous vous mettez à parler de ce que l’on sait de la nature, et non pas de ce qu’elle fait effectivement. Mais dans les sciences, il ne peut s’agir que de mettre en évidence ce que la nature fait vraiment (sic). »

            Page 97 : « Le photon observé par Zeilinger dans son laboratoire est une de ces entités. Mais Anton Zeilinger en est une autre. Zeilinger est une entité comme une autre, au même titre que le photon, un chat ou une étoile. » ; Page 98 : « L’essence de ce qui se passe entre un photon et Zeilinger qui l’observe est la même que celle de ce qui se passe entre deux objets quelconques lorsqu’ils se manifestent l’un à l’autre en agissant sur l’autre. » ; « Mais la mécanique quantique ne décrit pas uniquement comment le monde agit sur ces systèmes : elle décrit le grammaire élémentaire et universelle (sic) de la réalité physique, sous-jacente non seulement aux observations en laboratoire, mais à n’importe qu’elle interaction. »

            Bien sûr que non ! Anton Zeilinger n’est pas une entité comme une autre. Zeilinger sait des choses sur les photons et sur bien d’autres choses et ces savoirs-là qui lui sont propres font que ce qui se passe entre un photon et Zeilinger est d’une essence très particulière. Il n’est pas possible d’ignorer que Zeilinger en tant que sujet pensant est une entité qui a un relief spécifique au sein de l’univers, et pas du tout quelconque en interagissant avec une autre entité. Zeilinger a un cerveau réunissant des milliards et des milliards de neurones et de synapses, le tout constituant le substrat de sa cogitation, et de là investir spécifiquement le photon. Peut-être qu’on commence à avoir les moyens de justifier, et donc de dire, que le comportement quantique que l’on prête au photon, est conditionné par le fait que le cerveau humain, dont celui de notre ami Zeilinger, a un fonctionnement qui relève de la mécanique quantique. Si cela se trouvait avéré, alors cette interaction avec une entité quantique de la nature contribuerait, comme cela est depuis la nuit des temps, à ce que les capacités de discernement de l’être humain évoluent, par la conquête de connaissances, en se frottant aux épreuves objectivées lors de la rencontre avec les étants de la nature.

            En prenant en compte ce que tu affirmes, d’une part, page 88 : « Or le point crucial est que l’observateur lui-même peut être observé. Il n’y a aucune raison de penser que l’observateur réel n’est pas, lui aussi, décrit par la théorie quantique. », et, d’autre part, ce que j’infère à priori : le fonctionnement du cerveau de l’observateur, siège de sa réflexion, serait régi par les lois de la mécanique quantique, il y a le risque que nous soyons pris dans une boucle dans laquelle on ne serait plus en mesure de distinguer ce qui est de l’ordre de la tautologie ou de l’ordre de la pensée singulière épiphanique. Toutefois, si on accepte le propos de N. Bohr : « Il n’existe pas de monde quantique. Il n’y a qu’une description quantique abstraite. », l’indication serait que nos capacités de description de la nature à l’échelle de l’infiniment petit seraient intimement corrélées aux modalités du fonctionnement de notre cerveau, siège de nos capacités d’inférer. Personnellement cette idée me convient… je la fais mienne, jusqu’à la preuve de son contraire.

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            La 2e partie de ce chapitre sera publiée le 22/07/2022.

 

[1] Citons le point de vue de R. Penrose : « Il admet également que les concepts de la mécanique quantique puissent intervenir dans la compréhension des phénomènes mentaux chez l’homme. » p.14 chez Flammarion collection Champs : 1999

2 ‘La partie et le tout’ Le monde de la physique atomique. Chez Flammarion collection Champs 1972. P100

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8 juillet 2022 5 08 /07 /juillet /2022 17:24

Le 8/07/2022

A ce jour je publie la dernière partie du chapitre Présence. A partir du 15/07, j’engagerai la publication du chapitre 3 suivant : ‘Dialogue imaginaire avec Carlo Rovelli

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Plus neuroscientifiquement, un livre publié en 2017 clame : « Votre Cerveau est une Machine du Temps ; Les neurosciences et la Physique du Temps ». L’auteur, Dean Buonomano : neuroscientifique, a écrit ce livre dans le but de fournir une réponse à la question suivante : « Pourquoi est-ce que le temps semble couler d’instant en instant ? » De son point de vue, qui est riche de ses observations, et auquel j’éprouve évidemment un très grand intérêt, il révèle comment la quatrième dimension est essentielle à notre existence et bien sûr fondamentale à ce qui fait de nous des humains. Avec les outils que lui fournissent ses compétences scientifiques il infère : comment le temps tisse sa toile dans le monde physique et dans nos cerveaux ? Ce qui fait dire à Sean Carroll (physicien théoricien américain) que Buonomano nous peint : « Une image claire de notre place dans le monde physique. »

Ainsi quand nous tentons d’atteindre une compréhension de plus en plus fine du temps, c’est-à-dire quantique, ainsi que d’appréhender sa source, il en résulte qu’un trait d’union explicite apparaît et conduit à considérer que du lien entre le monde physique et le monde humain il émerge la scansion fondamentale du temps. A ce stade, il est approprié de citer la proposition de Nicolas Gisin dans son article de 2016 (arxiv : 1602.01497v1) « Finalement, parce que la physique – et la science en général – est l’activité humaine ayant pour but de décrire et de comprendre comment la Nature fonctionne. Pour cette raison nous devons décrire aussi comment l’être humain interagit avec la nature, comment on la questionne. » Evidemment, je suis en total accord avec cette proposition fondamentale. De l’interaction homme-nature identifiée, pour le moins raisonnée par Gisin, surgirait le temps. On peut aller plus loin encore en intégrant dans cette proposition, le versant de la question : comment l’être humain a évolué et poursuit son évolution en se frottant et en conquérant une compréhension de la Nature ? 

Au sein de la communauté scientifique la position de Gisin est très originale et quasiment pas partagée. Pour le constater il suffit de reprendre la citation ci-dessus de S. Carroll : « Une image claire de notre place dans le monde physique. » Dans ce commentaire point d’interaction, Carroll reconnaît simplement une juxtaposition, pas de trait d’union projeté. De même L. Smolin à propos de ce même livre nous dit son évaluation : « Le livre de Buonomano est une révélation qui propose une nouvelle vision radicale du cerveau dans lequel la fonction primordiale des circuits neuronaux est de générée des processus dont les actions définissent le temps. Les neurosciences ont besoin d’une révolution avant que nous puissions comprendre comment le cerveau donne lieu à l’esprit. La proposition de Buonomano de comprendre le cerveau comme un ensemble de processus se déroulant dans le temps, pour définir le temps, pourrait être vu comme le début de cette révolution. » Malicieusement Smolin indique qu’il y a une sérieuse étape préalable à franchir avant que la thèse de Buonomano puisse être prise en compte. De toute façon, pour lui, les processus cérébraux ne peuvent avoir lieu que dans une temporalité déjà établie naturellement. En effet la thèse de Smolin est la suivante : Le temps est donné dans la nature, il est réel. C’est au sein de l’univers matériel que se situe le tic-tac de l’horloge naturelle devant être considérée comme l’horloge fondamentale.

N'oublions pas que pour les physiciens réalistes, l’être humain doit être nu de toute contribution dans la conception des lois de la physique et en conséquence des modèles standards de la cosmologie et de la physique des particules élémentaires. Cela constitue pour eux un postulat toujours incontournable.

En vue d’évaluer le bien fondé de mon hypothèse : TpS, et qu’il est un propre de l’homme, afin d’apprécier son ordre de grandeur, je propose la réalisation d’une expérience qui exploite la propriété de l’intrication. En effet, comme je l’ai postulé dans les pages précédentes, TpS correspond à la durée d’une période aveugle, irrémédiable, de notre capacité d’inférer. Le processus d’intrication entre les objets quantiques se réalisent quasiment instantanément, pendant un intervalle de temps très réduit, mais non nulle, au cœur de la durée attribuée à TpS. Considérant que les lois de la relativité restreinte s’appliquent qu’elle que soit la valeur d’une durée très courte différente de zéro, on peut imaginer la réalisation d’une intrication entre deux objets dans un laboratoire terrestre et en soumettre l’observation à un observateur en mouvement assez rapide dans l’espace. En effet, il faudra que le facteur γ (gamma) des équations de la relativité restreinte de l’expérience, soit suffisamment grand pour qu’il produise un effet significatif donc observable. C’est-à-dire, l’intervalle de temps de la réalisation de l’intrication sera suffisamment dilaté vu par l’observateur en mouvement. Dans ce cas, si l’observateur en mouvement ne voit pas le phénomène d’intrication, réalisé dans le laboratoire, produire son effet, c’est-à-dire s’il constate que les deux objets sont séparés, autonomes, distinctement localisés d’un point de vue spatio-temporel, alors mon hypothèse sera vérifiée. De plus à l’occasion on sera peut-être en mesure de constater qu’il y a effectivement des degrés d’intrication. L’opération inverse est peut-être plus confortable à réaliser : l’intrication est obtenue dans le laboratoire en mouvement où se trouve l’observateur cité ci-dessus et c’est l’observateur au sol qui dira s’il constate l’intrication.

J’interprète que mon hypothèse est confortée grâce à une publication fin mai 2022 indiquant, dans Physical Review Letters, que superposition et intrication peuvent être observées indépendamment du cadre théorique qui les décrivent. L’article qui la résume sur le site ‘PhysicsWorld’ du 30/05/2022 a pour titre : « Superposition and entanglement flee the quantum nest », soit : « Superposition et intrication fuient le nid quantique ». « Cela signifie que ces deux effets physiques peuvent être observés, indépendamment du référentiel théorique utilisé pour les expliquer, et une équipe internationale de chercheurs a montré que la connexion entre eux ne dépend pas plus du formalisme mathématique de la théorie quantique. » Ces chercheurs ont prouvé que dans n’importe quelle théorie physique : l’intrication peut exister entre deux systèmes différents si et seulement si la superposition peut exister en chacun d’entre eux.

J’en déduis, si le contenu de cette publication se trouve confirmé, que mon hypothèse du point aveugle se trouvera par la même occasion validée. Selon mon point de vue, de fait, la cause première de l’observation de l’intrication c’est notre propre limite TpS. On ne peut distinguer, différencier, deux objets qui sont associés durant un intervalle de temps inférieurs à TpS. Pour nous, ils sont dans une même bulle spatio-temporelle, superposés, et leur futur spatio-temporel est définitivement indifférenciable.

Les fondements de la mécanique quantique sont la conséquence de cette cause première. Je propose que cette affirmation soit mise en rapport avec la citation dans ‘Prologue’ de S. Hawking et Mlodinov : « Nous modélisons la réalité physique à partir de ce que nous voyons du monde, qui dépend de nous et de notre point de vue… Le monde que nous connaissons est construit par l’esprit humain à partir de la matière brute des données sensorielles, et il est mis en forme par le cerveau. »

Dans le but retrouver les ressorts d’un élan créatif en physique théorique, durant ces trente dernières années, il y eut plusieurs tentatives proposant des nouveaux paradigmes, mais elles se sont avérées et elles continuent de s’avérer infructueuses. Une des plus récentes tentatives peut retenir notre attention mais pas obligatoirement pour considérer qu’elle promet d’ouvrir les portes du succès mais il vaut malgré tout la peine de réfléchir à l’hypothèse du processus de l’émergence. L’auteur principal et premier de cette théorie est Erik Verlinde de l’université d’Amsterdam. Pour présenter le sujet je me réfère à son propre article de présentation et de synthèse dans le courrier du CERN du 2 septembre 2021. Le lecteur pourra constater ce qui est distinct et ce qui est semblable entre l’hypothèse de l’émergence et mon hypothèse du creusement. 

Verlinde : « Beaucoup de lois physiques ‘émergent’ de la complexité grâce à un processus de compression de données. E. Verlinde s’empare du Modèle Standard, de la gravité et de l’intelligence artificielle en tant que candidats pour de futures explications de phénomènes émergents. L’Emergence dit que des phénomènes nouveaux et de types différents apparaissent dans des systèmes vastes et complexes, et que ces phénomènes peuvent être impossibles, ou du moins très difficiles, à dériver des lois qui régissent leurs constituants fondamentaux. Elle traite des propriétés d’un système macroscopique qui n’ont aucune signification au niveau de ses blocs de conceptions microscopiques. De bons exemples sont l’humidité de l’eau et la supraconductivité d’un alliage. Ces concepts n’existent pas au niveau des atomes ou des molécules individuels et sont très difficiles à dériver des lois microscopiques… Un autre exemple frappant peut être l’intelligence. Le mécanisme par lequel l’intelligence artificielle commence à émerger de la complexité des codes informatiques sous-jacents montre des similitudes avec des phénomènes émergents en physique. On peut soutenir que l’intelligence, qu’elle se produise naturellement, comme chez l’homme, ou artificiellement, devrait également être considérée comme un phénomène émergent. »

La tentative de Verlinde d’ouvrir un nouveau chemin théorique qui mettrait en valeur un processus d’émergence est probablement vouée à l’échec car elle est selon mon point de vue à contre-courant de la dynamique vertueuse de l’accès à de nouvelles connaissances en physique. En effet il infère l’idée que le processus de son émergence a pour base : la complexité. L’usage de ce substantif : la complexité, désigne un ensemble qui est délimité et a une autonomie conceptuelle, elle implique la pensée d’un étant permanent, en conséquence définitivement inaccessible à notre entendement. Nous avons pour habitude de qualifier des situations, des évènements, des sujets, des objets, complexes. Et c’est relatif à la personne qui les qualifie ainsi. Ce qui est complexe pour l’un, ne l’est pas pour l’autre. Par contre la complexité, qui est un mot-concept (presque) nouveau rend compte d’une impuissance, d’une incapacité rédhibitoire à ce que notre intelligence puisse décrypter comment, de quoi, elle est faite. La complexité constitue une opacité installée. En conséquence, il n’y aurait plus un au-delà à la connaissance actuelle considérée comme émergente, telle qu’elle est recensée en l’état présent, à l’état embryonnaire, par Verlinde. Proposer une démarche qui vise à accéder à de nouvelles connaissances en prétendant qu’il nous faut assumer de laisser de côté des pans entiers de phénomènes qui nous seraient définitivement incompréhensibles ne correspond pas à ce que l’histoire du développement de la connaissance scientifique nous renseigne. En effet ce qui est apparu, à une époque, trop complexe à décrypter, le fut moins voire plus du tout à une époque suivante puisque des connaissances et des outils théoriques à des étapes intermédiaires ont été maitrisés pour lever le voile sur ce qui était recensé comme une complexité. Elle n’était donc que provisoire.

Je regrette de devoir affirmer que la tentative de Verlinde est vouée à l’échec mais il n’est pas possible de proposer une nouvelle théorie correcte qui se veut aussi profonde sur la base de préalables erronés. 

J’adhère à l’idée que nous vivons des processus d’émergences de connaissances, c’est-à-dire que d’une situation d’ignorance nous accédons à une situation de connaissances. La découverte de la loi de la gravitation par Newton constitue un bel exemple qui parle à tout le monde illustré par le mythe de la chute de la pomme accompagné de son ‘Euréka’. Ce que l’on doit comprendre à travers un processus d’émergence c’est le processus par lequel le complexe qualifié comme tel devient intelligible partiellement ou complètement. Notre quête de connaissances procède par extraction-creusement. On doit considérer que ce processus d’extraction n’a pas de fin car armés de la connaissance d’une couche, d’une strate, du complexe résolu, que nous avions a priori identifié comme tel, on peut après coup, dévoiler une strate suivante, et ainsi de suite. Nous sommes ainsi, effectivement, dans un processus de creusement, de mise en lumière. Prendre en considération le travail de Verlinde est utile parce que cela me permet de pointer où se trouve un clivage très significatif à propos de la généalogie des avancées de la connaissance. Pour lui c’est dans la nature que se trouve le complexe, pour moi, là où on nomme de la complexité c’est là où notre intelligence ne sait pas encore démêler, pas encore discerner. C’est là où il n’y a pas encore de notre part d’aptitude à discerner une règle, une loi qui règnerait dans cet ensemble qualifié de complexe. En partie on peut considérer que le processus par lequel on a au 20e siècle élucidé ce que l’on considérait être du domaine du chaos, constitue une illustration de cette généalogie que je conçois. Sur ce sujet, la complexité illustrée par le chaotique a été décantée lorsqu’on a compris que certains systèmes dynamiques étaient très sensibles aux conditions initiales.

Stipuler que, pour le sujet pensant, de l’irrémédiable complexité se trouve effectivement dans la nature ne peut qu’engendrer des cheminements de la pensée scientifique dont les cibles ne seront que des chimères. Ce qu’il est essentiel de considérer c’est le rapport entre ce que nous savons et ce que nous ne savons pas encore, parmi tous les possibles. Evoquer tous les possibles, ne présente pas de risque car il y a une communauté scientifique qui veille. Bien que je la juge conservatrice voire paresseuse, elle préserve contre les dérives qui exploiterait : ‘tous les possibles’ d’une manière anarchique, d’une façon personnelle. On ne peut pas oublier qu’avec Dirac, parmi tous les possibles, la possibilité de l’antimatière s’est imposée. On ne peut pas oublier que parmi tous les possibles qui ont été exploités pour rendre compte que l’universalité de la vitesse constante de la lumière était incontournable, in fine c’est l’idée d’Einstein de la relativité du temps qui a été avérée fertile puisque de la relativité restreinte l’auteur a prolongé jusqu’à la relativité générale dix ans après en 1915.

Puisque je cite à nouveau Einstein, à cette étape il est approprié d’analyser l’a priori de sa conception philosophique qui le guide dans sa production scientifique. En effet, A. Einstein est en premier lieu un réaliste convaincu voire inébranlable, c’est-à-dire qu’il est convaincu qu’il y a un monde objectif extérieur à notre perception subjective et le rôle du physicien est de le mettre en évidence. Pour lui les bonnes équations en physique sont celles qui mettent en évidence une indifférence, une invariabilité de résultat qu’elle que soit la position et l’action du sujet pensant. Cette conviction est profonde et elle a surtout le mérite d’avoir servi de fil directeur à son itinéraire de pensées pendant 10 ans et cela l’a conduit à concevoir, à force d’obstination, presque solitairement, les équations de la Relativité Générale. Je n’hésite pas à dire que ces équations sont une des plus belles créations de l’esprit humain. Mais elles ne sont pas universelles dans la mesure où leur champ d’application est limité. Obstinément, je propose de réviser radicalement l’héritage que nous a légué Einstein, on peut considérer que cela est excessif. Il m’arrive parfois de le considérer car j’ai bien conscience que (trop) souvent, je ressasse les contraintes qu’elles impliquent. Toutefois en lisant le dernier livre de Smolin : ‘La révolution inachevée d’Einstein’, cité ci-après, je mesure qu’il n’est pas simple de dénouer la situation.

La phénoménologie de l’émergence survient à nouveau avec Smolin p.235, dans son livre : ‘Einstein’s Unfinished Revolution’ (2019, édit. Penguin) : « En physique quantique l’espace et le temps ne peuvent être ensemble fondamentaux. Un seul peut être présent au niveau le plus profond de notre compréhension ; l’autre doit être émergent et contingent…Je choisis de retenir l’hypothèse que le temps est fondamental, tandis que l’espace est émergent. Ce choix relève aussi de la contrainte qui s’impose à cause de la propriété de la non localité de l’intrication. Le temps est fondamental parce que la causalité l’est. L’espace est émergent parce qu’il y a des événements qui provoquent d’autres événements. Ces relations causales établissent un réseau de relations et c’est donc l’espace qui se dessine. En conséquence l’intrication non locale est due à un résidu des relations sans espace inhérente à l’étape primordiale avant que l’espace émerge… La combinaison d’un temps fondamental et d’un espace émergent implique qu’il peut y avoir une simultanéité fondamentale. A un niveau plus profond, quand l’espace disparaît mais que le temps persiste, un sens universel peut être attribué au concept du ‘Maintenant’ (sic). »

La démonstration théorique que nous propose Smolin pour justifier son choix du temps qui serait solitairement fondamental me plaît beaucoup car elle est en accord avec ma proposition d’expérience pour valider et mesurer TpS. Selon L. Smolin, le temps est fondamental car cela relève de la contrainte de la non localité de l’intrication. L’intrication non locale est due à un résidu des relations sans espace inhérente à l’étape primordiale. Comme Smolin en a l’intuition, l’étape première de la réalisation de l’intrication est une étape qui se réalise sur une durée inférieure à TpS. Cette étape correspond à la constitution de la bulle spatio-temporelle que j’ai évoquée précédemment. Pour nous, elle est sans temps et sans espace mesurable puisqu’il n’y a du temps qui commence à s’égrener qu’au-delà du premier Tic-Tac révolu de la réalisation de l’intrication. Pour nous au sein de ce premier Tic-Tac il n’y a pas encore d’écoulement de temps qui soit identifiable.

                                  Fin du chapitre ‘Présence’

R.V. avec la 1e partie du chapitre : Dialogue imaginaire avec Carlo Rovelli.

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30 juin 2022 4 30 /06 /juin /2022 15:48

Le 01/07/2022

Toujours la suite de la publication du 2e chapitre : ‘Présence’ : du mémoire ‘l’Être humain est une Réalité de/dans l’Univers’. C’est précisément la continuité de la publication du 24/06

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Il est bien connu que la quête permanente du physicien Einstein était de mettre en évidence le (un) monde réel, car pour lui, il n’y avait pas l’ombre d’un doute – c’était sa ‘croyance’ – il y avait un monde réel. Certes, il pouvait être amené à nuancer son propos : « Le vrai problème est que… la physique décrit la ‘réalité’, mais nous ne savons pas ce qu’est la réalité. Nous ne la connaissons que par la description physique. »  Mais sa foi dans le rôle du physicien et sur la nature du savoir qu’il maîtrisait était quand même inébranlable : « Les concepts physiques sont faits pour correspondre à la réalité objective et c’est à l’aide de ces concepts que nous représentons cette réalité. » Bref, de la science physique émerge la réalité, science qui nous permettrait d’accéder à la connaissance universelle.

Il est difficile d’accepter que le prix à payer pour accéder à l’intelligence d’une réalité objective révélée par l’activité du physicien conduise à l’évacuation du sujet, donc à l’évacuation de ce même physicien. Pourtant, c’est grâce à l’exploitation sans faille de ce préalable philosophique qu’A. Einstein à inventer la loi de la Relativité Générale, remarquable invention de l’esprit humain qui lui a demandé dix années d’un travail tenace, presque solitaire pour aboutir en 1915 à sa production-invention. Elle est encore aujourd’hui une loi très fertile (voir l’observation récente des ondes gravitationnelles qu’elle prédit ainsi que l’exactitude des trajectoires des étoiles, dont elle permet le calcul, au voisinage du trou noir central de la voie lactée.) et toujours un outil théorique remarquable, à l’échelle classique, dont ont hérité les physiciens. Par contre elle est muette de prédiction physique lorsqu’on tente de l’exploiter à l’échelle quantique.

C’est au cours de l’année 2005, à force d’étudier les conséquences de la conception Einsteinienne que j’ai considéré que cette conception était une anomalie et qu’elle était à la source de la crise actuelle de la physique théorique qui dure depuis plus de 30 ans. Mon hypothèse est qu’il est erroné de postuler une propriété physique fondamentale effective à condition d’accepter sa conséquence implicite : l’annulation de la présence de l’être humain réflexif. Il ne peut y avoir de coïncidences spatio-temporelles authentiquement observables car l’être humain a besoin, au minimum, d’une fraction de temps pour évaluer un événement ou une situation. Un écart de temps effectivement nul n’est pas accessible étant donné notre atavisme et en conséquence selon le précepte d’Einstein, la connaissance effective d’une réalité figée n’est pas accessible. Dans l’écart de temps rédhibitoire, incompressible, il y a la ‘Présence’ du sujet pensant. Celle-ci est la chair du ‘maintenant’, du ‘moment présent’, qui est le pivot de notre perception du temps. A l’opposé voici ce que nous dit Einstein à ce sujet lorsqu’il écrit en 1955 : « Pour nous, physiciens croyants, la séparation entre passé, présent et avenir, ne garde que la valeur d’une illusion, si tenace soit-elle. » Pour éviter le moindre quiproquo il faut comprendre que lorsque Einstein écrit : pour nous physiciens croyants, il s’agit de la croyance du bien-fondé de la physique réaliste et non pas d’une croyance religieuse.

Etant donné l’hypothèse de la ‘Présence’ que je propose et ne cesse de tenter de justifier, je dois proclamer que ‘l’Être humain est une Réalité, à la fois, de et dans l’Univers’. C’est donc à partir de cette réalité que rayonne une connaissance-compréhension de ce que l’on nomme l’Univers dont on ne cesse de repousser ses limites.

Lorsqu’en 2014 (l’original en anglais en 2013) j’ai rencontré le livre de Lee Smolin : « La Renaissance du Temps », avec le sous-titre : « Pour en finir avec la crise de la physique (sic) », j’ai pensé qu’avec cet auteur j’allais rencontrer une complicité intellectuelle. En effet, au début de son ouvrage, il concentre sa réflexion sur ce qui constitue pour lui l’erreur première qui stérilise la pensée scientifique car les théories actuelles, depuis Galilée ou Newton, font comme si le temps n’existait pas réellement. Il fut le codécouvreur, avec C. Rovelli, d’une théorie cosmologique fameuse : la gravité quantique à boucles, jusqu’à présent non constatée expérimentalement. Dans la quatrième de couverture il est indiqué : « La question du temps est au cœur de toutes problématiques scientifiques, de la cosmologie à la mécanique quantique… Smolin expose sa conception du temps et ses implications sur la perception de notre environnement… Il opte pour la réalité du temps, s’opposant en cela à la majorité des penseurs, physiciens ou philosophes, inspirés pour les uns par la théorie de la relativité d’Einstein et pour les autres par les idées platoniciennes. »

La perspective d’une complicité intellectuelle avec Smolin fut éphémère car très rapidement j’ai compris qu’entre l’hypothèse de la réalité du temps de Smolin et la mienne il y avait plus qu’un hiatus car pour lui : le temps est effectivement réel, donné, dans la nature, il est un étant. Tandis que pour moi il n’a de réalité que par l’intermédiaire de la réalité de l’être humain dans l’univers. L’être humain, dont sa réalité est inexpugnable, est le vecteur du temps. Le temps est un propre de l’être humain.

Il est certain que L. Smolin développe dans son livre une analyse très aiguë de la Relativité Générale et indique que celle-ci impose que l’on doit retenir une image de l’histoire de l’univers, prise en une fois, comme un système d’événements reliés par des relations causales, ce que l’on nomme univers bloc. Ce qui est suggéré : « ce qui est réel est l’histoire totale prise en bloc ». Selon l’auteur, c’est une vision dépourvue du temps, car elle se réfère à l’histoire entière de tout l’univers à la fois, il n’y aurait donc aucune signification attribuée à « futur » ou « passé » ou « présent », il n’y a que la structure causale totalement et définitivement établi qui peut rendre compte de ce qui est réel. Malgré tout on peut espérer que Smolin s’apprête à franchir un cap voire le Rubicon quand il affirme : « Mais l’univers réel a des propriétés qui ne sont pas représentables par un quelconque objet mathématique. Une de celles-ci est qu’il y a toujours un ‘moment présent’ (sic). Les objets mathématiques, étant intemporels, n’ont pas de moments présents, n’ont pas de futurs, ni de passés. Toutefois si on embrasse la réalité du temps et voit les lois mathématiques comme des outils (sic) plutôt que des miroirs mystiques de la nature, d’autres faits têtus, inexplicables, concernant le monde deviennent explicables… »

Eh bien ! non, finalement L. Smolin ne franchit pas un cap et encore moins le Rubicon, il est Einsteinien jusqu’au bout des ongles proclamant dans un livre suivant que c’est avec la relativité générale que l’on trouvera la bonne description de la gravité quantique, confère : ‘Einstein’s Unfinished Revolution’ ; « La Révolution non Finie d’Einstein ».

Si je consacre beaucoup de pages à la question du temps, c’est qu’il est au cœur de toutes les problématiques scientifiques physiques, de la cosmologie à la mécanique quantique. Le temps est-il une illusion ou une réalité physique de notre univers ? Depuis Saint Augustin (354-430), cette interrogation, sous des versions multiples, est posée. Le Saint en question s’étonnait : « Si on me demande ce qu’est le temps, je sais ce qu’il est. Si on me demande ce qu’il est, et que je veuille l’expliquer, je ne sais plus. » Effectivement il est compliqué de dévoiler ce qu’est le temps. Il est tellement présent dans notre existence qu’il est extrêmement difficile d’avoir le recul souhaitable pour le traiter comme un objet de pensée.

 Newton avait abordé le problème en affirmant qu’il était le sensorium de Dieu, ainsi que l’espace. Dans ses Principia, il donne comme définition du temps : « Le temps existe dans et par lui-même et s’écoule tranquillement sans référence avec quoi que ce soit d’extérieur. » Ce temps absolu est sans rapport avec le temps relatif : « … apparent et vulgaire qui est cette mesure sensible et externe d’une partie de durée quelconque [ … ] prise du mouvement : telles sont les mesures d’heures, de jours, de mois, etc., dont on se sert ordinairement à la place du temps vrai. »

A notre époque cette problématique devient de plus en plus aiguë et la référence au divin ne peut plus être un recours. Elle devient un obstacle majeur à toute avancée possible de la connaissance scientifique. Einstein, lui-même, fut pris dans le tourbillon de cette difficulté, et sa pensée a semble-t-il oscillé, vacillé, sans pour autant la modifier. Nous pouvons sans hésitation nous référer à ce que R. Carnap (logicien 1891-1970) rapporte du témoignage d’une discussion qu’il a eue avec Einstein au cours de laquelle il fait part d’une préoccupation qu’il évacue en appelant à la résignation (sic).

« A une occasion, Einstein dit que le problème du ‘Maintenant’ le préoccupait sérieusement. Il expliqua que l’expérience du ‘Maintenant’ signifie quelque chose pour l’Homme, quelque chose d’essentiellement différent par rapport au passé et au futur, mais cette différence importante ne se produit pas et ne peut pas se produire dans la physique. Du fait que cette expérience ne peut pas être saisie (comprise) par la science semblait être pour lui un sujet pénible mais inévitablement il fallait se résigner. Je [Carnap] remarquai que tout ce qui se produit objectivement peut être décrit scientifiquement ; d’un côté la séquence temporelle des événements est décrite en physique ; et, d’un autre côté, les caractéristiques des expériences humaines en accord avec le temps, incluant son attitude différente concernant le passé, le présent, et le futur, peut être décrit et (en principe) expliqué en psychologie »

Néanmoins, ce paradoxe ‘univers-bloc/écoulement du temps’ est profond.

Il n’est pas possible d’être indifférent à l’argumentation d’Einstein qui propose la résignation du scientifique parce que selon lui « cette expérience ne peut être saisie (comprise) par la science ». Quelle est cette science qui dicterait au physicien ce qu’il doit penser ? Nous sommes d’accord pour reconnaître qu’Einstein a inventé un paradigme scientifique fondamental très fertile conduisant à l’invention de la théorie de la relativité générale qui en résumé signifie que cette théorie est indépendante, indifférente, à la présence du sujet pensant et celui-ci n’aurait aucune influence sur ce qui est observable et donc sa présence doit être gommée. De là à considérer qu’il aurait grâce à ce paradigme mis à la disposition de la communauté scientifique un paradigme universel, loin s’en faut puisque la mécanique quantique ne s’en arrange pas. La science d’aujourd’hui ne peut pas dicter au physicien ce qu’il doit penser, cela ne doit jamais être le cas et elle ne doit jamais conduire à la résignation car il y a toujours de la connaissance à conquérir, de nouveaux paradigmes à concevoir, et cette dynamique est inhérente à l’homme.

« Il est temps de créer une nouvelle culture scientifique, dans laquelle nous nous considérons nous-mêmes à la fois comme une expression de la nature et comme une source de l’auto-compréhension de la nature », dixit les auteurs de l’article ‘La Tache aveugle’. En adjoignant les propos d’Aurélien Barrau, et de Blay que j’ai aussi mis en valeur dans le prologue, je me considère moins franc-tireur en affirmant que l’Être humain est une Réalité de/dans l’univers. Dans ce cadre scientifique nouveau le ‘Maintenant’ est une donnée qui doit être intégrée. Son amplitude est caractérisée par ‘TpS’ et sa valeur serait selon mon appréciation de l’ordre de 10-27-28s. Selon ma conception, le ‘Temps propre du Sujet’ correspond à l’intervalle de temps impératif durant lequel le ‘Sujet Pensant’ rassemble son unité d’Être dans la nature. TpS est une scansion fondamentale, un tic-tac de l’horloge fondamentale qui ordonne le temps que je considère comme un propre de l’homme.

Un autre physicien a engagé en 2016 un début de révolte contre l’écrasement de la théorie Einsteinienne symbolisé par le concept d’univers-bloc. Nicolas Gisin physicien Suisse, disciple de John Bell et adepte d’une philosophie réaliste est à l’origine du concept de ‘Temps Créatif ‘ qui a la valeur d’un instant, d’un moment, qui s’impose primordialement, selon son point de vue, grâce au : ‘libre arbitre’ de l’être humain : ressource fondamentale qui lui est propre quand l’être humain pense, quel que soit le domaine de sa pensée. En conséquence le flux du temps est de notre monde et il faut rétablir cette compréhension pour retrouver les voies des bons raisonnements en science physique. En incise dans son article, N. Gisin écrit : « désolé Einstein » ce qui en dit long sur la difficulté de s’émanciper réellement. Plus loin l’auteur est radical quand il écrit : « La physique a tué le libre arbitre et le flux du temps. Nous devons revenir en arrière. » Erreur, il ne s’agit pas de revenir en arrière, surtout pas, il s’agit de dépasser la pensée Einsteinienne sans devoir s’excuser et d’aller de l’avant. Lui-même, Einstein, affirmait qu’une bonne théorie à venir, qu’elle que soit la théorie en question, est une théorie qui englobe la précédente sans l’annuler. C’est exactement ce qu’il a obtenu car la théorie de la relativité générale englobe celle de Newton et quand les conditions sont requises la loi de Newton se décline avec une très bonne approximation depuis la relativité générale lorsqu’on l’exploite à l’échelle de la physique classique. D’ailleurs ce fut un des critères qui a contribué à confirmer sa validité au tout début de sa publication en 1915. Ce sont les tâtonnements pour dépasser une théorie présente qui nous servent de points d’appuis pour la dépasser.

A mon sens, quand N. Gisin revendique la reconnaissance du ‘Temps Créatif’ et partant la reconnaissance du ‘Libre Arbitre’, il revendique évidemment la reconnaissance de la ‘Présence’ de l’être humain au sein de l’univers. Le ‘Libre Arbitre’, est une notion subjective qui évolue avec les acquis de la connaissance. Plus on dispose de connaissances, de références scientifiques, plus, concomitamment, nous nous émancipons par réductions de nos déterminations, déterminations qui sont des causes d’inerties contraignant nos pensées et leurs visées. Quand le libre arbitre humain prend de l’ampleur, les capacités de pénétrer dans des domaines nouveaux de connaissances sont plus affirmées, elles s’accroissent et c’est une tendance permanente.

La science physique a besoin de grandeurs invariantes. Avec mon concept de ‘Présence’, je satisfais à cette contrainte. En effet, j’ai défini un ‘Temps propre du Sujet’ pensant qui est donc un intervalle de temps en deçà duquel le sujet ne peut être en état de cogiter. C’est-à-dire que tout processus physique ou autre qui se déroule dans un intervalle de temps inférieur à TpS, ne peut être saisi par notre intelligence, cela induit un point aveugle, une zone aveugle, irrémédiable, de notre capacité d’inférer. Cette idée est révoltante et notre égo ne peut que très difficilement l’accepter. Actuellement mon estimation de TpS est de l’ordre de 10-27s à 10-28s, quand on convertit cet intervalle de temps en intervalle de distance spatiale cela correspond, avec C vitesse maximale de déplacement, à 10-18m. Cela correspond à la plus petite variation de déplacement observable d’un miroir de l’interféromètre de Ligo ainsi qu’à la dimension supposée d’un électron que l’on a beaucoup de difficultés à authentifier.

Depuis 2020, un groupe de physiciens dirigé par Martin Bojowald prédit un intervalle de 10-33s comme limite supérieure pour la période d’un oscillateur universel qui interagirait avec toute la matière et toute l’énergie de l’univers (sic). Pour l’instant cette mesure reste à faire et on verra bien. Cette proposition me convient très bien et elle va dans mon sens et je considère que ce projet est une aubaine. Nos évaluations respectives différentes ne constituent pas un obstacle car en ce qui me concerne la valeur du TpS que je préconise n’est qu’une projection avec une marge d’appréciation significative et il me semble qu’il en est de même pour M. Bojowald et son équipe. Si un ordre de grandeur d’un tel intervalle de temps est effectivement mesuré, il restera à déterminer s’il est un propre de l’être humain, réalité pleinement présente dans l’univers ou s’il est dans l’univers sans aucune intermédiation comme le prétend L. Smolin… et Bojowald. Pour mon compte, il est essentiel que cet intervalle de temps, insécable, soit mesurable ou déductible indubitablement. A mes yeux il est essentiel que le temps de Planck[1] ne soit pas pris en compte dans cette affaire car je considère que c’est une grandeur hors sol qui n’a pas le sens physique qu’on lui prête et c’est très important que cela soit mis en évidence, et dans ce cas ce sera une véritable libération, un véritable franchissement d’impasse. Je cite M. Bojowald : « Une telle horloge fondamentale imprègnerait l’univers, un peu comme le champ de Higgs de la physique des particules. Semblable au champ de Higgs, l’horloge pourrait interagir avec la matière, et elle pourrait potentiellement modifier les phénomènes physiques. » L’horloge qui scande le ‘Temps propre du Sujet’ pensant, peut assurer ces propriétés puisque le sujet pensant, sans cesse cogitant, imprègne l’univers de sa ‘Présence’.

Grâce aux neurosciences nous avons la confirmation que notre cerveau ne perçoit pas instantanément les événements du monde extérieur. Il faut au moins un 1/3 de seconde, avant qu’une information sensorielle élémentaire accède à la conscience. Grâce à l’imagerie cérébrale et notamment à la magnétoencéphalographie, le neuroscientifique parvient à suivre toutes les étapes de traitement visuel non conscientes et conscientes dans le cerveau humain. C’est ce qui a été développé à l’Académie des sciences à Paris, le 19 mai 2015, par S. Dehaene au cours de sa conférence : ‘Le tempo de la conscience’. Précisant que : « … les moyens techniques exploitables maintenant permettent une compréhension de plus en plus précise de ce qui se passe dans notre cerveau durant ce 1/3 de seconde avant qu’il n’y ait prise de conscience effective d’une image ou encore à propos d’un concept. En effet des neurones conceptuels (sic) sont maintenant isolés dans le cerveau. »

Avec cette étude exhaustive on peut dire que ce 1/3 de seconde correspond à la ‘durée aveugle de la conscience’ et cela ne peut pas être sans conséquence sur l’éveil intellectuel et la vigilance observationnelle du sujet réflexif. De là, il serait quand même difficile de postuler que le fonctionnement par intermittence avérée de la conscience du ‘sujet pensant’, conduise à un fonctionnement intellectuel, observationnel, absolument continu du sujet réflexif. Précisons que TpS n’est pas une grandeur de l’ordre de la conscience mais de l’ordre de l’existentialité.

Sur ce sujet, je dois évoquer l’hypothèse d’Alain Connes dont j’ai pris connaissance une première fois en 1997 mais qui depuis est toujours une hypothèse et dont la dernière évocation se trouve dans quelques lignes de sa préface dans le livre de Daniel Sibony (2020) : ‘A la recherche de l’autre temps’. Je cite : « Quant au temps de la physique, ce que j’ai découvert c’est que ce n’est pas le « passage du temps » qui est la vraie origine de la « toute variabilité » des choses, mais une raison bien plus fascinante que j’appellerai « aléa du quantique ». L’impossibilité, aussi bien théorique qu’expérimentale, de prédire ou de reproduire le résultat pourtant toujours univoque d’une expérience quantique qui reste gouvernée par le principe d’incertitude de Heisenberg et donne au quantique cette variabilité fondamentale… Il nous faut comprendre que la variabilité quantique est plus fondamentale que le passage du temps, et réaliser en quel sens l’intrication quantique donne à l’aléa du quantique une cohérence cachée. »

Cette dernière formulation de Connes de sa propre hypothèse correspond à un niveau de décantation auquel j’adhère bien qu’elle pourrait laisser entendre que le sujet pensant subit la variabilité quantique dans le sens où l’aléa du quantique serait de prime abord extérieur à la capacité de cogitation inhérente du sujet. Or, selon moi, la physique quantique appartient aux modalités actuelles de la cogitation humaine possible à l’échelle de l’infiniment petit, si ce n’est qu’elle en est la production. En effet, on doit considérer que la nature est semblable qu’elles que soient les échelles considérées. Ce sont nos capacités intellectuelles qui sont différemment mises à l’épreuve suivant les échelles auxquelles nous cherchons à la décrypter. Le corpus de la mécanique quantique est représentatif du chantier que nos capacités intellectuelles n’ont pas fini d’édifier pour décrypter la nature à l’échelle de l’infiniment petit. J’ai toujours considéré que l’affirmation suivante de N. Bohr, (je crois que c’est à Côme en 1927), doit être sérieusement prise en compte : « Il n’existe pas de monde quantique. Il n’y a qu’une description quantique abstraite. Il est faux de penser que la tâche de la physique consiste à décrire comment est la Nature. La physique ne s’intéresse qu’à ce que nous pouvons dire de la Nature. » Aléa quantique et aléa structurel attaché au fonctionnement de notre cerveau se recouvrent. Ces deux aléas produisent le même effet, et c’est là que se trouve la source du ‘tic-tac’ primordial de l’horloge fondamentale qui égrène le temps.

Aucune opération de mesure physique ne peut être instantanée. Pour qu’il y ait du temps perçu, comptable, une opération de mesure implique obligatoirement une durée supérieure à l’intervalle de temps du tic-tac de l’horloge fondamentale. Cela n’est pas constaté et n’a aucun retentissement en physique classique, par contre en physique quantique cela est rédhibitoire et c’est une donnée qui doit être prise en compte dans le corpus de celle-ci. C’est une donnée qui met en relief « l’aléa du quantique » synonyme de TpS.

Il y a dans le livre de Sibony, auquel je fais référence, un travail sur le temps que je peux citer du fait qu’il a une certaine proximité avec le mien. « On peut dire qu’être et temps sont intriqués sans qu’on puisse dire lequel des deux a commencé ; Ils forment un entre-deux dynamique. » ; « J’acquiesce donc à la formule d’Alain Connes : l’aléa du quantique est le tic-tac de l’horloge divine, car le temps prélevé dans le phénomène quantique est au fond prélevé dans l’infini des possibles, dans l’absolue variabilité et le hasard irréversible. » Bien évidemment dans ma conception je n’ai pas besoin de faire référence au divin, référence que je considère comme étant une échappatoire peu glorieuse, pour le moins paresseuse. Pour ma part il est juste d’affirmer que l’aléa du quantique est le tic-tac primordial, insécable, qui émane et témoigne de la présence dans l’univers de l’être humain. Effectivement être et temps sont intriqués, (Heidegger a écrit des pages et des pages sur ce sujet, voir son livre : ‘Sein and Zeit’ en 1923), et sans détour tirons-en les conséquences. Que diable !! pourquoi le cap que nous permet de franchir cette pensée ne puisse être évoqué qu’en faisant appel au divin ? A l’époque de Newton cela est compréhensible, mais aujourd’hui au 21e siècle !!

Dans mon expression rituelle qui me guide depuis 2013 : « Au sein d’une éternité, parmi tous les possibles, Anthrôpos ne cesse de creuser sa connaissance de l’univers… », il me plaît de mettre en parallèle ce que nous dit D. Sibony (page 225), bien que cela puisse être considéré un tant soit peu abscons : « Il y a, non pas un temps universel mais un temps de l’être qui ne se mesure pas de la même façon partout (la relativité veille) mais qui « est » partout présent et parlant, c’est le temps de l’infini des possibles (sic) ; la variabilité quantique affiche localement cet infini. Le temps de l’être c’est le temps du possible poussé à sa limite impossible ; il est global mais on ne le « prend » que localement. »

La suite de ce chapitre ‘Présence’ sera publié le 08/07/2022

 

 

[1] Le temps de Planck = 5,4×10-44s, se calcule comme étant la racine carrée d’un produit et rapport de constantes  hybrides appartenant à la physique classique et à la physique quantique = h.G/C5, G = constante de Newton, C = vitesse de la lumière et h = constante de Planck.

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24 juin 2022 5 24 /06 /juin /2022 11:17

 

Le 24/06/2022

Toujours la suite de la publication du 2e chapitre : ‘Présence’ : du mémoire ‘l’Être humain est une Réalité de/dans l’Univers’. C’est précisément la continuité de la publication du 17/06

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Ce qui provoque un émerveillement scientifique de S. Dehaene est aussi, selon moi, une fenêtre remarquable pour ouvrir une nouvelle piste de réflexion car en s’appuyant sur une interrogation d’Einstein, il exprime avec cet ultime propos l’idée d’une concomitance, d’une corrélation, entre le développement cérébral de l’être humain et le développement de notre connaissance de l’univers. Ceci donne du sens à l’hypothèse suivante qui peut paraître inédite : « Si, après tout, ce que nous construisons grâce à notre capacité de pensée abstraite et que nous désignons comme étant le développement d’une connaissance de l’univers était simplement le fruit d’une conception pure de l’être humain nous offrant une sorte de miroir, de faire valoir, de notre intelligibilité ? » Cette hypothèse permettrait d’élucider ce qui est un mystère pour Einstein car dans le cas où l’univers serait l’émanation de nos capacités cérébrales en évolution, il ne peut être que compréhensible. Mais il réfuterait immédiatement cette proposition car elle est en complète contradiction avec sa philosophie de physicien réaliste. Pour lui, l’univers est. Qu’il soit intelligible par l’être humain qui lui est extérieur, l’interpelle. Je ne peux pas écrire : « serait extérieur », car pour A. Einstein ce conditionnel est inconcevable. Mon hypothèse est franchement anthropocentrique et ce serait donc l’intelligence humaine qui mènerait la danse en façonnant, au fur et à mesure de l’évolution de notre intelligence, des pièces du puzzle d’un soi-disant univers. En quelque sorte l’univers ce serait une part de nous-mêmes, une extension de nous-mêmes. Cette proposition aventureuse, par rapport à la pensée standard, n’est pas si abscons que cela, puisque des anthropologues qui étudient les facteurs de l’évolution de l’être humain depuis la nuit des temps sont amenés à reconnaître que l’être humain est un constructeur de monde avec un besoin de plus en plus viscéral d’imaginaire…   

Tout récemment, dans le journal ‘Le Monde’, du 25 Août 2021, un article de Jean-loïc Le Quellec : ‘La Préhistoire, ses Mythes et ses Secrets’, on peut lire : « A cet égard, il est particulièrement intéressant d’examiner la répartition mondiale de mythes qui ne tombent pas sous le sens, mais qui sont considérés comme essentiels dans les collectivités où ils s’expriment. C’est le cas des grands récits d’origine, qui présentent une impressionnante stabilité puisqu’ils sont réputés dire le vrai sur l’origine du monde, de l’humanité, de la mort, etc., de la culture dans laquelle ils s’inscrivent… Grâce à ces méthodes, on a pu démontrer que, selon toute probabilité, le grand mythe d’origine qui prévalait au paléolithique final était celui dit de « l’Emergence primordiale (sic) » Il raconte qu’au tout début, les humains et les autres animaux vivaient à l’intérieur de la terre et, un beau jour, à la suite de circonstances dont le détail varie selon les récits, ils en sont sortis en passant par l’ouverture d’une grotte – avant de se disperser progressivement à la surface du globe. »

Je cite l’article de ce mythe de l’émergence pour rappeler que les physiciens devraient intégrer dans leur quête des connaissances à venir les recherches développées dans d’autres domaines scientifiques. Le cloisonnement des connaissances conduit à l’appauvrissement de celles-ci. Comme il est supposé avec le mythe de « l’Emergence primordiale », il y a au tout début l’émergence d’une ‘Présence’ d’une intelligence humaine primordiale qui consciemment s’installe et se développe progressivement dans le monde. Pour exister, sa tâche vitale et permanente est d’investir physiquement et intellectuellement le monde. Nous sommes aujourd’hui les héritiers et les prolongateurs de cette dynamique enclenchée depuis cette émergence conçue et nous devons comprendre que toutes les connaissances que nous acquérons de ce monde sont le produit de l’intelligence humaine et rien de plus. Quant à savoir si nos connaissances atteignent l’os de la réalité de ce monde nous ne pouvons pas l’affirmer, ce qui est sûr c’est que le physicien est en mesure de mettre en évidence des vérités partagées quand il y a consensus de la part de la communauté scientifique.

Mon concept de la ‘Présence’ du sujet pensant qui s’est installée concomitamment à l’émergence évoquée (voir 1 de la publication du 17/06) peut être comparé à un phare érigée une bonne fois pour toute et dont sa lumière (intellectuelle), au cours du temps, de plus en plus éclairante, ne cesse de dévoiler de nouveaux confins de notre univers. C’est ce que j’exprime avec cet énoncé rituel : « Au sein d’une éternité parmi tous les possibles, Anthrôpos ne cesse de creuser sa connaissance de l’univers. » Je rajouterais volontiers : « et il ne cessera de creuser car il y aura toujours à ‘voir’ ». Je propose, une image supplémentaire représentative de mon concept de ‘Présence’, en suggérant de contempler les sculptures de Giacometti qui figurent, à mes yeux, une artistique quintessence hors du temps de l’être humain.

Les promoteurs du Qbism (contraction de Quantum Bayésianisme) dont j’ai pris connaissance en 2014 laissent entrevoir comment la physique théorique : centrée sur la compréhension et l’interprétation de la mécanique quantique, est créée par les êtres humains bien réels. Le Qbism[1] a ses racines dans la théorie des probabilités « personnalistes » Bayésiennes.  Dès le début de l’avènement de la mécanique quantique, Werner Heisenberg a soutenu que les états quantiques n’étaient pas des caractéristiques objectives du monde, mais des expressions de notre connaissance. John Bell de façon révélatrice a demandé : « Connaissance de qui ? Connaissance de quoi ? ». Le Qbist fait une petite mais profonde correction : il remplace « connaissance » par « croyance ». La croyance de qui ? La croyance de l’acteur qui fait l’assignation d’état, informé par son expérience passée. Croyance en quoi ? Dans le contenu de son expérience. Il n’y a pas un état quantique des objets quantiques qui soit indépendant de l’observateur. Il faut ici abandonner la croyance que les états multiples a priori possibles d’un objet quantique correspondent à une propriété objective. Et la mesure effective de ces possibles, est toujours réduite à l’obtention d’une information sur un seul état. Cette situation des plus énigmatiques de la mécanique quantique est formalisée par l’expression : « le problème de la mesure ou encore le problème de la réduction de la fonction d’onde ». Pour les Qbists cette énigme est levée dès que l’on considère que la réduction de la fonction prend effectivement place dans la conscience de l’observateur qui opère la mesure, non pas en raison d’un processus physique unique, mais seulement parce que l’état de l’objet quantique est une construction de l’esprit de l’observateur et non une propriété objective du système physique.

Avec la théorie du Qbism nous sommes confrontés à un véritable paradigme de l’émergence de la connaissance en physique, surtout à l’échelle du monde quantique, car jusqu’à présent, et ce depuis au moins Galilée, la croyance dominante des physiciens correspond à la croyance qu’ils mettent en évidence des lois qui sont effectivement celles du monde réel, du monde objectif. A l’opposé, comme l’indique les Qbists, si je comprends correctement leur théorie, il faut considérer que les lois de la nature que nous mettons en évidence sont des expressions qui nous disent l’état de nos connaissances dans le domaine de la physique. Contrairement à ce que pense les théoriciens du réalisme - le plus proche de nous et le plus célèbre est Albert Einstein dont la pensée imprègne toujours la communauté scientifique actuelle - nous n’avons aucun moyen d’affirmer ce qui est assurément réel.

Historiquement à chaque fois que les physiciens ont prétendu, à part quelques détails encore à régler, qu’ils avaient atteint la connaissance définitivement aboutie, de facto, ces détails étaient des failles énormes dans le champ de leur savoir et ils devaient se remettre à la tâche avec quasiment une page blanche. Cette déconvenue fut vécue par William Thomson, alias Lord Kelvin (1824-1907), chef de file de l’élite des scientifiques européens, au tournant du vingtième siècle « La science physique forme aujourd’hui, pour l’essentiel, un ensemble parfaitement harmonieux, un ensemble pratiquement achevé ». Il avait été précédé par Louis de Lagrange (1736-1818) qui avait proposé dans son traité de mécanique analytique en 1788 : « d’avoir fait toutes les démonstrations nécessaires et ainsi avoir condensé le plus possible des choses dans une seule formule ». Encore récemment ce fut le cas avec la ‘Théorie du Tout’ qui paraissait être à deux doigts de son aboutissement à condition de réaliser une suprême unification des forces subatomiques avec la force gravitationnelle. Stephen Hawking avait prévenu qu’une fois cette unification acquise cela autoriserait les physiciens à vouloir occuper la place de Dieu.

L’ambition d’accéder à la connaissance physique totale du monde, de la part des physiciens, a mené ceux-ci à subir historiquement de sérieux revers intellectuels. Au mieux, il est possible de penser qu’il y a un horizon de réalités potentielles, asymptotiquement saisissables grâce à l’activité du physicien mais comme cela semble avec tout horizon il y a une perspective, une[2] volonté permanente, qui sans cesse nourrit la curiosité inassouvie de l’Être humain.

Mon désaccord significatif avec les Qbists provient du fait qu’ils suggèrent, avec leur théorie, la présence du sujet pensant : le physicien, mais c’est une présence avec un p. minuscule, une présence avec une conscience conjoncturelle qui correspond à des opérations spécifiques. Avec mon hypothèse la ‘Présence’ en question, est avec un p. majuscule, parce qu’elle est une érection une fois pour toute, elle est concomitante à l’émergence d’une intelligence humaine primordiale et elle est inexpugnable. L’ampleur de sa signification et de ses conséquences théoriques sont autres que la petite présence mise en scène par les Qbists.

Les Qbists ont légitimé leur théorie en exploitant la statistique bayésienne dont l’inventeur est le révérend James Bayes : Pasteur de l'Église Presbytérienne et mathématicien britannique (1701‐1761). Etant donné l’impact remarquable de cette loi dans tous les domaines de la physique, il est utile de faire un rappel sur l’histoire de son apparition dans le paysage scientifique. Le Révérend étudie la logique et la théologie à l’Université d’Edimbourg. Auteur de plusieurs ouvrages publiés de son vivant, c’est après sa mort que son ami Richard Price retrouve, dans ses papiers, un Essai sur la manière de résoudre un problème dans la doctrine des risques qu’il présente à la Royal Society, où il sera publié en 1763. Celui‐ci met en exergue cette fameuse « règle de Bayes ». 

Dans un cours au Collège de France en 2012, Stanislas Dehaene a consacré une séance complète sur ce sujet précisant que notre cerveau fonctionne en exploitant des mécanismes évolués de raisonnement probabiliste. Et il rappelle que l’inférence Bayésienne est une théorie mathématique simple qui caractérise le raisonnement plausible en présence d’incertitudes. L’inférence Bayésienne rend bien compte des processus de perception : étant donné des entrées ambigües, notre cerveau en reconstruit l’interprétation la plus probable.

Nos décisions combinent un calcul Bayésien des probabilités avec une estimation de la valeur probable et des conséquences de nos choix. L’architecture du cortex pourrait avoir évolué pour réaliser (sic), à très grande vitesse et de façon massivement parallèle, des inférences Bayésiennes. L’algorithme utilisé pourrait expliquer la manière dont notre cerveau anticipe sur le monde extérieur et dont il répond à la nouveauté. L’algorithme Bayésien est très exploité présentement en intelligence artificielle surtout lorsqu’il est mis en réseau. Sa signification dans le développement de l’intelligence humaine semble être déterminante si l’on en croit le neuroscientifique Dehaene : « Je parle de révolution, car il n’est pas courant de voir apparaître aussi soudainement un cadre théorique qui s’infiltre dans tous les plans d’une science. Nous étions nombreux à penser qu’il ne pouvait y avoir de théorie générale de la cognition, le cerveau étant le résultat du bricolage de l’évolution… mais cette idée est en train d’être battue en brèche par la statistique bayésienne tant ses applications sont extraordinaires ».

Dans la formule de Bayes : P(A/B) = P(B/A)∙P(A)/P(B) Le terme P(A) est la probabilité a priori de A. Elle est « antérieure » au sens qu’elle précède toute information sur B. P(A) est aussi appelée la probabilité marginale de A. Le terme P(A|B) est appelé la probabilité a posteriori de A sachant B (ou encore de A sous condition de B). Elle est « postérieure », au sens qu’elle dépend directement de B. Le terme P(B|A), pour un B connu, est appelé la fonction de vraisemblance de A. De même, le terme P(B) est appelé la probabilité marginale ou a priori de B. Ainsi confrontant deux évènements l’un à l’autre, la formule quantifie donc la probabilité pour l’un d’induire l’autre, remontant ainsi des conséquences vers les causes pour comprendre les phénomènes de la nature. Nous avons donc à faire avec une mathématisation de la chaîne de causalité, en tous les cas elle sert de référence.

L’exploitation de plus en plus importante de ces réseaux bayésiens amène à considérer qu’ils modélisent au plus près la façon dont les savoirs, chez l’être humain, s’actualisent ou plus précisément rendent compte des mouvements incessants de pensée entre les phénomènes observés et la dynamique du savoir emmagasiné. De plus on est en droit de considérer que si la formule de Bayes décrypte le monde, celle-ci décrirait tout autant les mécanismes du cerveau. Ce serait en même temps une sacrée ouverture sur une théorie de la pensée.

Cette révolution conceptuelle annonce qu’avec la formule bayésienne c’est une dimension subjective qui est réintégrée contrairement au dogme d’une vision objective authentique proclamée par la science. Cette formule met en exergue ce que nous savons du monde plus sûrement qu’elle ne nous permet de décrypter les lois de la nature. Pour rappel c’est exactement ce qu’ont postulé les fondateurs de la mécanique quantique, en l’occurrence : Bohr et Heisenberg. Cette petite formule nous oblige à penser que les théories et modèles scientifiques reflètent notre représentation de la réalité et non pas ‘La Réalité’. En conséquence, aujourd’hui nous sommes incapables de concevoir le pont qui nous permettrait de transiter d’une représentation de la réalité qui est la nôtre à la réalité elle-même qui ne nous est pas accessible. Au mieux elle est un miroitement, un tropisme. Je pense qu’il est plus approprié de nous concentrer sur notre démarche scientifique, de comprendre que l’accès à la connaissance scientifique est une source d’émancipation, de libération pour l’être humain, plutôt que d’être obnubilé par l’existence d’une réalité finale car selon mon point de vue il faut abandonner ce postulat métaphysique : qu’il y aurait un monde absolument extérieur. Après tout, les lois de la nature que nous découvrons sont en fait une extension de ce que nous sommes en tant qu’être réflexif. Bref la science physique est une construction de l’intelligence humaine, une extraordinairement très belle construction de cette intelligence.

Les Qbists ont précisé en 2009 que les probabilités d’obtenir le résultat d’une mesure de l’état quantique d’un objet effectif sont le fruit d’un raisonnement Bayésien empirique et il n’y a pas d’état quantique objectif qui serait préalable à ce raisonnement. L’activité scientifique ne se réduit pas à faire des prédictions, elle résulte d’une confrontation existentielle de l’être humain avec la nature depuis au moins 2 millions d’années, dont il fait partie intégrante comme je le proclame dans le titre du livre, non seulement Être dans la nature mais aussi Être de la nature. Être de la nature ce qui est entendu basiquement lorsqu’il est proclamé que nous sommes faits de poussières d’étoiles et ce qui, selon moi, est cause des déterminations qui obstruent le passage à la connaissance authentique de la nature. Être dans la nature qui rend compte du promontoire sur lequel l’être humain a réussi à s’installer pour voir, comprendre, dominer, des lois de la nature. Conquêtes obtenues grâce au dépassement progressif des déterminations qui l’attache à son être naturel. Plus l’être humain accroit son intelligence de la nature, plus il s’en émancipe, plus le promontoire de son être dans la nature l’élève. (Voir l’article ajouté en P.S. de la précédente publication qui évoque du fait d’un contexte spécifique mais qui est parfaitement illustratif : « deux tensions contradictoires : celle issue de forces évolutives archaïques nous incitant à croître et celle issue de la partie la plus évoluée de notre cerveau nous enjoignant de prendre en compte les limites de la planète… c’est au cortex cérébral, intelligent, capable d’abstraction et de volonté de prendre les commandes)

Une de ces déterminations, qui est à dépasser, est illustrée par le fait que la vitesse de la lumière est une vitesse limite et est à la fois une constante universelle. La lumière, rayonnement, que nous sommes capables d’identifier est la lumière de la matière visible. Cette matière est celle qui exclusivement nous compose, compose toutes les parties de notre corps, jusque dans la composition de nos neurones. La Matière et son rayonnement constituent donc notre enveloppe, notre chrysalide. Lumière et matière sont les deux facettes d’une même entité. Voir la lumière, c’est voir ce qui nous compose, ce qui fait partie de nous-même. C’est une vue de ce qui constitue l’intériorité de l’univers humain. Le saut de la pensée, qui nous propulsera au-delà de notre chrysalide, est loin d’être esquissé mais nous sommes en droit de nous dire que cette étape est à franchir et cela se fera quand l’accumulation de nos connaissances à venir nous donnera les moyens de franchir le cap. Nous dépasserons donc notre référentiel universel actuel pour en identifier un nouveau.

         C’est au cœur du corpus des affirmations générées dans le cadre du développement du savoir en physique que j’ai été amené, pour mon propre compte, à faire surgir dans le paysage de ce savoir, en surplomb, le concept de ‘Présence’. C’est à partir de l’affirmation suivante d’Einstein : « Ce qui du point de vue physique est réel…est constitué de coïncidences spatio-temporelles. Et rien d’autre. », que j’ai constaté une conséquence inacceptable voire révoltante de celle-ci. Avec l’exploitation directe des équations de la relativité restreinte on peut mesurer mathématiquement la portée de cette affirmation. Ici je propose d’illustrer la portée de cette affirmation, dans le cadre d’une situation concrète, que l’on peut facilement imaginer,

Imaginons que nous assistions à un feu d’artifice réalisé dans le voisinage de la tour Eiffel et du Trocadéro. Nous y assistons depuis la terrasse du Trocadéro, mais un autre public installé sur une comète ou un mobile dans l’espace est aussi spectateur.

 Ces spectateurs en mouvement voient aussi les belles bleues et les belles rouges mais explosant à leurs yeux différemment dans l’espace et dans le temps.

1 Si une belle rouge explose dans le ciel parisien avant une belle bleu et que cela se produise alors qu’elles sont séparées de quelques mètres, les voyageurs sur la comète verront la même chose, dans le même ordre, mais à des instants différents sur leur montre, avec un écart de temps différent ainsi qu’avec un écart de distance différent.

2 Si la belle rouge explose en même temps que la belle bleue mais que l’événement de cette coïncidence se produise alors qu’il y a toujours un écart de distance entre la belle bleue et la belle rouge, les voyageurs mobiles n’observeront pas une telle coïncidence temporelle, au contraire ils observeront deux explosions distinctes, différenciées par un intervalle de temps.

3 Si la belle rouge et la belle bleue n’explosent pas en même temps mais si elles explosent à partir d’un même lieu, là encore les voyageurs mobiles ne verront pas la même chose que les spectateurs immobiles du Trocadéro car ils mesureront un écart de temps plus important.

Les équations propres à la relativité restreinte nous permettent de calculer avec une précision remarquable la réalité observée de ces différentes situations proposées[3]. Si je prends en compte le cas de figure suivant : La belle bleue et la belle rouge explosent en même temps à partir du même lieu, eh bien ! dans le cadre de cette coïncidence spatio-temporelle parfaite, du point de vue théorique, les différents spectateurs, mobiles : quels qu’ils soient, et immobiles, verraient la même chose en même temps et au même lieu. En effet dans le cadre d’une coïncidence spatio-temporelle parfaite, le traitement des équations de la relativité restreinte fait nettement apparaître que le résultat est le même qu’il y ait ou qu’il n’y ait pas d’observateur, ce qui doit sérieusement nous interpeler. En effet une coïncidence spatio-temporelle parfaite ne peut pas être enregistrée par une présence humaine car nous savons, entre autres, de plus, qu’il faut toujours une fraction de temps, de l’ordre de 1/3 de seconde[4], pour que l’être humain prenne conscience d’une situation ou d’un évènement, notamment de cette coïncidence[5]. Donc, avec son précepte de réalité et pour que celui-ci soit vrai, Einstein évacue de fait la présence de l’être humain générique observateur, il évacue le sujet pensant qui serait à même de constater et de dire la réalité. Ceci est en accord avec sa philosophie fondamentale, réaliste, qui proclame que les bonnes équations de la physique sont celles qui sont indépendantes de toute trace d’une présence intelligente pour la faire vivre. Bref ces bonnes équations sont par elles-mêmes consistantes et suffisantes et l’être humain, le physicien, est nu de toute contribution lorsqu’il décrypte et met en en évidence une loi de la Nature. Ce que l’excellent connaisseur français de la relativité générale, Th. Damour, met en exergue lorsqu’il précise : « le principe de relativité générale est un principe d’indifférence… (à un quelconque statut particulier d’un sujet pensant présent.) » Ainsi on comprend le refus total d’Einstein d’admettre les fondements de la mécanique quantique ainsi que son statut de science complète car, en tout point de son exploitation et de son développement, la mécanique quantique revendique la présence d’un observateur.

La suite de ce chapitre ‘Présence’ sera publiée le 01/07/2022

 

[1] Le nom de Qbism consonne avec celui de cubisme, mouvement artistique fondé par Picasso et Braque. Les tableaux cubistes laissent voir des représentations d’images d’objet ou de personne notablement différentes suivant les points de vue  différents du contemplateur. .

[2]

[3] Lorsque j’évoque la ‘belle bleue’ et la ‘belle rouge’ du feu d’artifice du 14 juillet, qui au pied de la Tour Eiffel explosent au même instant mais à des distances distinctes (par ex : à chacune des extrémités du bassin du Trocadéro), les équations de la relativité restreinte m’indiquent que la foule au pied de la Tour Eiffel (référentiel O) partagera la simultanéité des explosions, par contre une foule perchée sur une comète (référentiel O’) verrait des explosions distinctes sur le plan temporel et spatial. Donc il faut qu’il y ait simultanéité temporelle et superposition spatiale des explosions de la gerbe rouge et de la gerbe bleue pour que les deux foules (comme toutes autres foules de spectateurs O’’, O’’’) affirment que les deux explosions se sont produites au même instant. V étant la vitesse de déplacement des spectateurs sur la comète, relative à la position immobile des spectateurs au pied de la tour Eiffel.

Sachant que x’r = γ(xr – v*tret que x’b = γ(xb – v*tb) ;     (1)

Si  tr = tb et xr > xb ; j’en déduis que x’r –  x’b = γ(xr – xb) ;           (2)

La loi de transformation des temps respectifs étant :

t’r = γ(tr – v/c2*xr) et t’b = γ(tb – v/c2*xb),                                 (3)

j’en déduis t’r – t’b = γv/c2(xb – xr).                                              (4)

Si je postule la coïncidence temporelle tr = tb ainsi que la coïncidence spatiale xr = xb,

J’obtiens x’r – x’b = 0 et t’r – t’b = 0. Ce résultat vaut pour tout référentiel O’, O’’, etc.

Avec cet exemple de double coïncidence, je constate qu’aucune foule d’observateurs ne peut relativiser les événements constituaient par l’explosion de la ‘belle rouge’ et l’explosion de la ‘belle bleue’. Les foules ne peuvent affirmer que la même chose : Ô la belle bleue et la belle rouge se font voir au même moment ! En même temps, la présence de ces observateurs est nécessaire pour dire cette coïncidence. Il faut qu’elle soit énoncée.

L’affirmation d’Einstein, « Ce qui du point de vue physique est réel…Et rien d’autre. », pourrait donc être complétée par : Quand il y a coïncidences spatio-temporelles, les différents observateurs situés dans des référentiels relativistes distincts voient absolument la même chose et ils ont un discours totalement semblable (superposable) pour la décrire. Cela revient à considérer que tous ces observateurs pourraient se situer dans un seul et même référentiel. Dans ce cas le concept d’observateur(s) n’a plus de pertinence puisqu’ils sont confondus. Ils n’ont pas d’utilité propre.

 

 

[4] Depuis 2 décennies toutes les expériences en neurosciences conviennent de cette fraction de temps minimale et moyenne. De plus, plus le cerveau est vieillissant plus la durée nécessaire à la prise de conscience en moyenne augmente.

[5] Pour illustrer mon propos j’ai l’avantage d’avoir rencontré hier, le 22/06, un article sur le site « phys.org » de Lee Sandberg qui signale que nous devons prendre en compte le fait que notre cerveau ne considère qu’une moyenne de l’information qu’il reçoit. Cet article a pour titre : « Un vacillement dans le noir : Lire entre les lignes pour modéliser notre trou noir central galactique. » ; « Voir peur être décevant. La lumière d’un bulbe incandescent paraît stable, mais elle vacille 120 fois par seconde. Parce que le cerveau perçoit seulement la moyenne de l’information qu’il reçoit, le vacillement est brouillé et la perception d’une illumination constante n’est qu’une illusion. »        

 

 

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17 juin 2022 5 17 /06 /juin /2022 10:53

Le 17/06/2022

Comme annoncé, toujours dans le cadre du mémoire ‘l’Être humain est une réalité de/dans l’Univers’, ci-jointe la première partie du chapitre ‘Présence’.           ------------------------------------------------------------                                                                                                                                                                                             ‘Présence’

Le concept de ‘Présence’ est au cœur de la thèse qui est explicitée par le titre de mon mémoire. Le concept de ‘Présence’ est le pilier, le phare, du paradigme que je souhaite justifier tout au long de ce chapitre.

Préalablement, je veux préciser qu’avec ce concept, contrairement à ce qui peut être conjecturé en première analyse, je ne suis pas en conflit avec la conception einsteinienne qui en préalable postule que les bonnes lois de la physique mettant en évidence le monde réel sont celles qui sont indépendantes de tout référentiel prédéfini. Puisque l’établissement d’un référentiel est une action préalable prescrite par le sujet pensant : le physicien, en conséquence on comprend que le paradigme einsteinien postule que les bonnes lois de la physique sont celles qui, in fine, gomment toute référence à une quelconque subjectivité c’est-à-dire à la présence du sujet pensant. Ainsi le principe de relativité générale sur lequel s’est appuyé A. Einstein et qui intellectuellement l’a soutenu, notamment, pendant 10 longues années avant de produire finalement les équations remarquables qui lui sont attachées, confirme qu’en présence d’une champ gravitationnel les lois fondamentales de la physique doivent pouvoir s’écrire de la même façon dans n’importe quel système de coordonnées. T. Damour : physicien théoricien, excellent exégète de ce sujet, complémente ce point de vue en affirmant que le principe de relativité générale est un principe d’indifférence : « Les phénomènes ne se déroulent (en général) pas de la même façon dans des systèmes de coordonnées différents, mais aucun des systèmes (étendus) de coordonnées n’a de statut privilégié par rapport aux autres. 

Cette dissolution de la présence du sujet réflexif est essentielle pour que la croyance einsteinienne en l’accès à la réalité objective résultant des bonnes équations physiques soit pleinement justifiée. Pour Einstein le monde physique est constitué de réalités, régis par des lois permanentes et comprenant des objets à demeure ou provisoires qui ont des propriétés indépendamment de tout observateur. Ceci implique, comme il aimait à le rappeler, que la lune existe réellement même si elle n’a jamais été observé, ni identifié. Selon mon point de vue la lune n’existe pas tant qu’une intelligence existante ne l’a pas pensé, identifié et caractérisé une première fois comme telle. Cette certification devient alors la base d’une connaissance communicable. Il semblerait que C. Rovelli partage cette hypothèse fondamentale, c’est nouveau de sa part et c’est une progression intéressante car dans son récent livre Helgoland (édit, Flammarion, en 2021) : « Si rien n’a d’existence propre, tout n’existe que dans la dépendance de quelque chose d’autre, en relation avec quelque chose d’autre. Les choses sont « vides » dans le sens où elles n’ont pas de réalité autonome, elles existent grâce à, en fonction de, en relation avec, dans la perspective de quelque chose d’autre. »

En conséquence mon concept de ‘Présence’, et celui d’Einstein : ‘présence du sujet pensant : physicien’ qui doit être gommée pour atteindre le monde réel objectif sans écran, ne se situe pas au même étage de l’existence.

Très rapidement ci-dessous, dans la page suivante, je présente et je développe le concept de ‘Présence’. Mais auparavant, je fais un bilan de ce qui en physique fondamentale nous oblige, entre autres, à dépasser le paradigme einsteinien, malgré la remarquable fertilité pendant plus d’un siècle des travaux du savant, puisque concomitamment ce même paradigme a instillé une pensée bornée par le principe de réalité et d’universalité (confère les débats magnifiques durant les années 1920-1930 quand il s’opposa à l’avènement de la mécanique quantique et au bout du compte il n’accepta jamais les fondements de cette nouvelle mécanique). La communauté scientifique considère actuellement qu’elle n’a pas les moyens de justifier un dépassement de ce paradigme. Elle commence à identifier les limites qu’il impose sans pour autant trouver un chemin unanime et radical qui permettrait de franchir le Rubicond. 

Nous sommes obligés de constater que la pensée en physique fondamentale a épuisé tous ses ressorts depuis au moins deux décennies et les deux modèles standards que sont celui de la physique des particules élémentaires (plus communément nommée physique des hautes énergies) et celui de la cosmologie sont respectivement dans l’impasse car dans l’incapacité de formuler des prédictions significatives qui soient observables, vérifiables. L’impasse de l’un est concomitante à l’impasse de l’autre puisque l’un vise à connaître ce qui compose le contenu de l’univers et l’autre vise à déterminer l’histoire de l’univers et ce qui est la cause de la dynamique que nous croyons avoir identifiée et mesurée. Je cite les problèmes qui justifient les termes d’impasse dans ces deux modèles standards très imbriqués. 1-Le problème de la matière noire et de l’énergie sombre ; 2-Le problème de l’asymétrie entre matière et antimatière ; 3-Le problème de la réconciliation de la mécanique quantique, qui régit l’infiniment petit, avec la relativité générale, qui décrit la gravitation et le cosmos, et donc l’infiniment grand ; 4-Le problème du boson de Higgs, pourquoi est-il tel qu’il est ?; 5-Le problème est aussi d’expliquer pourquoi les particules élémentaires sont organisées en trois familles et possèdent les masses spécifiques que l’on a mesurées ; 6-Le problème global attaché aux neutrinos : à mon sens il faudrait cesser de raisonner en termes de propriétés physiques des neutrinos et raisonner en termes de physique des neutrinos car ils sont les vecteurs d’une autre physique que celle qui régit le modèle standard de la physique des particules.

         Au tout début de 2014 j’ai connu une vraie satisfaction intellectuelle lorsque j’ai pris connaissance de la théorie des Qbists. A ce moment-là, au premier abord, le Qbism représentait à mes yeux une théorie convergente avec la mienne que j’avais commencé à développer plusieurs années auparavant avec le concept résultant du paradigme explicité avec le titre de mon livre : la ‘Présence’. Toutefois, j’ai effectivement identifié plusieurs éléments de convergence mais d’autres éléments ne pouvaient être rapprochés. Je propose donc, en premier lieu de présenter et développer mon concept de : ‘Présence’ et ensuite rendre compte de ce qui n’est pas conciliable avec le QBisme.

         J’emploie le terme de : ‘Présence’, pour évoquer l’érection d’une première intelligence spéculative dans le monde. C’est-à-dire une intelligence qui soit en mesure d’observer, méditer, raisonner, calculer, théoriser, mémoriser, l’expérience. Celle-ci, en l’état actuelle, fruit du développement au sens Darwinien, est représentée par l’intelligence de l’homme moderne que nous incarnons aujourd’hui. Il est raisonnable de considérer que cette première intelligence spéculative a émergé il y a environ 2 millions d’années et c’est le plus souvent Homo erectus[1] qui est cité comme le vecteur premier de cette intelligence. Au tout début de son émergence le cerveau d’Homo erectus le plus archaïque pèse entre 800 et 900 gr. Les paléoanthropologues nous disent qu’à cette époque ‘l’homme si primordial’, ‘balbutiant’ n’avait aucune capacité de négocier avec la Nature ni de gérer les ressources que celle-ci lui proposait. Elle était dominante, lui dominé. Pourtant, comme nous le dit : Jean Guilaine (professeur au Collège de France, ‘La Seconde naissance de l’Homme’, page 57), « Au Paléolithique archaïque, aux alentours de 1,9 million d’années, l’analyse de la documentation fournie par plusieurs sites africains montre une gestion des matières premières fondée sur un certain rapport à l’espace (et donc au temps). A Oldowaï, (Afrique Australe) les matériaux bruts nécessaires à la taille ont été apportés de sources distantes de 3 km. De gîtes plus lointains, entre 9 et 13km, on n’a ramené que des outils finis, après avoir laissé sur place blocs et déchets. Dans ces cas le temps nécessaire pour parvenir aux gîtes respectifs envisagés est une notion intellectuellement assimilée. Ces indices, parmi les plus anciens observés, donnent une première idée de l’espace prospecté et, de ce fait, du temps mis à le parcourir. Jehanne Féblot-Augustins met ces données en rapport avec les capacités cognitives des hominidés pour constater que l’investissement technique en vue d’activités futures, c’est-à-dire la faculté d’anticipation, l’évaluation des travaux à venir demeurent faible : apparemment ces populations vivent dans le court terme. L’histoire des temps paléolithiques, dans leur extrême durée, est précisément caractérisée par une maîtrise de l’espace toujours plus élargie, par des déplacements sans cesse portés vers des frontières plus lointaines. Ces pérégrinations impliquent donc une maîtrise minimale du temps… On laisse entendre le rapide élargissement du cadre géographique des communautés : les déplacements de certains acheuléens africains pouvaient atteindre 100km. En Europe, entre -700 000 et -200 000, on observe des tendances voisines. »

          Grâce à ce compte rendu qui a la valeur d’un reportage on constate que ces comportements dans l’espace et le temps sont des indicateurs du balbutiement d’une intelligence humaine, qui à partir d’une conscience établie de son ‘Être-là’, elle acquiert la volonté d’aller ‘au-delà’. Selon ma thèse ce sont aussi des indicateurs d’un processus du développement d’une ‘Présence’ qui se densifie, inhérente au développement de la faculté d’acquérir de l’autonomie raisonnée de la part du genre Homo. Pour illustrer la signification que j’attribue à ce concept de ‘Présence’ je prends appui sur une déclaration de Stanislas Dehaene (remarquable neuroscientifique professeur au Collège de France) : « La pensée géométrique est assez ancienne. Il est très intrigant de voir que, il y a 1.6 à 1.8 millions d'années, les hommes, façonnaient déjà des objets aux propriétés mathématiques élaborées, notamment des pierres en forme de sphère, comme s'ils possédaient la notion d'équidistance à un point. On connaît également des dizaines de milliers de bifaces, ces outils pourvus de deux plans de symétrie orthogonaux : ils ont le même degré d'ancienneté, et leur perfection géométrique démontre une recherche délibérée de la géométrie, au-delà de la simple utilité fonctionnelle. Dès lors, je me demande si la capacité de représentation symbolique et récursive n’est pas apparue, dans un premier temps, indépendamment du langage, avant tout comme un système de représentation rationnelle du monde.

Le cerveau d'Homo erectus avait peut-être déjà atteint la compétence d'une machine de Turing universelle (sic), capable de représenter toutes les structures logiques ou mathématiques possibles. Peut-être est-ce une illusion, mais pour l'instant, notre espèce a réussi à comprendre l'organisation des structures du monde à toutes les échelles de l'Univers. Dans un deuxième temps, il y a environ 100.000 ans, on observe une explosion culturelle qui suggère un langage, une communication... On peut donc se demander s'il n’y a pas d'abord la mise en place d'un système de représentations mentales enchâssées, puis l'apparition d'une capacité à communiquer ces représentations. » Article de ‘La Recherche’, Octobre 2017.

D’emblée, je peux dire que je suis toujours étonné qu’une telle déclaration de S. Dehaene n’ait pas suscité la moindre discussion de la part d’autres scientifiques et philosophes en France. En effet, étant donné son originalité et l’avancée de notre connaissance qu’elle provoquerait, si elle s’avérait appropriée, elle aurait mérité évidemment d’être travaillée, analysée, bref soumise à un très sérieux débat. (Elle le mérite toujours). Il n’en fut rien et il n’en est toujours rien et je suis attristé d’être témoin de la faiblesse actuelle du débat intellectuel en France sur un sujet aussi essentiel.

D’après S. Dehaene, l’Homo primordial avait dès son surgissement, dans le monde, une présence complète, totale, absolue, dans l’univers et mon concept de ‘Présence’ vaudrait donc dans l’absolu dès l’apparition d’une intelligence humaine dans notre Univers. Il faut remarquer que le point de vue de Dehaene est en accord avec celui de P. Picq cité en note de bas de page (1). Toutefois je ne partage pas ce point de vue car je pense que la ‘Présence’ s’est développée, s’est intensifiée, au fur et à mesure que cette intelligence s’est développée dans le monde. En conséquence, je considère comme Dehaene et Picq : bien que celle-ci se soit enracinée avec l’émergence d’Homo erectus comme il est proposé, elle est toujours, encore, en voie d’évolution, et la ‘Présence’ se densifie, s’érige au fur et à mesure que l’être humain conquiert de la connaissance fondamentale sur la nature. Le fait de considérer que « Le cerveau d'Homo erectus avait peut-être déjà atteint la compétence d'une machine de Turing universelle (sic), capable de représenter toutes les structures logiques ou mathématiques possibles… notre espèce a(aurait) réussi à comprendre l'organisation des structures du monde à toutes les échelles de l'Univers », suggère que l’intelligence humaine première est immédiatement sous l’emprise de la détermination a priori implacable de notre univers, naturellement structuré.

Dans ce cas, le problème du libre arbitre de l’être humain est posé ainsi que celui de sa créativité. Actuellement de plus en plus de physiciens revendiquent l’existence a priori et la reconnaissance d’un libre arbitre chez le physicien créateur de connaissances contemporaines. On peut tout à fait concevoir, contrairement à ce qu’affirme S. Dehaene, que c’est l’évolution de l’intelligence humaine qui produit une conception structurée de l’univers. Cette conception que nous revendiquons actuellement étant représentative de l’état de l’art de nos connaissances sur ce sujet. En ce qui concerne : l’apparition d’une capacité à communiquer voire l’apparition d’un proto-langage, le résultat d’une étude très intéressante a été publié dans ‘Plos One’ en 2013, « Le langage et la conception d’outils ont-ils évolué ensemble ? », Natalie Uomini et Georges Meyer, ont précisé qu’il y aurait une concomitance sérieusement probable entre le début du développement du langage et la capacité à travailler le silex pour fabriquer des outils. Cela remonte à peu près à 1.75 million d’années et à cette époque de l’évolution vers Homo sapiens, Homo ergaster et/ou Homo erectus étaient les piliers de celle-ci.                                                                                          

Je ne peux pas adhérer au postulat de Dehaene affirmant que notre espèce a réussi à comprendre l’organisation des structures du monde à toutes les échelles de l’Univers car, à mon avis, nous ne le pouvons pas s’il n’y a pas eu préalablement la pratique d’un chemin d’acquisition de connaissances. Ce que nous avons actuellement identifié à propos de l’univers c’est du provisoire, c’est juste la représentation que nous en avons et elle est datée. Il n’est pas possible d’affirmer que nos connaissances actuelles sont abouties jusqu’à un stade final, sur ce sujet nous ne sommes pas libérés d’une représentation purement cosmogonique. Il suffit de se rappeler qu’Einstein, lui-même, à son époque, considérait que l’univers se limitait à notre galaxie et il pensait que tout cet ensemble était stable, immuable. Malgré cette croyance limitée cela ne l’a pas empêché d’inventer la remarquable loi de la relativité générale. Loi qui sera dépassée dans le futur, car nos connaissances ne peuvent qu’évoluer, bien qu’elle soit encore une source d’explication de l’existence des ondes gravitationnelles identifiées pour la première fois en 2015.

La problématique posée par le postulat de S. Dehaene est aussi celle que l’on rencontre avec l’interprétation majoritaire de la loi de la relativité générale qui a comme conséquence d’expliciter la théorie de l’univers bloc. C’est-à-dire, si on considère que la relativité générale est l’outil théorique permettant de rendre compte de ce qu’est l’univers, et bien son déterminisme absolu s’impose à son contenu : entre autres à nous : êtres humains. Conformément à son fondateur, la relativité générale nous propose une vision dépourvue de temps car elle se réfère à l’histoire entière de tout l’univers en un seul bloc, d’une façon ramassée, qui ne fait aucune référence à quoi que ce soit de notre expérience du moment présent. Aucune signification n’est attribuée à la notion de futur, de passé et de présent. Ce qui est réel physiquement est uniquement l’émanation de la structure causale. En conséquence, dans le cadre de l’incontournable chaîne causale, notre existence est annoncée, et complètement déterminée, dès le soi-disant Big Bang de l’univers !!

Je suis intéressé par les hypothèses formulées par S. Dehaene et les intuitions qui s’ensuivent. Ses travaux centraux de recherche concernent le cerveau et il a l’intuition de relier le développement de notre cerveau avec le développement de notre connaissance de l’univers. Ainsi on peut lire dans un interview du 23 septembre 2021 : « « Les conquêtes de notre cerveau sont aussi celles de la science. Je suis fasciné que notre cerveau parvienne à découvrir les lois de l’univers, depuis l’infiniment petit jusqu’à l’infiniment grand, jusqu’à se comprendre (sic) lui-même. C’est assez stupéfiant… on peut se demander pourquoi, au fur et à mesure que progressent nos recherches, l’Univers nous reste intelligible. Je rejoins ici Albert Einstein, qui disait que le mystère, c’est que l’univers soit compréhensible. Pourquoi ? Sans doute parce qu’au cours de son évolution notre cerveau a internalisé à la fois des modèles du monde extérieur et d’immenses capacités d’apprentissage. Ce que j’essaie de faire partager dans mon livre, c’est mon perpétuel sentiment d’émerveillement. »

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                                             La suite du chapitre ‘Présence’ sera publiée le 24/06/2022. La publication complète de ce chapitre se répartira sur 4 ou 5 semaines.

              P.S. Complémentairement à la citation de P. Picq dans la note (1) de bas de page, je cite un extrait d’un article du ‘Monde science et médecine’ du 15 juin 2022 : ‘Dans deux livres parus presque simultanément, les neuroscientifiques Thierry Ripoll et Sébastien Bohler avancent une même thèse : l’insatiable soif de croissance de l’humanité et la crise globale qui en découle seraient la conséquence de notre « câblage » cérébral.’

              Les deux auteurs croisent leurs analyses sur les déterminismes biologiques (sic) qui ont poussé l’humanité dans une course vers la catastrophe.

              Avec ces extraits de l’article j’ai évidemment privilégié les notions et les concepts qui imprègnent mon mémoire, ainsi, il en est de l’évolution du genre Homo, du fonctionnement cérébral, de l’inertie des déterminations et des déterminismes, de l’envie irrépressible de savoir, de la structuration de l’intelligence humaine déterminée dans son rapport avec la nature. Être de la nature/Être dans la nature, cohabitant en l’Être humain. Dynamique de l’émancipation de ‘l’Être dans la nature’ à l’égard de ‘l’Être de la nature’ : tensions et moteurs de l’évolution intellectuelle de l’Être humain.

              De Sébastien Bohler : « Le cerveau des vertébrés et des mammifères possède des structures cérébrales profondes, dont le système de récompense est, en son centre, le striatum. Cette structure nerveuse est responsable de cinq motivations de base encore à l’œuvre aujourd’hui chez l’être humain : manger, se reproduire, acquérir du statut social, minimiser ses efforts et glaner de l’information. Elle incite les êtres vivants à accomplir des comportements, garants de leur survie, sans limite fixée a priori, en leur donnant du plaisir sous forme d’une molécule, la dopamine. Les humains sont arrivés sur la scène de l’évolution en héritant de ces motivations de base.

              Il y a quelque 300 000 ans, l’émergence d’Homo sapiens est liée à l’expansion du cortex cérébral, qui nous confère le pouvoir d’abstraction, de langage, de planification, de coopération. Cette partie du cerveau est alors au cœur d’une foule d’interventions qui vont être tournées vers la satisfaction des désirs de base du striatum. Par exemple l’ingéniosité du cortex cérébral favorise la fabrication d’outils qui permettent de se procurer de la nourriture de façon plus maîtrisée et efficace. Suivront au néolithique, la culture des semences, l’élevage, la rationalisation des sols, les premières agglomérations. La production d’alimentation ne cessera d’augmenter jusqu’à l’agriculture industrielle. Aujourd’hui… »

              De Thierry Ripoll : « … Or l’évolution qui nous a aussi programmés pour croître est aveugle : elle ignore la finitude de la planète. D’où cette aporie : croître indéfiniment dans un monde fini. Heureusement, nous avons des connaissances et une conscience de ces limites. Nous sommes ainsi soumis à deux tensions contradictoires : celle issue de forces évolutives archaïques nous incitant à croître et celle issue de la partie la plus évoluée de notre cerveau nous enjoignant de prendre en compte les limites de la planète… c’est au cortex cérébral, intelligent, capable d’abstraction et de volonté de prendre les commandes… »

             

 

[1] De P. Picq, paléoanthropologue et enseignant au Collège de France, dans son livre (2016, édit Flammarion) : ‘Premiers hommes’ : page 336 : « Ce qui fait que notre évolution devient humaine depuis Homo erectus ne vient pas de l’invention des outils, de la chasse, du partage des nourritures, de l’empathie… mais de l’émergence de la condition humaine. Homo, comme le disait le grand éthologue Jakob von Uexküll, est un transformateur de monde par sa pensée et ses actions. Et en premier lieu, par sa puissance écologique qui l’emmène dans des écosystèmes de plus en plus diversifiés, ce que n’ont jamais pu faire les autres hominoïdes ou même les hominidés les plus proches – sinon les Homo erectus archaïques. Cette puissance écologique repose en outre sur une puissance biologique, physiologique et cognitive qui provient de ses innovations techniques et culturelles, comme le feu et la cuisson. » ; page 337 : « Entre 1,5 et 1million d’années, presque toutes les terres habitables de l’Ancien Monde appartiennent à Homo erectus. Il y a 1 million d’années, les populations d’Homo erectus règnent par leur diversité, leur intelligence (sic), leur prestance, leur mobilité, leurs outils et par le feu sur tout l’Ancien Monde. Ils poursuivent leur évolution biologique avec un cerveau toujours plus gros (1000 à 1300 cm3)… »

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10 juin 2022 5 10 /06 /juin /2022 10:28

Suite de la publication du 03/06/2022 correspondante au chapitre ‘Prologue’ du mémoire ‘L’Être humain est une réalité de/dans l’Univers’.

Ci-jointe la publication du 10/06/2022.

                                    ……………………………………………

A la lecture des auteurs que je cite ci-dessus, ce que préconisait Maurice Merleau-Ponty durant ses cours au Collège de France (1956-1960) : « Au ‘je pense’ universel de la philosophie transcendantale doit succéder l’aspect situé et incarné du physicien. », semble très progressivement être entendu, ½ siècle après coup.

Il n’en reste pas moins qu’aujourd’hui nous en sommes à la proposition de faire appel à l’intelligence artificielle pour dépasser les impasses théoriques[1] fondamentales répertoriées par la communauté scientifique ? Personnellement, je perçois cette proposition comme une incongruité, un renoncement et une défaite. Je suis encore plus dérouté lorsque je constate que ce sont ceux qui, comme l’a précisé S. Hossenfelder, par un véritable entêtement théorique, ont contribué à l’asphyxie de la pensée en physique théorique notamment dans le domaine de la physique des hautes énergies c’est-à-dire de la physique des particules élémentaires. J’admets que mon jugement personnel est raide, peu nuancé, mais en lisant le livre de S. Hossenfelder on peut considérer que le bilan proposé dans ce domaine confirme la réalité de ma désillusion.

Pour présenter ce qui est attendu de la part de l’Intelligence Artificielle (IA) en vue de traiter des problèmes scientifiques que l’intelligence humaine ne serait plus capable de traiter et résoudre, je me réfère à une première conférence inaugurale sur le sujet ayant eu lieu en septembre 2021 au CERN dont la présentation écrite en a été faite dans le CERNCourier de Janvier/Février 2022. Le titre de cet article : « Multidisciplinary CERN forum tackles AI » ; soit : « Le forum Multidisciplinaire au CERN s’empare du thème de l’IA ». L’article aborde l’objectif visant la conception d’une IA introspective (sic) qui serait capable d’examiner et d’améliorer son propre processus de diagnostic et permettrait ainsi de faire des prédictions qui lui serait propre. Evidemment on s’interroge durant ce forum sur l’opportunité d’essayer de réaliser de l’IA qui serait auto-consciente et semblable à l’humain. Avant d’avoir l’ambition de réaliser ce type de prothèse il est proposé de s’interroger sur sa pertinence, alors que nous ne comprenons pas encore, loin de là, le processus introspectif qui se déroulerait au sein de notre cerveau, au sein de notre conscience. Pourquoi, comment, vouloir faire de l’IA une solution quand on pressent que les algorithmes de l’IA ne seraient pas capables de faire face à la complexité du processus de décisions emprunté par les humains ? Finalement, il est considéré qu’il est préférable de faire le choix d’atteindre des objectifs plus réalistes en développant la ci-nommée ‘Technologie de l’IA forte’ qui pourrait résoudre des nouveaux problèmes toutefois en ligne avec des objectifs spécifiques. Suite à l’expression de cet objectif bien plus humble, il est malgré tout envisagé que potentiellement l’IA pourrait dépasser l’intelligence humaine et suggéré que l’IA pourrait être aussi créative que celle des humains !! 

Suite à cette très ambitieuse présentation générale je cite des extraits introductifs (traduits par mes soins) de l’article du 31/08/2021, recueilli dans la revue numérique du ‘CERN Courier’ qui a pour titre : ‘Stealing theorists’lunch’, soit : ‘Voler le déjeuner des théoriciens’. Cet article est concentré sur le sujet spécifique de l’exploitation de l’IA pour résoudre des problèmes de physique théorique et non des moindres. En préambule il est précisé que les techniques de l’intelligence artificielle (IA) sont utilisées en physique expérimentale des particules depuis au moins 30 ans (ce qui est exact à ma connaissance) et elles deviennent progressivement très répandues en physique théorique (sic).

L’IA exploitée dans le domaine expérimental, l’ancêtre de ce que l’on appelle l’IA forte, consiste à suppléer les physiciens pour assurer la détection et la sélection des évènements physiquement significatifs, prévus en rapport avec une théorie préalablement conçue. En effet parmi la foultitude des événements produits, lors de la collision de paquets de protons, dans les détecteurs, il est impossible d’isoler naturellement, simplement, les bons événements. Ainsi depuis une trentaine d’année, d’une façon empirique, il a été mis au point des algorithmes qui participent à la sélection des traces de particules présentant de l’intérêt. On peut concevoir qu’au cours du temps, ces algorithmes sont devenus de plus en plus sophistiqués et complémentaires pour atteindre des objectifs humainement et scientifiquement définis tout autant sur le plan qualitatif que quantitatif.

Pour illustrer mon propos, je choisis l’exemple de la découverte du boson de Higgs expérimentalement confirmée en 2012. Cette particule n’est pas directement visible dans les détecteurs parce que sa durée de vie est très petite, estimation la plus élevée de l’ordre de 10-20s, et on ne peut l’identifier qu’en la reconstruisant à partir de ses produits de désintégration qui ont des caractéristiques physiques prévues très précises. Dans ce processus d’identification des traces et de reconstruction, l’IA forte a toute sa place et elle est maintenant très performante. C’est de l’IA aussi nommée : supervisée, puisque ce sont les physiciens qui introduisent dans les algorithmes les paramètres physiques des événements recherchés dans les détecteurs. 

Revenons à l’article susmentionné ‘Voler le déjeuner des théoriciens’ dans lequel A. Anandkumar et J. Ellis répondent aux questions du journaliste de la revue en prédisant les possibilités. 

Question : « Comment l’intelligence artificielle pourrait créer un impact en physique théorique ? »

J. Ellis : « Pour dire les choses simplement : où va-t-on prochainement ? Nous avons le Modèle Standard qui décrit toute la matière visible dans l’univers avec succès, mais nous savons que la matière noire devrait être en dehors de celle-ci. Il y a des puzzles, tel que : quelle est l’origine de la matière dans l’univers ? Durant mon existence nous avons proposé, par-ci par-là, des bouquets d’idées pour empoigner ces problèmes, mais nous n’avons pas fait émerger de solutions. Nous avons été capables de résoudre quelques-uns de ces problèmes mais pas les autres. Est-ce que l’intelligence artificielle pourrait nous aider à trouver des nouveaux chemins pour attaquer ces questions ? Ce serait vraiment voler le déjeuner des physiciens théoriciens. »

A. Anandkumar : « Je pense que les premières étapes sont : ou bien on peut comprendre plus de physique basique et en conséquence être capable de produire des prédictions. Par exemple, est-ce que l’IA pourrait redécouvrir le Modèle Standard ? Un jour on peut espérer constater ce que sont les désaccords avec le modèle courant, et espérer formuler des meilleures suggestions. »

J.E. : « Un exercice intéressant pourrait être de prendre quelques-uns des puzzles que nous avons en ce moment et d’une certaine façon équiper un système d’IA avec le référentiel théorique que nous théoriciens exploitons, et laisser le système d’IA moins contraignant (sic) et regarder s’il produit quelque chose (de différent). Par exemple ces dernières semaines certains résultats d’expériences casse-tête mis en évidence ont amplifié les énigmes que ce soit avec les nouveaux résultats des désintégrations du méson B ou ceux du moment magnétique anomal du muon. Il y a beaucoup d’idées théoriques pour résoudre ces énigmes mais aucune ne me conviennent dans le sens de m’indiquer un chemin clair vers une nouvelle synthèse au-delà du Modèle Standard. Est-ce qu’il est imaginable que l’on puisse concevoir un système d’IA qui, si on le dote de la base des concepts, dont nous disposons, avec conjointement les anomalies expérimentales que nous avons identifiées, alors l’IA pourrait nous montrer le chemin ? »

Dans la première partie de l’article il est clairement exposé ce en quoi consiste cette alternative au renoncement à la capacité des physiciens à penser leurs erreurs, leurs errances, leurs conservatismes. Je donne suite à une autre partie interrogative suivante :

Est-ce que la créativité humaine est conduite par notre conscience, ou l’IA contemporaine peut-elle être créative ?

A. Anandkumar : « Les humains sont créatifs de si multiple façons. On peut rêver, on peut halluciner, on peut créer – donc comment peut-on construire ces capacités dans l’IA ? Richard Feynman avait la réputation de dire « Ce que je ne peux pas créer, je ne le comprends pas. » Il apparaît que notre créativité nous donne l’habilité de comprendre ce qui se passe à l’intérieur de l’univers. Avec le paradigme actuel de l’IA ceci est très difficile. Le paradigme actuel est exploité vers des scénarios dans lesquels l’entrainement et les tests répartis sont similaires, cependant la créativité réclame l’extrapolation – être capable d’imaginer entièrement de nouveaux scénarios. Donc l’extrapolation est un aspect essentiel. Pouvez-vous aller avec ce que vous avez appris vers l’extrapolation de nouveaux scénarios ? Pour cela nous avons besoin de quelques formes d’invariances et de compréhension des lois sous-jacentes. C’est ce qui fait que la connaissance de la physique en devenir dépend de la connaissance déjà acquise. Les humains ont des notions intuitives de physique dès le début de leur enfance. Nous les prélevons de nos interactions physiques avec le monde. Cette compréhension est au cœur pour obtenir que l’IA soit créative. »

Cela peut sembler facile, après coup, de dire que le risque voire le danger était prévisible, tôt ou tard, que nous soyons réduits en 2021 à penser devoir recourir à des prothèses intellectuelles constituées d’IA hypothétique pour sortir de l’impasse en physique des particules élémentaires. Facile après coup, mais personnellement j’ai eu ce fort pressentiment, que j’ai exprimé et développé dans l’article du 16/01/2016 sur mon blog, intitulé : ‘Et si notre pensée était mal placée’, lorsque j’ai lu le premier article d’arrivée en responsabilité de la nouvelle Directrice Générale du CERN, Fabiola Gianetti en janvier 2016 : « If new physics is there we can discover it, but it is in the hands of nature. » ; soit : « Si une nouvelle physique est là, nous pouvons la découvrir, mais c’est entre les mains de la nature. » Selon mon point de vue, il ne peut pas y avoir de découverte si notre pensée n’est pas préalablement posée sur la propriété physique ou l’objet physique à découvrir. (Voir l’exemple du boson de Higgs : théoriquement postulé en 1964, mais découvert effectivement 48 ans après). Demander à la nature de nous faire voir ce pourquoi nous n’avons pas encore établi de la signification est insupportable et erroné. La nature est tellement riche en possibles qui ont du sens, que de la part du scientifique il doit y avoir un investissement intellectuel préalable qui projette un premier éclairage d’intelligibilité potentielle sur le phénomène physique que nous choisissons d’ausculter. Comment est-il possible qu’il soit proposé à la communauté scientifique : faisons-nous spectateur, la nature se dévoilera d’elle-même ? Pourquoi serait-il possible d’ignorer maintenant que c’est dans la confrontation avec le ‘pas-encore-connu’, le ‘pas-encore-compris’, que l’être humain puise sa raison d’être et qu’ainsi il plonge en permanence son regard dans un horizon des futurs possibles à découvrir.

Bref, je suspecte qu’il y ait une redoutable corrélation entre ces propos tenus en 2016 par la Directrice Générale du CERN et que ce soit des physiciens du CERN qui proposent en 2020 de se reposer sur l’IA pour extraire de l’impasse, au moins deux fois décennale, la physique théorique des hautes énergies car, en effet, durant cette période le mur de l’impasse s’est encore élevé et s’est encore épaissi.

Avec la lecture de l’interview de F. Gianetti dans ‘La Recherche’ du 1er trimestre 2022, je me réjouis, qu’en 6 ans elle ait modifié son point de vue.  En effet, p.9, à la question posée par le journaliste de la revue : « Mais il y a-t-il de la place pour de nouvelles idées radicales en physique ? Comme celle qui voudrait que les lois de la nature ne soient pas si simples ni si symétriques que ce qu’on a supposé jusqu’ici ? », elle répond : « J’en suis convaincue. Le moteur de la recherche ce sont aussi les idées qui sortent des sentiers battus… Nos expériences sont conçues pour tenter de chercher une nouvelle physique dans le cadre de scénarios théoriques existants, mais aussi de manière ouverte et indépendante. En effet, la nature pourrait avoir choisi des réponses (sic) aux questions ouvertes que les scientifiques n’ont pas encore imaginées. »

Je propose de mettre en regard les deux dernières phrases de F. Gianetti, avec celles de J. Ellis que j’ai transcrit ci-dessus « … d’une certaine façon équiper un système d’IA avec le référentiel théorique que nous théoriciens exploitons, et laisser le système d’IA moins contraignant et regarder s’il produit quelque chose (de différent) » Dans une certaine mesure ils sont en phase pour appeler à se libérer des œillères théoriques actuelles, bien que F. Gianetti n’évoque pas l’idée, pour cette éventualité, du recours à l’IA. D’ailleurs je me demande, pourquoi les physiciens ne seraient pas suffisamment intelligents pour que, d’eux-mêmes, ils ne soient pas capables de desserrer le carcan de leurs propres théories ? Puisque comme elle le dit : « le moteur de la recherche ce sont aussi les idées qui sortent des sentiers battus », c’est aux chercheurs physiciens qu’il revient de remettre en activité ce moteur.

De plus, je propose de mettre en regard ce que nous dit A. Barrau et que j’ai cité ci-dessus : « Nous choisissons et inventons les rapports au(x) monde(s) que nous jugeons pertinents. Ils ne sont pas donnés, ils sont construits. », avec, là encore, ce qu’affirme F. Gianetti : « En effet, la nature pourrait avoir choisi des réponses (sic) aux questions ouvertes que les scientifiques n’ont pas encore imaginées. » La différence des points de vue épistémologiques saute aux yeux. La nature n’est pas active et elle ne choisit pas. C’est le sujet réflexif qui choisit et activement invente les questions à poser, ébauche des réponses : ce sont des hypothèses, et grâce au retour des expériences ce sont des échos plus ou moins francs, provoqués par nos hypothèses projetées, qui nous parviennent. Cette différence de point de vue n’est pas secondaire car s’y trouve explicitée la place de la valeur première de l’investissement nécessaire et préalable de l’intelligence humaine et son rôle incontournable. En conséquence, il ne sert à rien d’investir des sommes importantes dans des instruments de recherche si au préalable notre pensée n’est pas posée sur des perspectives correspondant à notre capacité d’entendement.

Bref, selon ma conviction, il faut considérer que la loi du développement de la connaissance de la nature est une loi de confrontation sans fin, directe, entre l’intelligence humaine et la nature. Il ne peut y avoir une délégation mythique à l’IA, bien que celle-ci soit fondée par l’Homme. Je fais totalement mien l’avis : « de ce qui nous rend humains », de F. Gianetti qui, dans l’interview cité de 2022, affirme p.11 : « Nous parlons ici d’un investissement à long terme dans le but de mieux comprendre comment fonctionnent la nature et l’Univers. Il s’agit d’une quête intrinsèque à ce qui nous rend humains : nous ne pouvons pas l’arrêter. » C’est enfin une vision lucide, très juste et très enthousiasmante !

A ce stade le chapitre ‘Prologue’ est complètement publié.

La prochaine publication, le 17/06/2022, ouvrira le chapitre ‘Présence’ du mémoire. La publication complète de ce chapitre sera répartie sur 4 à 5 semaines.

 

[1] Voir les pages du ‘Monde’, ‘science et médecine’ du 8/6/2022

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