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18 juin 2023 7 18 /06 /juin /2023 11:59

La physique au risque de la préhistoire

Le titre de cet article que je propose est directement inspiré de celui du livre qui vient d’être publié : « La philosophie au risque de la préhistoire », de Philippe Grosos, édit. Du Cerf, Avril 2023. Inspiration légitime car dans la Grèce antique, la physique était considérée comme une des trois branches de la philosophie. La distinction de la physique de la philosophie s’est franchement engagée au cours du XVIIe siècle. Dans ce livre fort intéressant que je conseille vivement de lire et d’étudier se trouve exposé le concept de l’ontologie présentielle. Cette ontologie et l’histoire de son émergence comme vous pourrez le constater est fort semblable à mon concept de ‘Présence’ que je porte depuis l’article du 2/11/2012 : ‘Un monde en ‘Présence’’, conforté avec l’article du 21/07/2015 : ‘La seconde naissance de l’homme’ et puis dans l’article du 27/05/2014 : ‘Persévérons car cela progresse dans le bons sens… mais lentement, en zigzag.’ Article dans lequel j’écris :

« Dans la suite de l’article il est encore spécifié comment D. Mermin pense avoir craqué le mystère de la mécanique quantique. C’est globalement les Qbists qui l’ont convaincu. Or, à leur égard j’exprime une sérieuse réserve puisqu’ils prennent en compte la subjectivité, la présence avec un p minuscule, alors qu’à mon sens il doit être pris en compte la ‘Présence’ constitutive du sujet pensant qui enracine la conscience fondamentale de son existence, c. à d. : ‘Présence’ qui est la racine de l’Anthrôpos. D. Mermin est tellement convaincu d’avoir craqué le mystère de la mécanique quantique qu’il affirme que la bizarrerie probabiliste de la mécanique quantique est dans la tête des physiciens, ‘c’est vraiment aussi simple que cela’(sic). »

Au cours de la lecture de ce livre je privilégie ce que l’auteur développe à propos du mode d’être participatif et du mode d’être présentiel.

La préface de Jean Guilaine[1] (Professeur au Collège de France) rend compte clairement de ce qui est en jeu avec la thèse développée page après page par Ph. Grosos. Il s’agit donc de rendre compte en remontant aux sources d’expliquer le processus au cours duquel « une image centrale de l’homme s’est mise en place. A la masse des millénaires antérieurs au cours desquels les humains vivaient sous le joug des lois de la nature, la néolithisation, vers 10 000 ans avant notre ère, a favorisé l’engendrement de cette mutation. Car l’humain néolithique ne se considère plus comme un animal parmi d’autres, mais se positionne désormais au sommet de la hiérarchie du vivant. Notre auteur a bien saisi cette mutation d’un axe horizontal où l’humain côtoyait la bête, à un axe vertical dont il occupe désormais le sommet. »

Ci joints quelques extraits de quelques pages du livre, sélectionnés par mes soins, qui correspondent à mon tropisme de l’émergence de la ‘Présence’ du sujet pensant physicien.

Page 38 : « Il faut en outre envisager l’émergence de la philosophie au sein d’un monde où l’humain, depuis plusieurs millénaires, a pu se penser lié voire fixé à un sol, à une terre, installé en elle au point de pouvoir la dire sienne, dans un rapport naissant mais croissant de domestication à l’égard de son environnement, et déjà suffisamment habile pour induire un rapport de maîtrise sur un grand nombre de vivants (végétaux, animaux et même humain). Qui veut penser la naissance de la philosophie doit pouvoir se demander jusqu’où celle-ci est redevable d’un mode d’être au monde en lequel l’humain, ayant depuis longtemps acquis l’écriture, vit au sein des cités-Etats… Car commencer penser que, de tout cela, la philosophie ait pu s’exempter (sic) ? Comment croire que sa naissance même ait pu en faire abstraction (re-sic)[2] ?

Parvenir à prendre au sérieux et à comprendre l’enjeu de ce mode d’être en lequel la philosophie est née suppose donc de porter attention à une très longue durée, à une très longue ancienneté de l’histoire humaine, bien antérieurement à la seule et tardive période de l’antiquité qui voit naître cette discipline nouvelle… »

Page 53, l’auteur exploite les données propres de l’art figuratif à l’articulation de la toute fin des cultures de chasseurs-cueilleurs, avec tout le début de l’arrivée du processus de néolithisation pour inférer que « l’humain fera alors clairement son apparition, sortant ainsi du semi-anonymat en lequel il était comme confiné lors du Paléolithique récent… En effet, l’accent est alors clairement mis en la présence humaine. Et si tel est le cas, cela ne tient pas tant au fait que l’humain se figure explicitement, qu’à celui qu’il se figure désormais comme le centre à partir duquel toutes les autres représentations prennent sens… » Page 58 : « Il est indéniable que l’art figuratif d’Homo sapiens témoigne d’une singulière proximité, que nous ne connaissons aujourd’hui plus, avec le monde animal. Qui fréquente ces œuvres ne peut en effet qu’être chaque fois surpris, stupéfait même, par le degré d’intimité qui rapporte les êtres humains aux bêtes. Ils les pistent, les observent, en connaissent intimement l’anatomie la plus précise au point d’en reproduire très fidèlement l’image, sans les avoir sous les yeux. Plus encore, la configuration des œuvres sur les parois donne très souvent l’impression qu’ils les devinent, les anticipent et les sentent… Bref, cela signifie que si ces humains-là ne se conçoivent pas comme des animaux parmi d’autres, ils se pensent toutefois comme des vivants parmi les vivants. Ou encore qu’ils ont un rapport profondément participatif au vivant, et que ce rapport s’énonce par la figuration de la diversité animale. En ce sens, il est possible de nommer participatif ce mode d’être qui a singularisé le comportement et les mentalités des humains lors du paléolithique récent.

Or tout autre est manifestement le mode d’être au monde des humains, tel qu’il se met relativement rapidement en place, une fois amorcé le processus de néolithisation. Dès lors, tout se passe comme si ces derniers tendaient à affirmer leur présence. Leur présence et non seulement visibilité. C’est pourquoi ils ne se contentent pas de se figurer ; ils se figurent comme le centre rayonnant à partir duquel tout autre vivant devient visible, voire prend sens. »

Toutefois l’auteur a mis en évidence, grâce à l’étude de certaines sculptures et gravures du Paléolithique récent, des périodes de transition d’un mode d’être au monde de type présentiel en pleine période participative. Il les nomme des phases proto-présentielles au sein d’un mode d’être participatif au monde. Il y a bien eu une mise en place progressive d’une ontologie de type présentiel, en se détachant d’une ontologie de type participatif.

Finalement dans sa conclusion l’auteur affirme, page 200 : « l’anthropocentrisme est fondateur de la philosophie, parce qu’il est, plus originairement encore, l’élément clé de l’ontologie présentielle en laquelle elle s’inscrit et dont elle dépend. »

Ci-joint un extrait de la publication du 17/06/2022 sur mon blog correspondant à une synthèse de mes multiples articles sur le thème de la ‘Présence’. Ce chapitre de mon mémoire comprend 3 autres éditions supplémentaires, le 24/06 ; 01/07 ; 08/07/2022

J’emploie le terme de : ‘Présence’, pour évoquer l’érection d’une première intelligence spéculative dans le monde. C’est-à-dire une intelligence qui soit en mesure d’observer, méditer, raisonner, calculer, théoriser, mémoriser, l’expérience. Celle-ci, en l’état actuel, fruit du développement au sens Darwinien, est représentée par l’intelligence de l’homme moderne que nous incarnons aujourd’hui. Il est raisonnable de considérer que cette première intelligence spéculative a émergé il y a environ 2 millions d’années et c’est le plus souvent Homo erectus[3] qui est cité comme le vecteur premier de cette intelligence. Au tout début de son émergence le cerveau d’Homo erectus le plus archaïque pèse entre 800 et 900 gr. Les paléoanthropologues nous disent qu’à cette époque ‘l’homme si primordial’, ‘balbutiant’ n’avait aucune capacité de négocier avec la Nature ni de gérer les ressources que celle-ci lui proposait. Elle était dominante, lui dominé. Pourtant, comme nous le dit : Jean Guilaine (professeur au Collège de France, ‘La Seconde naissance de l’Homme’, page 57), « Au Paléolithique archaïque, aux alentours de 1,9 million d’années, l’analyse de la documentation fournie par plusieurs sites africains montre une gestion des matières premières fondée sur un certain rapport à l’espace (et donc au temps). A Oldowaï, (Afrique Australe) les matériaux bruts nécessaires à la taille ont été apportés de sources distantes de 3 km. De gîtes plus lointains, entre 9 et 13km, on n’a ramené que des outils finis, après avoir laissé sur place blocs et déchets. Dans ces cas le temps nécessaire pour parvenir aux gîtes respectifs envisagés est une notion intellectuellement assimilée. Ces indices, parmi les plus anciens observés, donnent une première idée de l’espace prospecté et, de ce fait, du temps mis à le parcourir. Jehanne Féblot-Augustins met ces données en rapport avec les capacités cognitives des hominidés pour constater que l’investissement technique en vue d’activités futures, c’est-à-dire la faculté d’anticipation, l’évaluation des travaux à venir demeurent faible : apparemment ces populations vivent dans le court terme. L’histoire des temps paléolithiques, dans leur extrême durée, est précisément caractérisée par une maîtrise de l’espace toujours plus élargie, par des déplacements sans cesse portés vers des frontières plus lointaines. Ces pérégrinations impliquent donc une maîtrise minimale du temps… On laisse entendre le rapide élargissement du cadre géographique des communautés : les déplacements de certains acheuléens africains pouvaient atteindre 100km. En Europe, entre -700 000 et -200 000, on observe des tendances voisines. »

Il est clair que Philippe Grosos assure avec succès, en tant que philosophe, grâce à la publication de son livre, une démonstration de l’émergence et des conditions de cette émergence, d’une ontologie présentielle depuis les profondeurs du temps passé. Ce fut pour moi dans le cadre de la science physique et pour tenter de combler ses apories contemporaines que j’ai formulé cette hypothèse de la ‘Présence’.

Mon concept de ‘Présence’ est semblable à celui de Ph Grosos, puisqu’il est une ontologie. Toutefois, c’est une ontologie qui s’affirme au fur et à mesure que l’être humain conquiert de nouvelles connaissances à propos les lois de la nature. Pour rendre compte de ce processus, j’évoque l’évolution de l’Être dans la Nature qui accroit sa verticalité sur la nature et concomitamment du haut de son belvédère réduit la place de l’Être de la Nature qui est une source de déterminations voilant encore et toujours l’intelligence de l’Être humain. Tous deux cohabitant chez l’Être humain ce qui fait qu’il sera toujours un conquérant.

 

[1] Coïncidence ? C’est au cours d’un échange épistolaire que j’ai eu en 2016 avec Jean Guilaine que j’ai été conforté sur le bien-fondé de mon hypothèse de ‘Présence’. Je l’en remercie encore.

[2] Il est évident que ce questionnement, doit être repris mot pour mot en changeant le mot philosophie par le mot physique et en utilisant le présent : « puisse toujours s’exempter ? » et « puisse encore en faire abstraction ? » Car telle est la situation en physique, dite ‘science dure’ qui est considérée transcender l’histoire de l’évolution de l’être humain qui la pense et l’explicite peu à peu.

[3] De P. Picq, paléoanthropologue et enseignant au Collège de France, dans son livre (2016, édit Flammarion) : ‘Premiers hommes’ : page 336 : « Ce qui fait que notre évolution devient humaine depuis Homo erectus ne vient pas de l’invention des outils, de la chasse, du partage des nourritures, de l’empathie… mais de l’émergence de la condition humaine. Homo, comme le disait le grand éthologue Jakob von Uexküll, est un transformateur de monde par sa pensée et ses actions. Et en premier lieu, par sa puissance écologique qui l’emmène dans des écosystèmes de plus en plus diversifiés, ce que n’ont jamais pu faire les autres hominoïdes ou même les hominidés les plus proches – sinon les Homo erectus archaïques. Cette puissance écologique repose en outre sur une puissance biologique, physiologique et cognitive qui provient de ses innovations techniques et culturelles, comme le feu et la cuisson. » ; page 337 : « Entre 1,5 et 1million d’années, presque toutes les terres habitables de l’Ancien Monde appartiennent à Homo erectus. Il y a 1 million d’années, les populations d’Homo erectus règnent par leur diversité, leur intelligence (sic), leur prestance, leur mobilité, leurs outils et par le feu sur tout l’Ancien Monde. Ils poursuivent leur évolution biologique avec un cerveau toujours plus gros (1000 à 1300 cm3)… »

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