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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 14:54

Un Monde en ‘Présence’ II

Dans le présent article, je propose de consolider la validité du titre de celui que j’ai posté le 2/11/2012 : ‘Synthèse, un Monde en ‘Présence’’. A cette occasion, j’ai évoqué le caractère inexpugnable de la présence du ‘sujet pensant’ qui, en conséquence, marquerait les lois et/ou les propriétés rendant compte de notre compréhension de la Nature. C’est aux très petites échelles de la mécanique quantique que ces conséquences devraient être décelables. Avec l’hypothèse τs, je propose un indicateur de cette ‘Présence’ inexpugnable. J’attribue à ce ‘Temps propre du Sujet’ une valeur quantitative (présentement, je propose une estimation d’une valeur seuil) et aussi des valeurs qualitatives que j’ai tenté de répertorier[1].

Je conçois qu’un lecteur de ‘Un Monde en ‘Présence’’ comprenne toutes ces propositions comme s’inscrivant dans le corpus d’une métaphysique qui me serait propre, et donc ce ne sera pas de sitôt que le cap de la véracité scientifique sera atteint. Toutefois cela fait plus de cinq ans que je développe ce sujet et j’ai eu l’occasion de constater des convergences très significatives avec des travaux fondés sur des bases et des hypothèses très différentes. Les convergences sont là, encourageantes, elles ont déjà été citées. De même j’ai proposé des expériences qui pourraient valider (ou invalider) l’hypothèse de la ‘Présence’[2].

Dans le présent article, mon propos est de mettre en évidence des nouvelles convergences qui vont réduire – j’ose l’espérer – d’une façon significative, tout ‘reproche’ d’un a priori métaphysique. Il s’agit de convergences avec les travaux de Stanislas Dehaene[3]exposés dans son cours de l’année 2012[4]au Collège de France dans le domaine des sciences cognitives. (La page 5 de ce cours contient une remarquable synthèse rigoureusement ciselée des idées maîtresses de S. D.)

Premièrement, il considère que la confrontation oscillante de ‘l’être de la nature’ et ‘l’être dans la nature’ qui caractérise l’être humain, joue un rôle primordial dans le processus de l’évolution humaine. Citons : « L’architecture du cortex pourrait avoir évolué pour réaliser, à très grande vitesse et de façon massivement parallèle, des inférences Bayésiennes. L’algorithme utilisé pourrait expliquer la manière dont notre cerveau anticipe le monde extérieur. » « Le bébé semble doté, dès la naissance, de compétences pour le raisonnement plausible et l’apprentissage Bayésien, combinant de façon quasi optimale les a priori issus de notre évolution et les données reçues du monde extérieur. »

Donc selon S. D. :

1 – Au niveau le plus spécifique qui fait que nous sommes des êtres vivants dotés de la faculté de penser et de la faculté de langage nous sommes le fruit de l’évolution, c’est-à-dire le fruit de la confrontation entre les lois de la nature qui nous ont originairement déterminés et les lois qui nous deviennent propres et assurent la dynamique de notre survivance et de notre développement.  En ce sens nous sommes pleinement des êtres de la nature. 

2 – Dès la naissance nous sommes des êtres dans la nature et à ce titre nous recevons des données du monde extérieur. Nous cogitons ces données, et se met en place un processus d’anticipation qui sans cesse contribue à la consolidation et au développement de la position de surplomb de l’être dans la nature. A ce titre nous sommes pleinement des êtres dans la nature.

Deuxièmement, S.D. nous dit que, selon ses observations : « Nos décisions combinent un calcul Bayésien des probabilités avec une estimation de la valeur probable et des conséquences de notre choix. » « Le cortex réaliserait à très grande vitesse… des inférences[5] Bayésiennes.[6] » A très grande vitesse certes ! Mais pas instantanément. Tout processus d’estimation et de décision de la part du sujet pensant requière une durée. Le sujet pensant est toujours pris par un processus par lequel il infère, qu’il en soit conscient ou pas ; il ne peut pas se satisfaire de l’immobilité qu’engendrerait la certitude absolue, définitive, atteinte une bonne fois pour toutes. La mobilité de sa pensée est la condition de son existence. C’est à partir de ces considérations que j’ai été amené, depuis plusieurs années, à formuler l’hypothèse de τs.

C’est pour ces raisons que je l’ai qualifié d’existential et que je lui ai attribué une durée temporelle insécable.    

Il correspond aussi à un point aveugle de notre intelligence car pendant cette durée l’être humain n’est pas disponible.

Je me réjouis de cette rencontre avec les travaux de S. Dehaene car, depuis longtemps, j’ai la conviction que le cloisonnement des connaissances révélé par celui des différentes sciences est particulièrement stérilisant. (« Sommes-nous des scientifiques dès le berceau ? » est l’intitulé de son récent  cours du : 08/01/2013. La réponse est oui, d’une certaine façon. Donc immédiatement la question suivante est : « Est-ce que le scientifique adulte est un scientifique de la même façon ? Est-il capable d’échapper, de transcender, cette certaine façon après avoir suivi un cursus d’éducation en physique conséquent ? » Si la réponse est ‘Non’, cela veut dire que nos connaissances scientifiques sont déterminées par ce que nous sommes dès la naissance, et celles-ci ne peuvent pas être considérées comme universelles.)

Cela n’est pas simple d’établir des passerelles appropriées entre des domaines de connaissances qui se sont constitués avec des méthodes et des critères de validité distincts. Nos grands ancêtres y sont pour quelque chose. Rappelons-nous que pour Descartes les mathématiques ne livrent la vérité sur le monde qu’en tant qu’elles traduisent une certitude de l’entendement et pour Kant « On ne peut trouver de science à proprement parler que dans l’exacte mesure où il peut s’y trouver de la mathématique. »  

Dans l’article du 11 /9/2012 : « Faire alliance avec les linguistes pour avancer », j’ai indiqué qu’il y avait des rencontres très fertiles qui pouvaient se produire entre des concepts, des résultats, des analyses, des observations, provenant de domaines scientifiques distincts. Il y a aussi des préconisations qui ne devraient jamais rester silencieuses aussi longtemps. Je pense notamment à celle énoncée par Maurice Merleau-Ponty : « Au ‘je pense’ universel de la philosophie transcendantale doit succéder l’aspect situé et incarné du physicien[7] ».

Régulièrement on me reproche de prendre le risque de vouloir rapprocher des domaines de connaissances qui jouissent de degrés de liberté d’interprétation très différents et à ce titre il y aurait une incompatibilité fondamentale à vouloir les juxtaposer et de puiser dans l’un pour enrichir l’autre. Ce reproche est acceptable et il faut intellectuellement rester vigilant pour en minimiser les  inconvénients. En plus, il me semble que c’est en soumettant à la critique des autres ces rapprochements que l’on peut mieux border cet inconvénient potentiel. C’est exactement ce que je fais en éditant l’article aujourd’hui.   

 



[1] Article du 2/11/2012 : Synthèse : un Monde en ‘Présence’

[2] Idem.

[3] Titulaire de la ‘Chaire de Psychologie cognitive Expérimentale’

[4] Cours accessible sur le site du Collège de France. 

[5] Inférence : opération logique par laquelle on admet une proposition en vertu de sa liaison avec d’autres propositions déjà tenues pour vraies.

[6] Voir mon article posté le 2/11/2012 :’Thomas Bayes dans le cerveau.

[7] Relevé de notes de cours au Collège de France.

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Published by mc2est-cesuffisant
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