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29 mars 2016 2 29 /03 /mars /2016 15:06

Petit dialogue sur le sujet des ondes gravitationnelles : prolongations.

Petit dialogue :

Question posée le 18/03 sur le site de Samir Amoun :

Avec l’annonce de la détection d’une onde gravitationnelle, nous lisons dans les articles que les ondes gravitationnelles engendrent des ondes de (dans) l’espace-temps. N’y a-t-il pas là une contradiction car la prédiction des ondes gravitationnelles résulte de la loi de la relativité générale. La R.G. est fondée sur la propriété fondamentale de la covariance que l’on appelle encore invariance par difféomorphisme. Cette propriété met en évidence une invariance de fond (A. Barrau), que l’on peut interpréter encore comme un principe d’indifférence (Th. Damour). Finalement cette invariance conduit à annuler effectivement l’hypothèse de l’existence de l’espace-temps. Comment expliquer ce hiatus ?

Réponse donnée sur le site le 20/03 :

  • SMC Quantum Physics Dit:

20th March 2016 at 9:43 pm

Cher Philip Maulion,

Ceci est un sujet qui se trouve au cœur de la gravité quantique. Comme vous le dites, « l'invariance par difféomorphisme » conduit à la conclusion que le champ métrique à partir duquel nous définissons la relativité générale ne correspond pas lui-même à un objet physique (voir "hole argument" et "manifold sustantialism"). Au contraire, l'espace-temps est identifié avec le champ gravitationnel (c.a.d. avec le champ dynamique). Cette interprétation est à la base de la gravité quantique à boucles. Un exposé complet se trouve dans le livre de Carlo Rovelli "Quantum Gravity" (section 2.3.2 ‘la disparition de l’espace-temps’). Néanmoins l'espace-temps est toujours bien présent dans la théorie, sous cette nouvelle forme dynamique, qu'ici nous appelons le "métabolisme" de l'espace-temps. Ainsi donc, pour répondre à votre question: ce qu'on appelle l'espace-temps et le champ gravitationnel sont ultimement la même chose. Puisque que c’est un objet dynamique, ce n'est pas très étonnant qu'il contienne des oscillations qui se propagent dans sa structure.

Prolongations :

La réponse vise à préserver coûte que coûte, au prix de ce que je considère être une série de contorsions, l’originalité essentielle de la relativité générale qui « façonne elle-même la scène sur laquelle elle se joue » On comprend l’intérêt et l’obligation pour les fondateurs de la gravité quantique à boucles de préserver le pureté fondamentale de la pensée einsteinienne mais il ne faut pas oublier qu’en tant que réaliste Einstein a attribué en relativité à l’espace-temps un statut presque matériel. Ce qu’Einstein ne réussit pas finalement à prouver. Enfin pour accréditer l’idée que les arguments proposés de la réponse puissent être matière à controverse je cite J.M. Lachièze-Rey : « Un champ physique, quelle que soit sa nature, est défini sur l’espace-temps. », p.29, dans : ‘la nature de l’espace et du temps’, présentation du débat sur ce sujet entre Hawking et Penrose, 1997.

En premier lieu, il est incontestable que la courbure de l’espace-temps observée, via par exemple la déflexion de la lumière, est la manifestation observée de l’action du champ gravitationnelle généré par le (les) objet(s) massif(s) dans le voisinage de la déflexion constatée. Quand à cette occasion on décrit la courbure de l’espace-temps c’est exactement comme si on décrivait l’action du champ gravitationnel sur l’espace-temps avec les valeurs qui le caractérise. A ce niveau, c’est-à-dire en amont de la réponse qui est proposée ci-dessus il y a accord, bien que j’évoque plutôt l’action du champ gravitationnelle. Cf : Th. Damour, : « Le mouvement gravitationnel n’est plus décrit comme étant dû à une force, mais est identifié au mouvement « le plus inertiel possible » dans un espace-temps dont la chrono-géométrie est déformée en présence d’une distribution de matière-énergie. » Ou encore : « L’espace-temps est devenu, en 1915, un « champ » physique (identifié au champ gravitationnel), c’est-à-dire une entité dynamique influencée par et influençant la distribution de matière-énergie qu’il contient. »

A ce stade de la réflexion, il est communément admis que si on pense en terme de champ gravitationnelle, cela estompe, jusqu’à effacer : penser en terme d’espace-temps. Cela est expressément signifier dans la réponse ci-dessus : Au contraire, l'espace-temps est identifié avec le champ gravitationnel (c.a.d. avec le champ dynamique). Le point de vue des réalistes est que la primauté de la réalité est attachée au champ gravitationnel, et l’espace-temps n’en est qu’un succédané, un aspect, auquel on fait référence par commodité. L’idée d’engendrement exprimée par Th. Damour (conférence en 2000) renforce à son paroxysme cette conception : « La théorie d’Einstein affirme donc que la chrono-géométrie de l’espace-temps est un « champ » modifié par la présence de masse-énergie. Dans ce « champ chrono-géométrique de l’espace-temps engendré par la présence de masse énergie… » Citons encore : J. M. Lachièze-Rey, dans ‘Au-delà de l’espace et du temps’, édit. Le Pommier, 2003, p117 : « Dans la pratique, par commodité (sic), on choisit tout de même de l’exprimer (la covariance) dans un certain espace-temps, mais ce choix est arbitraire. Cette possibilité de déplacements arbitraires fait finalement perdre aux points toute réalité, toute importance. Les seules choses qui comptent, ce sont les valeurs des grandeurs transportées, comme les tenseurs de courbure. Peu importe le point auquel elles sont attachées. » Le prolongement logique de cette assertion est proposée par A. Barrau, dans ‘Big Bang et Au-delà’, Dunod 20015, p77 : « Le cœur de la théorie d’Einstein, c’est l’invariance de fond : le fait qu’il n’existe plus aucune structure « figée » dans l’univers, le fait que tout est dynamique et en interaction, le fait que l’espace-temps est un champ comme un autre régi par des lois d’évolution. Cette idée un peu vague (sic) admet une traduction mathématique très rigoureuse que l’on nomme l’invariance par difféomorphisme. »

Etant donné tout ce qui précède, il est difficile d’adhérer passivement à l’affirmation ci-jointe dans la réponse donnée : « Ainsi donc, pour répondre à votre question : ce qu'on appelle l'espace-temps et le champ gravitationnel sont ultimement la même chose. »

Tout ce qui est dit ci-dessus se réfère à l’échelle classique dans la mesure où aucune contrainte quantique n’est présupposée. Le passage à l’échelle quantique, notamment avec la gravité quantique à boucles, impose pour qu’il y ait validation que la contrainte de la covariance (autrement dit, l’invariance par difféomorphisme) soit strictement respectée.

Selon C. Rovelli, il est difficile de considérer que l’espace-temps est, dixi Barrau: un champ comme un autre. Dans son livre ‘Par-delà le visible’ O. Jacob, (janvier 2015), P162 : « En un certain sens, l’espace n’existe plus dans la théorie fondamentale : les quanta du champ gravitationnel ne sont pas dans l’espace. De la même façon, le temps dans la théorie fondamentale n’existe plus : les quanta de gravité n’évoluent pas dans le temps. C’est le temps qui naît comme conséquence de leurs interactions. Le temps doit émerger, comme l’espace, du champ gravitationnel quantique. » Au niveau quantique se trouve donc réaffirmé la primauté du champ gravitationnel. P. 168, finalement, « Le monde que décrit la théorie est loin de celui qui nous est familier. Il n’y a plus d’espace qui « contient » le monde ni le temps au « cours duquel » se produisent les faits, mais des processus élémentaires où des quanta d’espace et de matière interagissent sans arrêt. »… P169, « Ce processus ne se produit pas dans le temps, de même que les grains d’espace ne sont pas dans l’espace. Le processus est en soi le déroulement du temps, de même que les quanta de gravité ne sont pas dans l’espace, étant eux-mêmes l’espace. »

In fine, p177 : « Les particules sont des quanta de champs quantiques ; la lumière est formée des quanta d’un champ ; l’espace n’est qu’un champ (ici, posons-nous la question : engendré ou pas ? : réalité par lui-même ou pas ?) lui aussi quantique ; et le temps naît à partir des processus de ce même champ. Autrement dit, le monde est entièrement fait de champs quantiques.

Ces champs ne vivent pas dans l’espace-temps ; ils vivent, pour ainsi dire, les uns sur les autres : des champs sur des champs (sic). L’espace et le temps que nous percevons à grande échelle sont l’image floue et approchée d’un de ces champs quantiques : le champ gravitationnel.

Les champs qui vivent sur eux-mêmes, sans besoin d’un espace-temps pour leur servir de substrat, et capables d’engendrer eux-mêmes l’espace-temps, sont appelés champs quantiques covariants. La substance dont le monde est fait s’est radicalement simplifiée ces dernières années. Le monde, les particules, l’énergie, l’espace et le temps ne sont que la manifestation d’un seul genre d’entité : les champs quantiques covariants. »

N’oublions pas que la gravité quantique à boucles n’est obtenue que par la quantification de l’espace et du temps, et de là il est prétendu que quantification de l’espace-temps = quantification de la gravité. P153 : « L’espace est le champ gravitationnel et les quanta du champ gravitationnel seront des quanta d’espace : les constituants granulaires de l’espace. » De ce résultat, il s’avère que l’espace et le temps sont seuls vraiment saisissables, par le sujet pensant, et traitables si on croit à cette théorie. En conséquence on peut s’étonner que le sujet pensant mathématicien minore à ce point le substrat qui anime sa pensée. Il la minore au point de postuler qu’elle n’a pas de réalité physique propre.

Dans le livre déjà cité d’A. Barrau, on peut lire, p122 : « Si ce modèle était correct, il s’agirait bien sûr d’une immense révolution. Il ne décrit pas le mouvement ou la composition d’objets se trouvant dans l’espace et le temps mais de l’espace et du temps eux-mêmes. L’Univers y apparaît alors comme une collection de champs quantiques en interaction. Il n’y aurait plus aucune « métastructure » sur laquelle ces champs se déploieraient. Aujourd’hui, la dynamique de cet espace-temps quantique, granulaire, commence à être bien comprise grâce à plusieurs approches complémentaires. Vraie ou fausse, le fait est que la théorie réussit le tour de force consistant à concilier les éléments fondateurs de la relativité d’Einstein d’une part et de la mécanique quantique d’autre part. »

On peut considérer que j’ai pesamment cité C. Rovelli mais il m’a semblé nécessaire de procéder ainsi parce qu’il y a mon sens de bonnes raisons de s’interroger. Ainsi dans cette assertion : « Les champs qui vivent sur eux-mêmes, sans besoin d’un espace-temps pour leur servir de substrat, et capables d’engendrer eux-mêmes l’espace-temps… », il y a donc matière à réflexion.

Maintenant atterrissons :

Atterrissons aux US, où récemment pour la première fois une onde gravitationnelle a été détectée. C’est une onde qui a modifié la position spatiale de chacun des miroirs des interféromètres à des instants très légèrement différents. Cette onde aurait été émise par le mouvement très rapide de deux trous noirs qui auraient finalement fusionné et en conséquence à cause de cette variation brusque et locale, de la distribution de masse-énergie ils auraient provoqué un ébranlement se propageant à la vitesse C : onde de déformation de l’espace-temps qui se propage dans l’espace-temps, selon Th. Damour, qui de plus rappelle : « A cause de l’identité entre le champ espace-temps et le champ gravitationnel ces ondes s’appellent aussi « ondes gravitationnelles ». F. Combes est moins précise : « Les ondes EM se propagent dans l’espace. Les ondes gravitationnelles : c’est l’espace qui se déforme. » Voir son dernier cours 2016 du Collège de France.

L’équation de propagation de cette onde gravitationnelle s’inscrit formellement dans l’espace et le temps de l’observateur et produit son effet sur les détecteurs dans ce cadre. Certes au cours de sa propagation à la vitesse C, c’est spécifiquement l’espace qui a ondulé à partir de la région d’émission jusqu’au lieu de réception pendant une durée de l’ordre de 1,2 milliard d’année. C’est donc l’espace-temps qui est le contexte formel pour rendre compte de l’évolution de cette onde. Cf. Th. Damour, p297 : « Nous avons discuté ici de la propagation d’une onde gravitationnelle dans un espace-temps de fond décrit par la métrique de Minkowski. On peut aussi considérer la propagation d’une onde dans un espace-temps de fond courbe, c’est-à-dire étudier les solutions d’Einstein… »

C’est avec la RG et ceci dès les prémices de sa fondation qu’il a été affirmé avec force que l’espace et le temps n’avaient pas de raison d’être… par lui-même. Ces prémices comprennent aussi la nécessité d’annuler toute idée de présence d’’être pensant’ pour être assuré d’atteindre l’os de la réalité du monde. Dans tout le parcours proposé ci-dessus dans l’article on constate que le sujet pensant qu’il soit physicien, mathématicien, observateur, doit toujours faire appel à l’espace-temps pour penser et relater les conséquences et les phénomènes reliés à la RG.

Est-ce que de fait cette inexpugnabilité de l’espace-temps signifie une même inexpugnabilité de ‘l’être pensant’ ? La réponse est oui, cela est mon hypothèse. Avec ces exemples, il est difficile de continuer à postuler que la science physique est une science objective dans la mesure où tout ce qui pourrait constituer des éléments de subjectivité serait exclu. Ainsi il serait possible de décrire le monde tel qu’il est objectivement, tel qu’il est réellement. Mon hypothèse est que le ‘sujet pensant’, qui n’est pas nu de toute contribution lorsqu’il décrypte et met en évidence une loi de la Nature : article du 21/12/2011, est dans la réalité du discours développé par les physiciens. Ainsi, il serait plus juste de penser que nous atteignons des vérités consistantes aussi représentatives de ce que nous sommes capables de penser, au moment où elles ont ce statut, en considérant qu’elles évolueront vers plus de justesse au fur et à mesure que la pensée humaine sera en mesure d’évoluer et de scruter plus en avant. Il est possible de considérer que les physiciens (non exclusivement) constituent une avant-garde qui contribue à la dynamique de l’évolution de la pensée humaine.

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15 mars 2016 2 15 /03 /mars /2016 10:27

Onde gravitationnelle, ondulation de l’espace-temps, est-ce compatible ?

L’annonce du 14 février de la détection, pour la première fois, d’une onde gravitationnelle, dans les détecteurs Ligo, a été considérée comme une annonce majeure, à juste raison, par la communauté scientifique et au-delà. La raison principale de cette clameur générale c’est qu’il y eut un siècle d’attente entre la prédiction théorique conséquemment à la loi de la relativité générale d’Einstein et cette première détection. Il n’y a pas de doute, tous les articles relatifs à cette annonce nous disent : « Les ondes gravitationnelles sont (produisent) des ondulations de (dans) l’espace-temps. »

En conséquence, il est essentiel de comprendre quel fut le sort réservé à l’espace-temps pendant le siècle de traitement théorique de la relativité générale.

En premier lieu, il faut sérieusement prendre en compte la démarche intellectuelle d’Einstein qui l’a conduit à inventer la loi de la relativité générale (jusqu’à maintenant, la plus belle invention d’un esprit humain). On peut saisir l’essence de sa conviction intellectuelle en se rappelant le dialogue ci-dessous qui eut lieu effectivement entre A. Einstein et Rabîndranâth Tagore (écrivain et poète indien 1861-1941, prix Nobel de littérature en 1913), dialogue qui illustre parfaitement ce qui l’a guidé tout au long de sa vie dans sa quête pour faire émerger les lois physiques qui régissent les propriétés de la nature.

Einstein : Il y a deux conceptions fondamentales concernant la nature de l’univers ; on le considère soit comme un tout inséparable de la vision qu’en a l’humanité, soit comme une réalité indépendante de notre perception humaine.

Tagore : Quand l’univers est connu comme harmonie selon l’homme éternel, il vous apparaît dans sa dimension de beauté et de vérité.

Einstein : C’est la conception de l’univers qui relève entièrement de l’homme.

Tagore : Il ne peut y avoir d’autre conception ; le monde séparé de nous n’existe pas (sic) ; c’est un monde relatif dont la réalité dépend de notre conscience.

Einstein : Alors, s’il n’y avait plus aucun être humain, il n’y aurait plus, non plus, de beauté ni de vérité ?

Tagore : Non.

Einstein : Je suis d’accord en ce qui concerne la beauté, mais pas en ce qui concerne la vérité. Telle est ma religion : il existe un réel indépendant de l’homme et une vérité concernant ce réel (sic).

Tagore : Une vérité qui serait indépendante de l’humanité et sans relation avec elle n’existe absolument pas.

Einstein : Alors, je suis plus religieux que vous !

Cela veut dire que pour Einstein, les bonnes lois physiques sont celles qui atteignent l’os du monde réel et qui ont expulsé la moindre trace d’une quelconque influence du ‘sujet pensant’, en l’occurrence : le physicien découvreur. Selon lui, la confirmation que toute subjectivité est abolie dans ces bonnes lois c’est qu’elles sont indépendantes, invariantes, des conditions spécifiques de leur observation, de leur vérification. Il fut encouragé dans cette certitude quand en 1905, il mit en évidence, aussi, finalement, dans le cadre de la relativité restreinte, des grandeurs résultantes qui sont égales à elles-mêmes quel que soit le référentiel d’inertie dans lequel elles sont exprimées (ex : quadrivecteur espace-temps (métrique), quadrivecteur impulsion-énergie d’une particule en mouvement (masse énergie au repos), temps propre d’une particule (durée de vie d’une particule au repos), etc... A partir de ce constat, il fut encouragé pour généraliser cette quête d’invariance dans un autre référentiel, celui qui inclut l’action de la gravitation. A la suite de dix années de recherche il mit en évidence les lois de la relativité générale en 1915.

Comme le rappel Th. Damour (professeur à l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques), il faut noter que le principe de relativité générale (contrairement aux apparences et contrairement à ce qu’Einstein crut pendant quelques années) a un statut physique différent du principe de relativité restreinte. Le principe de relativité restreinte était un principe de symétrie de la structure de l’espace-temps qui affirmait que la physique était la même dans une classe particulière de référentiels, et donc que certains phénomènes correspondants se déroulaient exactement de la même façon dans des référentiels différents. En revanche, le principe de relativité générale est un principe d’indifférence : les phénomènes ne se déroulent pas de la même façon dans des systèmes de coordonnées différents, mais aucun des systèmes de coordonnées n’a de statut privilégié par rapport aux autres. C’est aussi ce que l’on appelle le principe de covariance.

Ce principe d’indifférence nous dit que les coordonnées spatio-temporelles ne sont pas significatives à l’égard de cette physique. Cela confirme l’idée de supprimer la notion d’espace-temps (sic), sous-jacent aux phénomènes, servant de cadre de référence, et ne retenir que les relations entre objets, comme cela fut préconisé par Leibniz, Mach ou Penrose. L’objectif est alors de construire une physique sans espace-temps, ou plus exactement dans laquelle l’espace-temps n’apparaît que comme une limite de la théorie à grande échelle. En effet, bien interprétée la relativité générale interdit toute localisation dans l’espace-temps, et a fortiori dans l’espace ou dans le temps : toute localisation ne peut être que relationnelle, c’est-à-dire ne s’exprimer que par rapport à d’autres événements, mais non par rapport à une structure géométrique existante. Ainsi la relativité générale est une théorie très contrainte, contrainte que l’on qualifie, le plus souvent maintenant : d’invariance par difféomorphisme et donc les points de l’espace-temps n’ont pas de réalité physique par eux-mêmes.

Sur ce sujet, citons Aurélien Barrau en complément de l’article du 13/02/2016 : « Le cœur de la théorie d’Einstein, c’est l’invariance de fond : le fait qu’il n’existe plus aucune structure « figée » dans l’Univers, le fait que tout est dynamique et en interaction, le fait que l’espace-temps est un champ comme un autre régi par des lois d’évolution. Cette idée un peu vague (sic) admet une traduction mathématique très rigoureuse qu’on nomme l’invariance par difféomorphisme. »

Je propose, à ce stade de l’article, de citer aussi le point de vue de Marc Lachièze-Rey exprimé dans son livre ‘Au-delà de l’Espace et du temps’, 2003, édit. Le Pommier, p116 : « La covariance est une propriété subtile et fondamentale. Elle est considérée comme la véritable symétrie fondamentale de la relativité générale (Th. Damour, voir ci-dessus, ne fait pas la même analyse). Comme toute symétrie, elle s’exprime sous la forme d’une invariance vis-à-vis de certaines transformations, que les mathématiciens appellent difféomorphisme. Cette invariance permet finalement d’exprimer la théorie en se passant de l’hypothèse d’existence de l’espace-temps. »

On constate que la conception de l’espace-temps, que peuvent avoir les physiciens, virevolte dans tous les sens. Selon mon hypothèse ces tergiversations sont dues au fait qu’il est majoritairement pensé comme l’affirme A. Einstein : « Il existe un réel indépendant de l’homme et une vérité concernant ce réel. » et donc la bonne physique est celle qui évacue la ‘Présence’ de l’être pensant. Ceci est explicitement affirmé par A. Barrau, p123 : « l’Univers apparaît alors comme une collection de champs quantiques en interaction. Il n’y aurait plus aucune « méta structure » sur laquelle ces champs se déploieraient. » Contrairement à ce qui est affirmé, la ‘Présence’ du sujet pensant qui formule les lois de la physique est inéluctable, elle est inexpugnable, et comme le dit succinctement, R. Tagore : « Le monde séparé de nous n’existe pas. » Réfuter l’idée d’éliminer le ‘méta structure’, le ‘fond’ de la ‘Présence’ du sujet pensant résout l’inconstance de la conception de l’espace-temps que nous avons identifiée car c’est cette ‘Présence’ qui fonde l’espace-temps.

Comme je l’ai indiqué dans plusieurs précédents articles les processus de fondation de l’espace et du temps ne sont pas semblables. A propos du temps le processus abstrait de fondation est finalement illustré par mon hypothèse de TpS. Quant à l’espace le processus de fondation est moins abstrait car j’imagine qu’il peut prendre appui sur une matérialité concrète qui permet le déplacement et le repérage physique du bipède que nous sommes devenus (voir article du 21/07/2015 : ‘La seconde naissance de l’homme’), en tous les cas, et depuis cet exemple, penser l’espace et le temps en tant qu’espace-temps est intériorisé.

En guise de conclusion de cet article, je considère qu’il faut abandonner l’ambition affirmée par Einstein que la physique atteint la description du monde réel. Cette ambition est de fait une croyance partagée par une très grande majorité de physiciens que l’on qualifie de ‘Réaliste’. Jamais, dans l’histoire de la connaissance en physique depuis Galilée, cette ambition n’a été confirmée, loin s’en faut. Les étapes significatives de cette histoire ont plutôt correspondu à l’établissement de vérités provisoires. En effet, la science physique est une science suffisamment rigoureuse pour qu’à un moment donné une communauté de scientifiques partage un point de vue commun et un langage (mathématique) commun de représentation. Ces étapes historiques ne durent pas plus que quelques décennies, jusqu’à ce que de nouvelles vérités s’imposent et qui, d’ailleurs, peuvent englober les précédentes. Je fais cette proposition non pas par purisme, ni par souci d’esthétisme, mais par souci d’efficacité. Cette ambition de réalité immédiate provoque une focalisation intellectuelle réductrice qui retarde le recul de l’intelligence collective qui devrait prévaloir dans ce domaine.

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26 février 2016 5 26 /02 /février /2016 11:00

Au-delà de ce que l’on appelle la lumière.

Officiellement, le 11 février nous avons appris qu’au-delà de ce que l’on appelle la lumière il y a d’autres moyens d’extraire de la connaissance en ce qui concerne ‘notre univers’. C’est une première qui annonce ce cap remarquable qui vient d’être franchi. Jusqu’à présent toutes les informations que nous avons pu obtenir et mettre en ordre, à propos de notre univers, cela fut grâce à la lumière. Quand je dis ceci je globalise car j’appelle lumière tout ce qui est onde électromagnétique avec un spectre qui s’étend des ondes radios jusqu’aux rayons gamma. Respectivement de plus de mille mètres jusqu’à moins de 10-19mètre en longueur d’onde. Les ondes des couleurs de l’arc-en-ciel constituant la lumière naturelle à laquelle notre œil est sensible sont comprises entre 7.10-11m (rouge) et 4.10-11m (bleu). Très grande sensibilité de l’œil humain mais, comme on le constate, très spécialisé sur une gamme particulièrement étroite si on compare l’ampleur de la gamme qui a été depuis conquise. La gamme a été effectivement conquise par l’homme moderne qui a construit au fur et à mesure des instruments qui ont étendu par des moyens indirects des capacités de ‘voir’. Ainsi aujourd’hui on peut découvrir un article intitulé : «Voie Lactée : une spectaculaire image ... invisible (à notre œil) »

L’accès à une connaissance de la diversité des rayonnements électromagnétiques s’est engagé grâce à I. Newton : en 1672, à travers un prisme, il décompose la lumière blanche en lumière de l’arc-en-ciel. En 1800, W. Herschel découvre le rayonnement infra-rouge (I.R.). En 1801, J.W. Ritter découvre le rayonnement ultraviolet (U. V.). En 1815, Von Fraunhofer invente la spectroscopie. En 1865, J. Maxwell découvre les équations de propagation du rayonnement électromagnétique en général qui correspondent aussi à la lumière en particulier. En 1884 les ondes micro-ondes sont découvertes. En 1888, H. R. Hertz montre l’existence concrète des ondes électromagnétiques. En 1895, les rayons X sont découverts par W. Röntgen et les rayons gamma en 1900 par Paul Villard. Les rayons cosmiques découverts en 1900 qui sont d’origines matérielles ne sont étudiables que par les cascades de lumière induites quand ils pénètrent dans notre atmosphère et dont le flux est partiellement mesurable in fine dans des détecteurs appropriés, ex : Observatoire Pierre Auger.

Cette scansion historique, nous rappelle que c’est à partir de la faculté naturelle de voir que nous avons développé l’observation de notre monde. Ce n’est pas rien mais cela donne du poids à l’interrogation suivante : au-delà de cette faculté naturelle de l’être humain est-il possible de décrypter autrement et plus largement notre monde ?

Ces derniers jours, depuis le 11 février, on peut lire dans de nombreux articles des prédictions du type : « L’astronomie des ondes gravitationnelles va révolutionner notre compréhension de l’univers. » ; « Nouvelle fenêtre sur l’univers » ; « Ici on ouvre un nouveau domaine scientifique, l’astronomie des ondes gravitationnelles » ; « A l’aube d’une nouvelle astronomie » …etc. Ces prédictions ont de bonnes probabilités de se réaliser car ce ne sera plus uniquement avec notre œil et les outils qui en ont dérivé que l’on va être amené à constater ce qui se produit et ce qui ordonne notre univers. L’expression ‘notre univers’ acquière maintenant toute sa force, puisqu’elle nous rappelle les limites plus que jamais discernables de ce que nous avons su jusqu’à présent décrypter. C’est exactement ce que nous devons retenir du précieux résultat du 11 février : l’univers que nous avons pu investir jusqu’à présent, est celui qui est donné par, (à cause de), nos déterminations d’être humain.

N’oublions pas qu’il y a une grande majorité de physiciens qui considère que l’on voit déjà au-delà de nos propres déterminations grâce à la puissance des mathématiques et donc nous sommes des êtres doués d’une faculté universelle de ‘voir’ qui se déploie avec notre faculté de penser. Certes, cette conception se défend ! D’autant que les ondes gravitationnelles ont été pensées grâce à l’équation de la Relativité Générale en 1916. Toutefois l’euphorie du 11 février est significative. Les résultats obtenus ont la valeur d’une conquête historique pour la communauté scientifique parce que fondamentalement la physique est une science expérimentale dans le sens où il faut que des effets prédits par la théorie soient effectivement détectables et mesurables par l’un de nos sens et celui de la vue, a le statut de la plus grande objectivité. Cette assertion est d’autant plus consistante qu’elle s’applique aux ondes gravitationnelles elles-mêmes. En effet, les conséquences relatives à leur existence avaient été calculées avec une précision remarquable par R. Hulse et J. Taylor, il y a plus de 30 ans. A juste raison, ils ont été récompensés en 1993 par un prix Nobel. Le 11/02 on a vu leurs effets dans 2 interféromètres grâce à un train d’onde qui a imprimé pendant 0.2 seconde.

Voir les ondes gravitationnelles est encore, malgré tout, de l’ordre de l’actuel possible parce que ce résultat s’obtient avec des moyens et des contraintes encore anthropocentrés car celles-ci se déplacent dans l’espace-temps à la vitesse de la lumière. Comme je l’ai déjà exprimé cette vitesse est une vitesse horizon, pour nous, jusqu’à ce que nous puissions la dépasser, au moins penser que cela est pertinent. Mais il est certain que dans l’immédiat les ondes spatio-temporelles vont nous fournir des informations qui ne peuvent être qu’inédites et les connaissances de notre univers vont être plus denses dans un futur proche. Etant donnée l’originalité des ondes gravitationnelles, comparées aux ondes électromagnétiques, il est probable que les limites, de l’univers que nous avons investi, vont être repoussées mais il faut aussi envisager aussi que de nouvelles énigmes, de nouveaux paradoxes, vont surgir. Il n’est pas nécessaire d’être devin pour faire ce genre d’annonce car il est de plus en plus évident que dans le monde physique il y a quantités de phénomènes et d’informations qui ne nous sont pas encore accessibles. La preuve pour le moment nous n’avons identifié que 5% de ce qui est censé composer notre univers. Les 95% pour lesquels nous sommes toujours aveugles pourraient être éclairés, au moins indirectement, grâce, aux nouvelles énigmes, aux nouveaux paradoxes. Les motivations pour chercher à débusquer ces 95% seront redoublées puisque des pistes nouvelles de détection deviennent envisageables. Comment aboutir ? Concentrera beaucoup d’énergie cérébrale.

Il faudra probablement concevoir des détecteurs qui ne seront plus aussi anthropocentrés comme cela est actuellement. Ici, avec ces propos, il ne faut pas que cela soit entendu comme inaccessible à l’entendement de l’Homo Sapiens que nous sommes mais il faut l’entendre comme le fait qu’Homo Sapiens franchira un cap supplémentaire de sa faculté de concevoir grâce à la maîtrise de nouveaux paradigmes et qu’il en déduira de nouvelles capacités de ‘voir’. Ce ‘voir’ comprendra une haute proportion qui sera de l’ordre du ‘penser’ en général. De cette façon, il y aura de fait, grâce à l’accroissement de l’acuité intellectuelle, suffisamment de convergences pour que nous nous approchions, au plus près, d’une vérité partagée. Il faut prendre en compte qu’avec l’évolution, l’Homo Sapiens, que nous sommes, est devenu de plus en plus sujet pensant, et à ce titre les conquêtes dans l’espace-temps sont de moins en moins physique, mais de plus en plus le fruit de l’accroissement de nos capacités cognitives et à ce titre ont plus de sens. Le poids des déterminations de ‘l’être de la nature’, partie de l’être humain, diminue, et cette émancipation correspond au fait que s’élève le socle duquel ‘l’être dans la nature’, cette autre partie de l’être humain qui prend de l’ampleur, surplombe de plus en plus des conceptions du monde physique à venir. Voir articles du 2/11/2012 : ‘Synthèse : un Monde en ‘Présence’’ ; du 29/06/2013 : ‘Notre matière n’est pas toute la matière’ ; du 10/09/2013 : ‘Convergence’.

On peut considérer qu’assez rapidement on procèdera à une plus ample évaluation de ce que l’on appelle notre univers, soit par extension, soit par addition. Par addition, cela veut dire comme je l’ai indiqué dans l’article 13/02/2016, que nous additionnerons par exemple des univers du multivers déjà considérés avec une certaine probabilité avec des lois physiques qui nous semblent aujourd’hui encore totalement exogènes, mais que nous finirons par intégrer dans notre espace d’intelligibilité, lorsque des preuves à l’appui seront mises en relief.

Ainsi, c’est presqu’en temps réel que se trouve illustré ma référence métaphysique : ‘Au sein d’une Eternité, parmi tous les possibles, l’anthrôpos ne cesse de creuser sa connaissance de l’Univers, jusqu’à ce qu’il soit en mesure d’atteindre l’addition de tous les possibles, c’est-à-dire à l’infini du temps et de l’espace là où ils se confondent.

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13 février 2016 6 13 /02 /février /2016 11:34

Big Bang et au-delà…

C’est le titre du livre d’Aurélien Barrau qui vient de sortir : Big Bang et au-delà, les nouveaux horizons de l’univers : réédition 2016. Edition Dunod. Je me permets de vivement recommander sa lecture.

Aurélien Barrau est un physicien qui propose une pensée scientifique qui doit être connue et comprise car elle sort d’un cadre contraint habituel du milieu des physiciens qui n’a plus lieu d’être lorsqu’on intègre à bon escient toutes les avancées intellectuelles, culturelles, factuelles bien sûr, qui sont maintenant à notre disposition. A mon avis, A. Barrau est un représentant remarquablement intéressant de cette façon appropriée d’associer des domaines de connaissances et de réflexions multiples pour finalement placer, à la fois, sur un socle consistant des savoirs scientifiques qui ont une portée immédiate et, de plus, sont aussi vecteurs de potentialités qui entretiennent une belle tension intellectuelle. Le fait que cette dynamique soit le fait de quelqu’un qui provient, et qui y est toujours encore, du versant de la physique est (r)assurant. C’est ainsi que je l’éprouve.

Faire émerger de la loi de la Relativité Générale l’idée de multivers au sein duquel se trouve notre univers, (dé)montrer que cette hypothèse iconoclaste est vraisemblable et de plus, avec des arguments bien placés, faire que cette hypothèse soit accessible et donc propice au partage, tout ceci constitue un remarquable exercice. Comme l’auteur le formule : « Ce déplacement fondamental dans la manière de penser la physique » a un côté salutaire car il nous délivre du risque sérieux de l’enfermement téléologique de la pensée à cause du principe anthropique et partant, il met en évidence des potentialités de savoirs nouveaux, différents, que nous devons tenter d’élucider.

Malgré tout je souhaite pointer l’existence dans ce livre d’une contradiction certaine. Je ne la soumets pas seulement à l’auteur puisque quelque part au cours de nos cheminements intellectuelles nous devons y être confrontée, d’une façon ou d’une autre. Ici, je l’ai lue à son paroxysme. Dans les pages 139 – 142, A. Barrau nous fait connaître sa pensée à propos du monde vivant autre que celui du monde de l’homme. Avec une conviction qui ne peut être réduite à une conviction abstraite, de circonstance, il nous fait part de l’intelligence que nous devrions avoir avec le monde animal qui ne devrait pas être considéré comme un monde étranger, extérieur. En ce sens en tant qu’homme de science qui ne se cantonne pas à une vision purement académique, il nous rappelle que la pensée scientifique n’est pas désincarnée, hic et nunc. Pourtant, page 122-123, à propos de la gravité quantique à boucles : « En gravité quantique boucles, l’espace-temps n’est plus une trame continue. Il faut imaginer un réseau d’une immense complexité… Il (le modèle de mousse de spins) ne décrit pas le mouvement ou la composition d’objets se trouvant dans l’espace et le temps mais de l’espace et du temps eux-mêmes. L’Univers y apparaît alors comme une collection de champs quantiques en interaction. Il n’y aurait plus aucune « méta structure » sur laquelle ces champs se déploieraient. » Avec ces propos rapportés, on comprend bien que c’est le mathématicien, le physicien théorique, qui dans son élan est emporté par une conception de l’Univers dictée par l’abstraction mathématique. Est-ce que le logos mathématique est un logos en lui-même qui doit être supporté passivement par le sujet pensant jusqu’à ces conséquences extrêmes ? Alors dans ce cas le sujet pensant ne serait qu’un intermédiaire dont, de fait, sa pensée propre serait creuse. Qu’est ce qui fait penser qu’un Univers sans ‘Présence’ a un sens et en conséquence par et pour lui-même serait toujours.

Si on n’y prend pas garde, des dérives sont possibles, en tous les cas pour moi, il n’y a pas de doute j’en ai rencontrées et R. Penrose en est l’auteur lorsqu’il nous dit que les mathématiques sont de l’ordre du divin. Malgré le théorème de l’incomplétude de Gödel, il conçoit une échappatoire et, selon lui, les mathématiques se situent éternellement au niveau du divin. Cela a pour conséquence de nous mener directement à une conception physicaliste redoutable : l’activité du mental peut être abordée de manière scientifique et les idées de la mécanique quantique sont pertinentes pour le problème des relations du corps et de l’esprit.

Ceci étant dit, je reviens sur mon accord avec l’auteur exprimé à propos de ce déplacement fondamental dans la manière de penser la physique et ses conséquences car je pense que le, là, d’où s’est initié la faculté de penser d’Homo Sapiens n’est pas un là prison, mais un là tremplin (voir article du 03/02/2016) et en conséquence proposer de repousser les frontières de notre Univers, de repousser les frontières de ce qui aurait pu annoncer un essoufflement de la pensée tout court, et scientifique en l’occurrence, est vivifiant et à prendre.

Oui ! Dans d’autres univers du multivers les lois physiques qui prévalent sont autres mais devraient être saisissables. Pour ce qu’il en est de ceux qui seraient dépourvus de temps et d’espace donc univers pour lesquels l’idée de vitesse n’aurait aucun sens, pourquoi ne pas directement les associer à notre univers. En effet selon mon hypothèse, les propriétés des objets intriqués pourraient s’expliquer grâce à cette étrangeté car, dans ce cas, ni espace ni temps ne pourraient être projetés pour rendre compte des propriétés constatées des objets intriqués dès la production de l’intrication de ceux-ci. Ces univers en question ne seraient plus exogènes et notre univers (notre pensée) serait augmenté.

La matière noire et l’énergie sombre, telles que nous tentons de les concevoir, façonnent, à mon sens, non seulement une sorte de tunnel dont les parois sont autant d’obstacles à penser ce qu’il y a au-delà, mais aussi focalisent la partie visible à une source de lumière conceptuelle que l’on appelle le Big Bang. Cette façon de voir, moult fois réévaluée sous des angles différents, ne peut mener à une élucidation. C’est en comprenant que pas d’espace, pas de temps, pas de vitesse C et qu’ainsi E = mC2 ne contraint pas et ne vaut pas pour la matière noire ni pour l’énergie sombre que les parois du tunnel deviendront transparentes, pour ne pas dire non existantes.

Si ce chemin était fructueux, c’est-à-dire que la matière noire ne serait donc pas granulaire, ne s’annihilerait pas avec son antiparticule en photon, bref serait tout autre que ce que notre déterminisme conceptuel ne sait qu’envisager actuellement, là encore bien des univers du multivers composeraient le nôtre qui deviendrait tout autre. C’est un bond qui serait franchi par Homo Sapiens mais de nouvelles énigmes s’installeront dans le paysage. Plus du Big Bang actuel, Il devra certainement s’inventer une nouvelle origine car poser sa pensée sur une origine qui l’implique est probablement une nécessité pour que cette pensée puisse, après coup, se déployer.

Je ne prétends pas que ces propositions iconoclastes soient inscrites dans le livre d’Aurélien mais selon moi elles n’y rencontrent pas d’obstacle.

J’éprouve le besoin de revenir sur l’article précédent du 03/02/2016 dans lequel j’ai développé l’idée qu’Homo Sapiens est ce qu’il est parce qu’il est un être extraordinairement déterminé par les lois de la nature. Depuis le 02/02 dans plusieurs sites anglo-saxon a été publié un article qui rend compte que la forme du cerveau humain s’explique par des lois physiques très simples. En effet, une équipe franco-finno-américaine vient de prouver l’énorme rôle joué par les lois de la mécanique, précisément celles des interfaces, dans la forme si particulière du cerveau humain. Pour comprendre qu’une loi physique aussi basique que celle pilotant les tensions aux interfaces des matériaux puisse agir si directement durant le développement d’un organe à ce point complexe qu’est le cerveau humain, je vous conseille de vous référer entre autres à l’article du site de science et vie.com du 06/02 : « La forme du cerveau humain s’explique par des lois physiques très simples »

Il se trouve que je bénéficie d’une belle coïncidence avec la publication de cet article complémentaire.

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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 06:10

Chaîne de causalité ?

Dans le précédent article du 03/02/2016, j’ai considéré que nous devrions nous émanciper de la référence systématique au principe de causalité. En fait, bien réfléchi, nous nous en passons déjà, pas par volonté d’émancipation mais par obligation parce que dans certaines situations nous ne pouvons pas raisonner valablement en nous en tenant à ce principe.

J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer la frustration de H. Lorentz qui, au moment de l’avènement de la mécanique quantique, au début du 20e siècle, enseignait un matin de la semaine le rayonnement de l’électron soumis à une trajectoire courbe et qui le lendemain matin dans le même amphi, enseignait les propriétés physiques de l’atome d’hydrogène. Dans ce cas de figure l’électron ‘gravitant’ autour du proton ne rayonne pas. Cette situation fut dépassée lorsqu’il fut compris que l’atome d’hydrogène en soi ne pouvait pas être considéré comme une simple addition d’un proton et d’un électron. Certes le proton est un objet quantique avec les propriétés qui le caractérisent, il en est de même de l’électron. La bonne mesure pour penser l’atome d’hydrogène c’est de considérer qu’il est aussi un objet quantique indépendamment de ceux qui le constituent. Dès que ce saut (quantique) conceptuel est franchi on est en mesure de raisonner scientifiquement dans le cadre de la mécanique quantique sur les propriétés de l’atome d’hydrogène.

Pourtant, aucune explication atténuante ne fut proposée et n’est proposable à la frustration de Lorentz. On ne peut pas expliquer pourquoi dans l’atome d’hydrogène l’électron ne rayonne pas, aucune cause de ce changement de propriété physique ne peut être mise en avant, si ce n’est que nous changeons d’échelle. C’est à cause de l’acceptation du concept : atome d’hydrogène, objet quantique en soi que nous pouvons raisonner en tant que physicien notamment sur la cause de l’émission ou de l’absorption de photon à telle longueur d’onde plutôt qu’à une autre.

Avec l’avènement de la mécanique quantique nous avons été amenés, empiriquement, par pragmatisme, à aménager la référence au principe de causalité au point même de le laisser de côté pour continuer de rendre compte des phénomènes physiques observés et de les formuler mathématiquement.

Ainsi en janvier 1920, Einstein écrivait à M. Born : « L’absorption et l’émission quantiques de la lumière pourront-elles jamais être comprises conformément à l’exigence d’une causalité complète ? Je dois admette que je n’ai pas le courage de ma conviction. Mais j’aurais beaucoup de peine à renoncer à la causalité complète. » Cette inquiétude vertigineuse d’A. Einstein est relative à ses travaux durant les quelques années précédentes sur le mode spontané et stimulé d’émission de la lumière. En 1917, la certitude de la validité de la loi de Planck était complète et elle était donc devenue la référence pour vérifier si tout autre raisonnement que celui empirique de Planck était juste. C’est ce qu’entreprit Einstein en 1917 et pour se trouver en accord avec Planck il fut obligé de postuler l’existence d’un processus d’émission stimulée en plus l’émission spontanée. Ce postulat a des conséquences remarquables puisque le S du mot LASER (qui est un acronyme) provient de Stimulée. De plus la lumière stimulée a les mêmes propriétés quantiques que la lumière qui l’a stimulée. Aucun raisonnement s’appuyant sur le principe de causalité ne peut expliquer les phénomènes d’émission spontanée, stimulée, seul le raisonnement et l’évaluation statistiques empiriques fournissent des résultats en parfait accord avec la loi de Planck. N’oublions pas que Rutherford avait en 1900 aussi ouvert le chantier en proposant la loi de la radioactivité avec la formule exponentielle typique des phénomènes aléatoires.

Donc nous constatons qu’il y eut des précédents et quand il le fallut le principe de causalité fut contourné même par ceux qui ne le voulaient pas a priori.

De D. Lecourt (Dictionnaire d’histoire et de philosophie des sciences, p. 148) : « Nous déterminons – c’est-à-dire d’abord délimitons et façonnons – les phénomènes que nous étudions en fonction de nos connaissances acquises et les moyens dont nous disposons. Nous ne découvrons pas les « lois de la nature », mais nous énonçons des « lois physiques » - les lois de notre physique – qui, toujours, ont prélevé sur le réel, à des échelles différentes, la part qui nous en semble accessible (sic). Le principe général, selon lequel à tout effet naturel on doit toujours trouver une cause naturelle, se spécifie selon le type des réalités auxquelles nous avons à faire. » Je suis prêt à partager ce que nous dit D. Lecourt, d’une façon si rassemblée, à condition que la partie prélèvement sur le réel soit toujours présente à l’esprit, comme Platon a conçu ses ‘Idéalités’ géométriques en s’inspirant par prélèvement des figures géométriques qui délimitaient les champs fertiles de son paysage agricole. D. Lecourt nous indique que les lois de notre physique ne coïncident pas avec les lois de la nature. En effet celles-ci sont plus riches, plus multiples, que celles que progressivement nous découvrons. Cela n’exclut pas que notre perspective soit de nous en rapprocher puisque notre désir de savoir, la dynamique intellectuelle qui prévaut chez Homo Sapiens, se nourrissent de cette perspective. La condition, c’est que les lois de notre physique actuelle ne soient pas notre prison intellectuelle.

Il n’est pas banal que ce soit beaucoup des résultats des travaux d’Einstein qui, aujourd’hui, sont autant d’obstacles pour sortir de l’enfermement de notre physique actuelle. Evidemment, il n’est pas responsable de cette sacralisation. Lui-même, a connu la méfiance des physiciens classiques du début du 20e siècle. Ainsi, alors que Planck plaidait à l’académie des sciences de Berlin l’acceptation de la candidature d’Einstein, en même temps, il disait que le concept de quantum de lumière était une erreur de jeunesse et il ne fallait pas en tenir rigueur à l’auteur.

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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 10:34

Là, où, pense Homo Sapiens.

Il me semble qu’il est intéressant et utile de s’intéresser aux travaux des paléoanthropologues qui ont accumulé suffisamment de matériaux pour être capables maintenant de rendre compte où se trouvent dans l’histoire la plus profonde les racines de l’évolution des Hominidés… qui deviennent progressivement des êtres réflexifs. Evidemment, parmi ces travaux, j’ai sélectionné ceux qui peuvent nous aider à comprendre l’émergence et le développement de savoirs prélevés sur l’environnement Naturel qui ont conduit à concevoir des embryons de savoirs intériorisés dits rationnels.

Du livre de J. Guilaine : ‘Le seconde naissance de l’homme’ (O. Jacob) :

« Au paléolithique archaïque, aux alentours de 1,9 million d’années (homo ergaster et/ou homo erectus), l’analyse de la documentation fournie par plusieurs sites africains montre une gestion des matières premières fondée sur un certain rapport à l’espace (et donc au temps). A Oldowaï, les matériaux bruts nécessaires à la taille ont été apportés de sources distantes de 3 km. Des gîtes plus lointains, entre 9 et 13 km, on n’a ramené que des outils finis, après avoir laissé sur place blocs et déchets. Ces indices, parmi les plus anciens observés, donnent une première idée de l’espace prospecté et, de ce fait, du temps mis à le parcourir.

L’histoire des temps paléolithiques, dans leur extrême durée, est précisément caractérisée par une maîtrise de l’espace toujours plus élargie, par des déplacements sans cesse portés vers des frontières plus lointaines. Ces pérégrinations impliquent donc une maîtrise minimale du temps.

Ensuite, rapide élargissement du cadre : les déplacements de certains acheuléens africains pouvaient atteindre 100km, en Europe, entre -700 000 et -200 000 ans, on observe des tendances voisines.

Au paléolithique moyen (entre -200 000 et -35 000 ans) ce schéma ne sera guère modifié.

Autant de comportements qui sous-entendent une gestion planifiée de l’espace et du temps. »

On constate avec J. Guilaine que naturellement le besoin de se déplacer dans l’espace est corrélé avec la nécessité d’évaluer le temps de ce déplacement. Vitalement, la distance spatiale à parcourir n’est pas une information en soi. Ce qui fait sens c’est la combinaison distance spatiale et durée temporelle. Evidemment nous comprenons les choses maintenant en fonction de nos concepts et de notre acuité intellectuelle mais une initiation à l’espace-temps, en tant que un, s’échafaude à ce stade. Homo, se déplace en évaluant simultanément l’espace et le temps à parcourir. Il y a de l’inférence en jeu.

Selon Natalie Uomini et Georges Meyer (article dans la revue ‘Plos One’ en 2013), il est rendu compte que chez homo ergaster, il y a à peu près 1,75 million d’années, il y aurait une concomitance probable entre le début du développement du langage et la capacité à travailler le silex pour fabriquer des outils. La faculté de langage ne serait donc pas une faculté intrinsèque qui nous aurait caractérisés tout au long de la longue marche de l’humanité, mais elle est un surgissement provoquée par une réelle et âpre confrontation entre la nature matérielle et une action d’homo ergaster sur celle-ci pour en façonner un avantage vitale. Les auteurs ont obtenu ce résultat grâce à d’autres paléoanthropologues qui ont été placés en situation de fabriquer des outils correspondant à l’époque et la zone du cerveau qui s’activait était la même que celle du langage. On peut concevoir aussi que le projet de fabriquer des outils implique un échange d’expérience, de conseil, bref de la communication…gestuelle, sonore ?

Les paléoanthropologues sont de plus en plus nombreux à penser que les changements climatiques (Afrique de l’Est et du Sud) ont joué un rôle très important dans l’évolution humaine (lire dans ‘Pour la Science’ n° spécial novembre 2014 : ‘L’odyssée humaine’ : les moteurs cachés de notre évolution). Le premier choc évolutif a eu lieu il y a entre 2,9 et 2,4 millions d’années. « Lucy » et son espèce (Australopithecus afarensis) se sont éteintes, laissant la place à deux groupes assez différents. L’un correspond aux premiers membres du genre homo. Ils présentaient les premiers traits modernes, y compris des cerveaux volumineux. Ces individus ont fabriqué les premiers outils. Le second choc s’est produit il y a entre 1,9 et 1,6 million d’années. Une espèce plus carnivore, donc au cerveau encore plus développé, Homo erectus (aussi nommé Homo ergaster), est apparue. (Lire, Peter deMenocal in : ‘Pour la Science’, Novembre 2014)

De J.P. Demoule, professeur de protohistoire : « Révolution technique, le Néolithique (-12000 ans) est aussi une révolution spirituelle et symbolique : les représentations humaines, rares jusque-là, se multiplient sous forme de statuettes ou de signes gravés. « Les chasseurs-cueilleurs se pensaient comme une espèce animale parmi les autres. Au Néolithique, l’homme se ‘dénature’ pour se penser comme distinct du reste du vivant. »

Ainsi en fonction de ce qui est dit par J.P. Demoule, on doit considérer que la fascination provoquée par les œuvres des artistes homos sapiens qui nous ont offert les peintures rupestres de la grotte Chauvet (-35000 ans) résultent d’une osmose naturelle entre les hommes modernes primitifs et les autres représentants du monde vivant qu’ils côtoyaient, chassaient, redoutaient. C’est donc l’autre d’eux-mêmes qu’ils extérioriseraient sur les parois de la grotte avec une économie de moyen époustouflante. Le morceau de charbon de bois qui marque le trait continu assuré, et qui épouse intentionnellement les reliefs de la paroi, nous laisse voir ce qui est encore une intériorité d’Homo Sapiens.

Les paléoanthropologues nous informent que l’être humain est devenu ce qu’il est aujourd’hui grâce à un processus d’évolution dont le moteur principal fut et est une confrontation avec la Nature. Nature très immédiate il y a 2.000.000 d’années et à partir de cette proximité, déploiement et confrontations multiples, et causes d’évolutions. A ce niveau, il n’est pas abusif de considérer que le genre homo jusqu’à son terme actuel homo sapiens a développé une pensée où il a été façonné. On peut aussi conjecturer que cette pensée est déterminée, conditionnée, par ce naturel, sachant qu’il est aujourd’hui ce que nous appelons Notre Univers, sachant aussi, étant donné le développement de nos capacités intellectuelles qu’il n’est pas nécessaire d’aller physiquement sur de telles étendues pour les investir.

Il est évalué qu’homo ergaster avait un cerveau d’une capacité de l’ordre de 860 cm3, celui d’homo sapiens (homme moderne) est de 1300 cm3 en moyenne. Il est légitime de considérer que le cerveau d’homo sapiens englobe celui d’homo ergaster, il n’y aurait donc pas destruction des apprentissages archaïques d’homo ergaster, l’imprégnation primordiale indélébile a subit les effets de l’évolution sur 2.000.000 d’années et les effets des apprentissages qui se sont succédés.

On a clairement identifié que l’homme moderne a toujours cherché à porter son regard de plus en plus loin dans le monde pour le saisir, au sein duquel il avait conscience de se trouver et aussi de dépendre. Ces observations, d’objets très lointains, par exemple des planètes, n’étaient pas passives car il fallait pour réduire cette dépendance aveugle prévoir, prophétiser. Ainsi tout récemment on a découvert sur des tablettes cunéiformes que la trajectoire de Jupiter était calculée soit par des moyens mathématiques (-1800 ans) soit par des moyens géométriques (-300 ans) comme le faisaient déjà les astronomes grecs. Figures géométriques dont les standards étaient prélevés dans la nature immédiate puisqu’il y avait une nécessité sociale, économique, de mesurer physiquement par exemple des surfaces de terre (cultivables).

Platon (-370) a formulé l’idée d’un Univers globale préinscrit et c’était à l’être humain de le comprendre en décryptant l’alphabet (mathématique) dans lequel il était écrit, ‘encodé’. Galilée a pensé les prémisses de la physique moderne sur la base de cette métaphysique. Selon Galilée (1564-1642), la géométrie, avec ces figures élémentaires (triangle, cercle, etc. devenus des Idéalités.), constituée la base de cette alphabet et il put ainsi établir formellement les premières lois physiques.

Descartes (1596-1650) son contemporain a proposé un saut dans la faculté d’abstraction en imposant le paradigme de la chaîne de causalité. Théorie mécaniste qui ne fut pas du goût de Newton (1642-1727) pour des raisons purement métaphysiques pour ne pas dire théologiques.

Il y a quelques années encore on n’aurait jamais affirmé que l’homme premier serait venu sur terre, nu, sans au moins l’attribut d’un protolangage. En effet pour l’éminent linguiste Émile Benveniste (1902-1976), cela ne fait aucun doute : « C’est un homme parlant que nous trouvons dans le monde, un homme parlant à un autre homme, et le langage enseigne la définition même de l’homme. » Pour le psychanalyste J. Lacan il en est de même : « L'homme qui naît à l'existence a d'abord affaire au langage ; c'est une donnée. Il y est même pris dès avant sa naissance. Oui, l'enfant à naître est déjà, de bout en bout, cerné dans ce hamac de langage qui le reçoit et en même temps l'emprisonne ». Lacan a cherché aussi à « montrer combien le langage est ce qui ordonne notre rapport au monde (sic) aussi bien qu'à nous-mêmes. » Eh bien maintenant on doit accepter que ce n’est pas un donné mais un acquis, dans des conditions rapportées dans la revue ‘Plos One’. Corrélativement, la pensée, même sous sa forme embryonnaire, résulte de l’aride et rude confrontation, pour la survie d’Homo, avec les éléments naturels. Il y a unanimité pour penser que les changements climatiques contribuèrent notamment, sans équivoque, à la sélection naturelle dont la branche homo sapiens fut la seule à survivre. On peut comprendre aujourd’hui pourquoi le concept d’anthropocène n’est pas du tout banal.

Les causes de l’évolution d’Homo jusqu’à son terme actuel homo sapiens sont extérieures, l’essentiel de ce qui fait Homo est donc de l’acquis. Aucune essence n’a précédé l’existence. Alors le principe de causalité est une intériorisation de l’affrontement rugueux entre Homo et la Nature dans sa globalité. Voir article du 10/11/2015 : « Principe de causalité : construction de l’esprit ou loi de la Nature ? » La bonne réponse serait, il n’est ni dans l’un ni dans l’autre il est dans l’épaisseur de l’interface qui a finalement engendré, façonné, homo sapiens. Le sursaut ontologique proposé par Descartes, est peut-être un leurre, en révélant à l’humanité que l’appropriation, jusqu’à son intériorisation intellectuelle, du principe de causalité conduit à l’émergence du ‘sujet pensant en raison’, et donne ainsi la clef pour soulager l’existence de quantité de maux et favoriser le bien-être en nous rendant « comme maîtres et possesseurs de la nature » ; elle est moralement désirable car en nous donnant la connaissance des causes elle nous conduit à la sagesse. Il y a deux en un car il nous dit qu’ainsi l’humanité peut s’émanciper de la tyrannie des lois de la Nature pour être Homo Sapiens en devenir. On peut aussi comprendre pourquoi il a défini en son temps, cette hiérarchie des connaissances : « Toute la philosophie est comme un arbre, dont les racines sont la métaphysique, le tronc est la physique, et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences, qui se réduisent à trois principales, à savoir la médecine, la mécanique et la morale. »

Peut-être un leurre parce qu’Homo Sapiens, malgré les déterminations qui l’habitent au plus profond de sa manière d’Être et qui témoignent de l’histoire de son émergence dans le monde, ne doit pas, in fine, se comprendre uniquement à l’aune du réseau de contraintes extérieures qui l’a façonné. En conséquence la découverte de nouveau champ de connaissances devrait pouvoir emprunter d’autres chemins que ceux déterminés, conditionnés, par celui de l’enchaînement causal.

Et si le tronc de l’arbre de la connaissance est encore la physique comme l’affirme R. Descartes, affirmation qui est à mes yeux encore juste sinon tout ce que je viens d’écrire ci-dessus n’a plus aucun sens, alors c’est à la science physique d’ouvrir la voie. Tout comme au début du 20e siècle dans les premières prospections de l’infiniment petit qui ne peut être que pensé, conjecturé, plutôt que directement observé, le physicien est l’intellectuel désigné pour constituer l’avant-garde de cette aventure nouvelle. En plus, avec les cosmologistes, il est en mesure d’éprouver cette nécessité car l’univers qui a été conçu grâce à ces capacités de conception actuelles le confronte avec 95%, de ce qui le composerait, toujours obscur à sa compréhension.

La proposition que j’ai déjà formulée qui consiste à considérer qu’au-delà de l’horizon limite déterminé par la constante universelle C il y aurait de quoi inférer est une voie à prospecter, plus particulièrement pour la matière noire et les neutrinos. Ceci a à voir aussi avec la chaîne de causalité car dans notre monde de référence (c’est-à-dire dans notre univers de contraintes présentes, classiques) l’influence d’une cause ne peut pas se propager à une vitesse supérieure à celle de la lumière, voilà pourquoi nous accumulons les points d’interrogation à propos de l’intrication, par exemple.

Là, où, pense Homo Sapiens est un là spécifique mais toujours en évolution qui ne peut laisser croire qu’il permet de penser naturellement, immédiatement, l’universel. Certes les facultés intellectuelles croissantes d’Homo Sapiens lui permettent de largement concevoir et investir au-delà de ce que ses contraintes physiques lui imposent. Il s’est déjà émancipé de nombreuses déterminations, il est essentiel de comprendre celles qui sont toujours à l’œuvre et constituent un empêchement à concevoir des nouveaux paradigmes pour élucider les 95% inconnus de l’univers et ainsi découvrir que ce que l’on appelle notre univers aujourd’hui n’est qu’un modèle conceptuellement réduit d’un univers bien plus multiple et d’une autre envergure.

P.S. Dans le monde ‘Science et Médecine’ du 03/02/2016, de Laurent Alexandre : « Les neurosciences révèlent la complexité du fonctionnement cérébral. Le plan précis du câblage cérébral – nous avons 85 milliards de neurones, dont chacun est porteur de milliers de connexion – n’existe pas dans nos chromosomes. Notre ADN a une action plus subtile : il donne à nos neurones une boite à outils, plus ou moins performante, leur permettant de bâtir un réseau de connexions plastiques et dynamiques. Le cerveau se bâtit grâce à un mélange de déterminisme génétique, de réponse à l’environnement et de hasard. Notre quotient intellectuel, in fine, n’est déterminé par notre ADN qu’à hauteur d’un peu moins des deux tiers ; le tiers restant étant lié à l’école, la stimulation familiale, l’environnement et l’alimentation. »

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 09:49

Et si notre pensée était mal placée !

… si notre pensée était mal placée et trop restrictive, trop déterminée, pour rencontrer la nouvelle physique que nous appelons ! C’est l’interpellation qui m’est venue spontanément à l’esprit lorsque j’ai lu le premier article d’arrivée en responsabilité de Fabiola Gianetti an tant que Directrice Générale du Cern. « If new physics is there we can discover it, but it is in the hands of nature. » (Si une nouvelle physique est là, nous pouvons la découvrir, mais c’est entre les mains de la nature.)

D’un point de vue général l’article révèle un optimisme mesuré et de circonstance car l’année 2015 a été décevante. Les ratés du redémarrage du LHC laissent perplexe la communauté scientifique et interdisent de faire des projections de découvertes. Justement F. Gianotti et les directeurs font la liste des améliorations techniques qui doivent être encore assurées pour faire surgir des perspectives d’une nouvelle physique. Les théoriciens sont silencieux. Ils ont certainement l’impression d’être à la fin d’un cycle de prédictions théoriques (les ressources théoriques du Modèle Standard sont épuisées, obsolètes). Le cycle suivant n’est pas du tout pensé à cause du manque de clairvoyance qui résulte d’une certaine suffisance ancrée au sein de la communauté scientifique trop certaine de maitriser le langage (mathématique) universel qui permet de décrypter toutes les lois de la nature. Il y avait donc la certitude que les expériences, confirmant les prédictions extrêmes du Modèle Standard, enfanteraient aussi, tout au moins, des indications sur le(s) chemin(s) à suivre pour aller théoriquement et expérimentalement au-delà de l’actuel Modèle Standard.

Les premiers signaux de cette bévue ont été perçus par ceux qui à l’occasion de la découverte du boson de Higgs se sont dit : « Que ça ! » Autant que je sache, ce boson n’a pas été revu lors de la session 2015.

Dans l’article en question de physicsworld du 04/01, il y a un commentaire qui rappelle la liste longue de tout ce qui est légitime de pouvoir observer dans les détecteurs du Cern mais qui, jusqu’à présent, ne livrent aucun indice, in fine il est commenté : « … et qui ne peut rien dire à propos de la matière noire, j’espère que les physiciens théoriciens ou au moins le public scientifiquement éduqué (sic) demandera une nouvelle pensée pour unifier la R.G. la M.Q. et le S.M. »

Un autre commentaire nous dit : « Si nous ne pouvons pas voir aucune sorte de radiation attribuée à la matière noire, il semble improbable de la découvrir ici (au LHC) qu’elle que soit la puissance de nos appareils. Je voudrais affirmer dans ce cas que la matière noire a besoin d’une théorie au-delà (sic) de tout ce que nous avons pu concevoir par consensus. »

Il est donc dommage que F. Gianotti exclut qu’il y ait le moindre doute sur la pertinence complète de la pensée scientifique actuelle en physique des hautes énergies. L’avenir de la compréhension de nouvelles lois régissant la nature, n’est pas évidemment dans les mains de la nature mais dans le cerveau des physiciens. Effectivement à propos de la matière noire, en grande partie, nous calquons notre quête sur le modèle de la matière baryonique rayonnante de lumière qui nous est si familière car c’est la matière qui nous constitue au plus profond de notre être physique et physico-cérébrale. Bon récepteur de cette lumière donc bon penseur que nous sommes. Quid de la matière noire dont on pense qu’elle interagit gravitationnellement avec notre matière mais avec quelle intensité ? Dont on ne sait toujours pas si elle interagit avec elle-même ! Est-elle constituée d’éléments granulaires et irréductibles ? En fait a priori on le postule pour justifier le scénario des puits de potentiels primordiaux d’accrétion de la matière baryonique et donc pour justifier le modèle de la genèse de l’univers à partir du Big Bang. Ce scénario devient un obstacle quasi doctrinaire (voir article du 31/03/2015) pour rejeter les résultats relatifs à la théorie MOND qui pourtant connaissent des évolutions intéressantes.

Plus généralement, considérer que toutes les catégories de matière sont régies par la contrainte E = miC2 doit être réévalué. En effet, il est évident qu’une matière chargée électriquement ne peut pas atteindre une vitesse égale à C puisque c’est la vitesse du champ électromagnétique émis par cette matière. De plus la signification physique d’une masse d’inertie est dans ce cas plausible. Est-ce que cela vaut pour de la matière non chargée comme la matière noire ? A l’évidence ce questionnement vaut aussi pour les neutrinos. Il ne peut pas nous échapper qu’il y a des hypothèses qui supposent la substitution et/ou la complémentarité entre matière noire et neutrinos (stériles), notamment en ce qui concerne les amas de galaxies.

Pourquoi la matière noire et l’antimatière noire s’annihileraient en photon gamma comme cela est fortement présupposé avec AMS et avec le télescope Fermi et DAMP (nouveau détecteur lancé par la Chine) ? Cette présupposition est étonnante alors que par définition la matière noire ne rayonne aucune lumière reconnue actuellement quelle que soit la longueur d’onde.

Considérer qu’il est temps de s’émanciper d’un cadre conceptuel devenu trop limité pour aller au-delà est un pari à prendre mais aussi risqué car, de fait, nous n’avons aucun filet raisonnable pour nous projeter vers ce monde inconnu. Je m’appuie donc sur le fait de l’insolvabilité actuelle de la quête de matière noire. Je m’appuie aussi sur le constat que nous sommes constitués physiquement de matière ordinaire au plus profond de nous-même c’est-à-dire qu’il en est de même au niveau cérébral. Est-ce que cela peut induire un tropisme qui fasse obstacle à la perception naturelle d’un au-delà et d’un ailleurs ? Nous ne pouvons pas exclure cette hypothèse. De plus, il est juste de considérer que la matière que nous connaissons et la lumière que nous détectons sont les 2 versants d’un même savoir (voir article du 27/05/2012 : Lumière/Matière ↔ Matière/Lumière). Cela fait que nous sommes constitutivement de parfaits détecteurs absolus de cette lumière et je dirais de parfaits penseurs de celle-ci. S’il y a exclusivité est-elle rédhibitoire ? Je fais le pari que non et je considère que le sujet pensant saura dépasser ce tropisme (voir article du 31/07/2013 : Être de lumière et intelligence des lumières).

A notre connaissance actuelle de la lumière maxwellienne est impérativement associée la vitesse de propagation de celle-ci. Elle a même jusqu’à présent la valeur d’une constante universelle. Or nous sommes confrontés à deux situations physiques où C en tant que limite n’a plus de sens, en tous les cas elle ne peut pas nous permettre de comprendre les phénomènes en jeu. Il en est ainsi de l’intrication et de l’hypothèse du ‘trou de ver’. Dans l’article du 29/12/2015, j’ai considéré que cela était dû au fait que dans ce contexte le concept d’espace-temps n’était plus fondé par l’observateur. Dans certaine situation l’idée de vitesse ne peut être définie, c’est quand nous sommes conduit à considérer que C pourrait être dépassée. Au-dessous de C, au-dessous de cet horizon, le concept d’espace-temps fait référence pour le physicien, au-delà de cet horizon, il ne peut plus le faire. Peut-être est-ce la raison pour laquelle on ne peut pas ajouter de la vitesse à C. Cela ne devrait pas nous amener à considérer que définitivement il n’y a pas de nature au-delà de C.

Dans l’article du 27/05/ 2012, déjà cité, j’ai écrit : « Ces contraintes sont constitutives de l’horizon physique de l’univers, celui que nous pouvons décrypter, qui nous est accessible concrètement et intellectuellement » Début 2016, je dirais que pour bien placer notre pensée afin de nous rapprocher d’une nouvelle physique, comme le souhaite F. Gianetti, nous devrions penser qu’il y a un Monde au-delà de C, bien que le concept tel que celui d’espace-temps et partant la grandeur vitesse n’ont plus cours dans cet au-delà. Il faut reconnaître qu’il y a un risque d’errance, de divagation, intellectuelle car expérimentalement nous n’avons aucun détecteur qui pourrait nous fournir a priori des indices d’un bien fondé de cet au-delà puis que tous déterminés par E = mic2. Ce dont nous disposons ce sont des énigmes théoriques que nous ne savons pas résoudre en exploitant l’arsenal des concepts actuels. Dans ce contexte, il faut repenser ce que disait Einstein à sa conférence d’oxford en 1933 : « L’expérience peut, bien entendu nous guider dans notre choix des concepts mathématiques à utiliser, mais il n’est pas possible qu’elle soit la source d’où ils découlent. […] C’est dans les mathématiques que réside le principe vraiment créateur. En un certain sens, donc, je tiens pour vrai que la pensée pure est compétente pour comprendre le réel, ainsi que les Anciens l’avaient rêvé. » Ici, en fonction de ce que je propose, notre pensée pure créatrice doit être mise à l’œuvre.

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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 09:03

Suite à présentation synoptique du 02/01/2016

Cet article fait suite à celui du 02/01/2016, puisque C. Rovelli a réagi à ma présentation synoptique et m’a fait parvenir son questionnement à ce sujet. Le présent article intègre mes réponses.

De Carlo Rovelli le 09/01/2016

  • Cher Philippe,
    Merci pour votre intéressant message. Est-ce que vous avez des articles ou de textes dans lesquelles votre idée est développée? Comment arrivez-vous à l'estimation de 10-23 à 10-25s pour ce temps du sujet?

    L'idée d'un temps minimal dans le fonctionnement de la conscience est très convaincant, bien sûr, mais un rôle de ce temps au niveau physique est une idée nouvelle, à notre connaissance.
    C'est intéressant de considérer la possibilité que la réalité physique soit interprétée en termes de relations entre systèmes, et dans ce cas, le temps de résolution de sujet de l'information devient important, mais d'où viendrait-t-il un temps de l'ordre 10-24s? Quels phénomènes indiqueraient ce temps? Carlo Rovelli
  • Le 16/01

Cher Carlo Rovelli, je vous joins volontiers mes réponses à votre questionnement. Voilà où j’en suis avec mes réflexions. Peut-être qu’un échange fructueux va s’installer. J’y suis favorable. Bien amicalement.

Réponses à C. Rovelli.

Comment estimer 10-23 à 10-25s ? Cette estimation résulte de la conjonction de 2 réflexions distinctes a priori. En premier, dans les années 1960-70 nous étions submergés par la production de particules résonantes. Certaines avaient une durée de vie τ tellement brève que l’on ne pouvait pas observer leur trace physique dans les détecteurs quels qu’ils soient. Par contre on pouvait les reconstituer à partir des éléments de désintégration. Cela a conduit à l’idée qu’il y avait des particules virtuelles mais réelles jusqu’à une certaine limite et au-delà on ne savait plus se prononcer quant à la réalité en maintenant l’idée de virtualité. La limite se situait autour de 10-21 à 10-22s. Cette limite d’observation est encore vraisemblable malgré les progrès technologiques de la détection directe. Pour avoir de la marge j’ai placé le point aveugle de l’observateur autour des valeurs estimées

L’autre réflexion concerne mon impossibilité d’adhérer au réalisme absolu d’Einstein. A mon sens son affirmation : « Ce qui du point de vue physique est réel … est constitué de coïncidences spatio-temporelles. Et rien d’autres. », contient une contradiction, puisque dans ce contexte l’observateur n’a plus besoin d’être présent. Le mot « observateur » employé après coup (seulement à partir de 1936) par Einstein est à cet égard révélateur. Les coïncidences peuvent exister dans la réalité mais on ne peut pas les observer. Ce n’est que lorsque la présence de l’observateur est incluse que l’on peut constater des quasi coïncidences qui ne sont pas réelles mais considérées comme telles. L’observateur occupe un intervalle de temps TpS qui est la condition de sa ‘Présence’ et qui est aussi un point aveugle de ses facultés. Vous comprenez qu’à ce niveau je fus très intéressé lorsqu’après coup j’ai lu les propositions d’A Connes en 1997 car malgré TpS la métrique est égale à 0 ; (voir article blog du 26/05/2015). Il y avait la possibilité d’une superposition qualitative qui m’intéressait car en plus je partageais sa thèse que le point 0 avait une structure interne. Mais il n’y eut pas de suite de sa part, autant que je sache. Il serait intéressant de comprendre pourquoi il n’a pas persévéré.

Il n’y a pas la possibilité pour le sujet pensant d’accéder à la réalité du monde physique (au sens einsteinien), car ce monde ne peut être pensé que par la ‘Présence’ intégrale de l’être réflexif pour qu’il y ait un discours scientifique sur ce monde.

Enfin un article de Marcia Bartusiak, en avril 1993 : relatant vos travaux avec Ashtekar et Smolin m’avait interpelé : ‘ They need a quantum clock. And that may require some new mathematics…”. Je considère que TpS est le tic-tac primordial de cette horloge quantique.

Vous dites : « un rôle de ce temps au niveau physique est une idée nouvelle. » Effectivement je ne connais pas un développement équivalent et à ce sujet j’éprouve parfois, depuis une dizaine d’années, une solitude intellectuelle pesante. J’ai reconnu des convergences intéressantes. Ainsi L. Smolin, il y a quelques années, a émis l’hypothèse du ‘moment présent’ mais il n’a pas su franchir le Rubicond c’est-à-dire le quantifier. Il n’a pas voulu non plus toucher au totem (voir article blog : 2/05/2013).

En ce qui concerne les travaux de S. Dehaene, ils sont de très grandes qualités mais ils traitent de la conscience (voir article blog du 26/05/2015). Je m’appuie sur ces résultats pour accentuer le caractère vraisemblable de mon hypothèse TpS mais cela se joue sur un autre plan. On ne peut pas envisager qu’à partir du résultat de Dehaene on puisse par intégration passer au niveau de l’existentialité ou bien par un chemin inverse analytique trouver une correspondance logique entre les deux termes. Il y a des niveaux intermédiaires extraordinaires qui relient ces deux extrêmes de la mesure de l’être humain qui nous interdisent de l’envisager (actuellement et probablement jamais). Toutefois il serait intéressant de poser la question à S. Dehaene ou à des spécialistes de ce domaine. Il m’arrive de penser que TpS pourrait être considéré comme un existential au sens donné par Heidegger. Les travaux de Dehaene confirment ce que j’appelle une petite ‘présence’ et il est impossible de considérer : ‘Présence’ = ∑ petites ‘présences’.

A partir du moment où une grandeur physique est attribuée à la ‘Présence’ de l’être réflexif, il est possible, comme vous le dites, d’envisager : « en termes de relations entre systèmes, et dans ce cas, le temps de résolution du sujet de … » D’accord pour systèmes, au pluriel, puisque dès qu’il y a quantification de la ‘Présence’, le sujet pensant peut être considéré comme système (a nuancer). Mais sujet de l’information me semble réducteur car la ‘Présence’ du sujet pensant ne peut être réduite au rôle de vecteur d’information(s). A tout moment il est concepteur, il traite l’information et la façonne.

Votre question : Quels phénomènes indiqueraient ce temps ?

En premier lieu TpS, sa valeur, et le concept de ‘Présence’ sont totalement corrélés.

En plus des considérations sur les particules réelles mais virtuelles le résultat des travaux de Seth Lloyd validerait mon hypothèse. La dimension du proton est in fine la dimension ultime que nous savons estimer. Quid de l’électron.

Le phénomène de l’intrication s’explique, selon moi, à cause de TpS qui est un invariant et Δti < TpS, avec Δti : la durée de la production de l’intrication qui donc obéit à la R.R. Si un observateur observe cette opération dans un référentiel qui se déplace à grande vitesse, s’il voit Δt’i = ϒ Δti> TpS, l’observateur ne voit aucune intrication. J’admets que c’est une expérience compliquée mais…

Une autre expérience est, je crois, maintenant possible. Elle concerne la thèse de la ‘Présence’. Il s’agit de faire appel aux moyens de la magnéto-encéphalographie (Labo de Dehaene, par ex.). Il s’agit de placer un physicien appareillé devant un interféromètre et de détecter ce qui se produit dans son cerveau lorsqu’il a une information spatio-temporelle sur l’objet quantique qui parcourt l’interféromètre, puis lorsqu’il n’a aucune information spatio-temporelle sur sa trajectoire. Cette même expérience doit être réalisée avec une autre personne qui n’a pas de connaissance (formelle) au moins sur le phénomène ondulatoire. On devrait constater que ce ne sont pas les mêmes parties du cerveau qui travaillent. Ainsi on pourrait mieux comprendre le pourquoi de deux apparaitre distincts.

Maintenant que nous savons mesurer l’attoseconde cela a permis de traiter l’effet tunnel d’une façon différente (voir article blog : 17/06/2015). La prochaine étape sera d’accéder à la mesure de 10-21s. Etape intéressante car on sera au bord de la limite de TpS mais il faut attendre encore quelques années.

Les articles indiqués : blog, sont accessibles en demandant sur internet : philip.maulion et les articles apparaissent dans l’ordre chronologique.

Les cours en références que j’assure à l’université sont obtenus en demandant sur Google de 53PH3PP6 (2007) à 53PH3PP14 (2015-2016) ensuite il faut cliquer à gauche sur : Documents et liens . Le 1er cours de PP6 peut vous intéresser, puisqu’il est introductif et plante le décor.

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2 janvier 2016 6 02 /01 /janvier /2016 10:57

Tout récemment, j’ai découvert ce site : smc-quantum-physics.com, qui présente une ouverture intellectuelle originale. Ci-joint le concept du site, suivi d’une présentation synoptique de ma conception de la physique. Allez visiter ce site. Comité scientifique : R. Penrose ; A. Barrau ; L. Smolin ; C. Rovelli et autres.

La physique quantique a très vite évolué pendant ces cent dernières années. Malgré son efficacité et le grand intérêt qu’elle suscite dans le monde, elle a souvent laissé un sentiment d’incompréhension et parfois même un sentiment d’incrédulité.
- Le sentiment d’incompréhension est lié au fait que le réel était si bien mathématisable que les physiciens furent conduits à estimer que les structures mathématiques pouvaient être suffisantes pour comprendre la nature du réel.
La mathématisation du réel, cependant, peut parfois conduire à des mirages arithmétiques. Einstein en a fait, d’ailleurs, l’expérience quand, fort de ses succès, il avait conclu, sur base de ses équations, que la physique quantique ne pouvait se passer de variables cachées pour résoudre le problème que posait son paradoxe EPR.
Il aura fallu attendre une nouvelle génération de physiciens pour comprendre, avec Bell et Aspect, qu’aucune théorie à valeur cachée locale, contrairement à ce qu’Einstein affirmait, ne pouvait rendre compte des corrélations entre particules intriquées et séparées par de grandes distances.
La grande diversité d’opinions différentes entre physiciens, quant à la nature de ces corrélations, indique clairement qu’il reste quelques choses à découvrir dans ce domaine.
Einstein, par ailleurs, en développant sa théorie de la relativité restreinte, a introduit un changement important dans les notions de temps et de simultanéité. Ce changement devient encore plus marquant en relativité générale, ainsi que dans les efforts contemporains tendant à construire une théorie quantique de la gravité. La notion intuitive du temps dans la théorie physique se trouve donc remise en question par ces développements.
Ceci nous emmène ainsi à une réflexion sur le concept du temps, qui sans évidemment remettre en question les résultats des théories de la relativité, devrait nous permettre des interprétations de la notion du temps plus compatibles avec notre intuition et avec la mécanique quantique.
- Le sentiment d’incrédulité, soulevé par la mécanique quantique était dû à la nature de certains concepts de cette théorie qui apparaissaient, non seulement contraires au sens commun, mais parfois même incompatibles avec des résultats généraux qui semblaient scientifiquement avérés.
La culture occidentale très imprégnée de concepts d’origines métaphysiques a toujours induit les physiciens à une grande retenue quant aux limites à ne pas dépasser entre la physique et la métaphysique.
Des découvertes, telles que l’apparente communication instantanée entre des particules intriquées ont rendu Einstein incrédule, mais n’ont pas, pour autant, fait l’objet d’un nombre suffisant d’études approfondies dédiées à la recherche d’une compréhension rationnelle de ce phénomène.
Ces problèmes induisent souvent chez le physicien le sentiment trouble que trop y réfléchir signifie sortir des frontières de la science pure.
C’est ainsi que des études passionnantes comme celles qui furent faites par Roger Penrose et Stuart Hameroff sur la relation entre la physique quantique et la conscience, incluant ce qu’ils ont appelé la proto-conscience, n’ont pas reçu un accueil en ligne avec la portée de ces découvertes.
Cette frange un peu floue de la frontière entre la physique et la métaphysique mérite une étude approfondie, à condition que cette étude ne s’éloigne pas trop des sentiers rationnels de la science.
Notre Concept consiste donc à développer plusieurs lignes de réflexion en rendant toutes les idées qu’elles contiennent accessibles à un très large public, but qui pourra être atteint si l’on évite à notre avis, d’utiliser des équations pour compléter nos propos :
1.Les liens de l’entropie avec l’espace-temps. Est-ce que l’ « état particulier » de l’espace-temps au moment du big bang, tel que préconisé par Roger Penrose dans son concept CCC, peut signifier un état ou l’information était conservée?
Ceci justifierait l’idée que l’entropie va en diminuant vers le passé et en augmentant vers l’avenir. (voir dans la section "thèses" les deux articles "Conscience dans l'univers", et "Avant le Big Bang").
2. Les limites entre physique et métaphysique. Qu’est-ce que la protoconscience ? Existe-t-elle uniquement à l’état élémentaire dans les particules, ou bien est-elle également présente dans ce qu’on a coutume d’appeler l’énergie noire, sous sa forme élaborée ?
Si jamais elle existait sous cette forme élaborée dans l’énergie noire, serait-elle la source de cette intentionnalité de l’espace-temps ?
Si l'entropie était conservée et qu’elle était inversement proportionnelle à l’information, il en résulterait que l'intentionnalité de l'énergie noire serait la source du transfert de l'entropie en information pour générer la matière et la vie.
3. La limite de la mathématisation du réel, et la nécessité, à partir d’un certain stade, que nous croyons avoir atteint, de mener la pensée scientifique vers les extrêmes confins de la science avant de toucher à la métaphysique.
4. Notre concept sera la réflexion sur tous les points ci-haut mentionnés, ainsi que l’objet de ce site, et nous avons la claire volonté d’encourager les physiciens par tous les moyens possibles à ne pas hésiter à aller plus loin dans leur réflexion sur ces thèmes-là.
Pour illustrer tout ce qui précède, nous avons sélectionné dans la section "livres" quelques écrits pouvant éclairer nos propos, Tous les mois nous procèderons à l'ajout d'un nouveau livre
avec son résumé en Français et en Anglais

L’ouverture intellectuelle affichée dans la présentation de votre site, m’incite à vous exposer de façon synoptique une conception de la physique qui prend appui sur un paradigme exclu à priori par les physiciens.

Quelle que soit votre avis, à propos de ma conception, de toute façon celui-ci m’intéresse.

Présentation synoptique.

Depuis une dizaine d’années, j’avance pas à pas avec l’hypothèse que nous faisons de la physique en ‘Présence’. C’est l’intitulé de mon cours dans le cadre de ‘l’Université Ouverte’ à l’université Paris7 Diderot : ‘Faire de la physique avec ou sans ‘Présence’ ?’.

Selon mon hypothèse cette ‘Présence’ indélébile est marquée par le ‘Temps propre du Sujet’ pensant qui est de l’ordre de 10-23 à 10-25s et ce ‘TpS’ est aussi le point aveugle de l’intelligence humaine (de l’observateur).

‘TpS’ s’impose sur le plan de la physique car c’est la durée de l’installation de la ‘Présence’ : le moment présent.

Depuis que j’ai formulé cette hypothèse, je considère avoir rencontré des convergences :

Avec A. Connes qui a exprimé en 2007 dans une conférence à l’université de Metz: « L’espace-temps est très légèrement non commutatif, en fait le point lui-même dans l’espace-temps n’est pas commutatif. Il a une toute petite structure interne qui est comme une petite clé. Le point a une dimension 0 au niveau de la métrique mais avec ma géométrie il a une structure interne et j’ai un espace de dimension 6. »

Avec S. Dehaene qui au cours de son intervention en 2015 à l’académie des sciences a confirmé que « Le cerveau ne perçoit pas instantanément les évènements du monde extérieur. Il lui faut au moins un tiers de seconde, et souvent bien plus, avant qu’une information sensorielle élémentaire accède à la conscience. Il montre comment, grâce à l’imagerie cérébrale et notamment à la magnéto-encéphalographie, il parvient à suivre toutes les étapes de traitement visuel non conscientes et conscientes dans le cerveau humain. » A partir de cette confirmation je considère que cette durée correspondant à la ‘tâche aveugle de la conscience’ ne peut pas être sans conséquence sur l’éveil intellectuel et la vigilance observationnelle du sujet réflexif. Il serait quand même difficile de postuler que le fonctionnement par intermittence avérée de la conscience du ‘sujet pensant’ conduise à un fonctionnement intellectuel, observationnel, absolument continu du sujet. Je veux préciser que TpS n’est pas une grandeur de l’ordre de la conscience mais de l’ordre de l’existentialité.

Convergence avec L. Smolin qui a écrit en 2013 : « Mais l’univers réel a des propriétés qui ne sont pas représentables par un quelconque objet mathématique. Une de celles-ci est qu’il y a toujours un moment présent. Les objets mathématiques, étant intemporels, n’ont pas de moments présent, n’ont pas de futurs ni de passés. Toutefois, si on embrasse la réalité du temps et voit les lois mathématiques comme des outils plutôt que des miroirs mystiques de la nature, d’autres faits têtus, inexplicables, concernant le monde deviennent explicables… » Par contre, contrairement à L. Smolin, je ne considère pas que le temps soit donné dans la Nature, il n’est pas naturellement réel mais émergent. Point de vue que je partage avec C. Rovelli, mais pas pour la même raison.

Avec Seth Llyod et Y. Jack Ng, dans un article : ‘L’Univers un monstre informatique’ ils concluent : « En deçà de cette échelle, on ne peut plus parler de géométrie de l’espace-temps. Cette échelle de précision est beaucoup plus grande que la longueur de Planck, mais est cependant très petite : pour l’Univers observable, elle est de l’ordre de 10-15 mètre, valeur qui pourrait être à la portée des futurs détecteurs d’ondes gravitationnelles. » Or, mon estimation de TpS est de l’ordre de 10-23 à 10-25s, soit TpS × C = 10-15 à 10-17 mètre. 10-15m. = 1 fermi est, à la limite, encore accessible à la mesure : c’est la taille estimée d’un proton.

‘Faire de la physique en ‘Présence’’ permet de rendre compte de l’effet Zénon. Ainsi que de l’observation complémentaire : ‘onde ou particule’. En effet, quand l’observateur n’a pas de repère spatio-temporel, il voit l’objet quantique dans une étendue spatiale.

L’intrication de 2 objets résulte d’une opération instantanée ou quasi instantanée, pendant une durée Δti < TpS. Durée pendant laquelle l’observateur ne peut pas fonder ni l’espace ni le temps, référentiel de la localisation et de la chaîne de la causalité. Il en est de même du ‘trou de ver’, ainsi la conjecture de Maldacena et de Susskind : ER = EPR me parle. TpS est un invariant quel que soit le référentiel, toutefois Δti étant la durée d’une opération il peut être > TpS dans un référentiel en mouvement relatif. Il suffit que ϒ soit suffisamment grand.

Mon hypothèse est en opposition de celle d’A. Einstein quand il affirme : «Ce qui du point de vue physique est réel… est constitué de coïncidences spatio-temporelles. Et rien d’autre. » car celles-ci, bien qu’évidemment elles puissent exister, ne peuvent pas être observées. En effet celles-ci annulent la relativité des observations et la présence des observateurs devient superflue. De mon point de vue les lois de la Relativité doivent prendre en compte TpS et donc annule l’affirmation « Séparation entre passé, présent et avenir, ne garde que la valeur d’une illusion, si tenace soit elle »

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29 décembre 2015 2 29 /12 /décembre /2015 08:57

De l’implicite à l’explicite

Maintenant que Maldacena et Susskind ont conjecturé (en 2013), E. R. = E. P. R. c’est-à-dire qu’il y aurait une très forte relation d’équivalence entre la proposition originale d’Einstein, Rosen (publication 1935) à propos de l’espace-temps et la proposition, là encore originale, d’Einstein, Poldosky, Rosen (publication en 1935) à propos de l’intrication, il devrait être possible de franchir un cap important en ce qui concerne la conception de l’espace-temps. A l’égard de l’intrication sa bizarrerie est complètement confirmée expérimentalement (voir article, de A. Aspect et les autres, de synthèse finale, publié ces derniers jours, qui en fait enfin un nobélisable en 2016 avec A. Zeilinger). Bizarrerie, parce que toujours inexplicable dans le cadre de nos schémas et concepts traditionnels. Il n’y a que des balbutiements d’explications, ce n’est pas satisfaisant. A propos d’E. R., c’est tout le contraire il y a bien plus de commentaires, d’hypothèses, de propositions multiples d’explications, plus ou moins pertinents, qui ne sont que théoriques car aucune expérience n’apporte de preuves, mêmes faibles, de ce qui est initialement conçu dans l’article E. R.

Originalement, Einstein et Rosen proposent que l’espace-temps constitué de 2 feuillets soient reliés en certains points par des ‘trous de ver’ ; la connexion est appelée ‘pont d’Einstein Rosen’ et ils pensaient pouvoir expliquer ainsi la nature des particules élémentaires. Plus tard, J. Wheeler et Ch. Missner introduisirent l’idée de trous de ver reliant deux régions d’un même espace-temps, ou bien passage possible entre plusieurs univers. Il est d’ailleurs possible que la sortie du trou de ver débouche tout simplement dans une autre région de notre espace-temps, qui nous soit également connectée par un chemin ordinaire beaucoup plus long. Dans ce cas, le trou de ver constituerait un raccourci dans l’espace-temps. Il n’est pas du tout certain qu’un processus physique mène effectivement à un trou de ver. « Seule une physique nouvelle permettra de l’envisager », dixit M. Lachièze-Rey.

Si les trous de ver existaient, selon S. Hawking, « le problème de la limitation des vitesses spatiales serait résolu car en coupant par un trou de ver vous pourriez aller vous baguenauder le matin d’un côté de la Voie lactée et être de retour pour le diner. » Autre paradoxe concevable « Si les deux extrémités d’un trou de ver étaient proches, vous pourriez y entrer et en sortir en même temps. » On peut encore imaginer, « Emprunter l’extrémité d’un trou de ver pour faire un long voyage à bord d’un vaisseau spatial pendant que son autre extrémité reste sur terre. » Bien qu’inspirés de la théorie de la Relativité Générale ces scénarios dépassent notre entendement habituel, d’autant que dans la théorie d’Einstein, dans un contexte standard, un vaisseau spatial se déplace nécessairement à une vitesse inférieure à la vitesse de la lumière.

Jusqu’à présent l’hypothèse du trou de ver n’est pas vérifiable mais elle est fondée sur la base de la théorie de la relativité générale et de la relativité restreinte donc il y une base théorique pour la cogiter. En plus, il est difficile de balayer cette thèse d’un revers de main car pourquoi cette hypothèse serait-elle irrémédiablement incongrue alors que tous les autres concepts et solutions mis en œuvre grâce aux équations de la R.G. sont expérimentalement vérifiés ou presque.

Maintenant que la vérification expérimentale de l’intrication est définitivement confirmée on constate que la communauté scientifique reste toujours coite pour expliquer ce phénomène. On peut donc espérer qu’avec la conjecture E.R. = E.P.R. ce qui vaut pour E.R. en commentaires et hypothèses peut valoir pour E.P.R. et donc faciliter le déploiement d’hypothèses neuves à l’égard d’E.P.R.

Pour ma part, je considère qu’en ce qui concerne E.R., donc l’hypothèse du ‘trou de ver’, les quelques paradoxes que je viens de citer surgissent parce qu’on continue de raisonner toujours avec le même concept d’espace-temps. En fait on ne sait raisonner scientifiquement qu’avec cette hypothèse d’espace-temps comprenant aussi la contrainte universel d’une vitesse limite = C. Mais voilà, est-ce que le spectre des lois et des propriétés de la nature se superpose exactement à nos capacités actuelles de raisonnement et d’identification ? Nous devons envisager que la réponse soit négative et considérer que notre mutisme intellectuel actuel pour expliquer E.R. et E.P.R. en soit le symptôme.

J’ai déjà proposé, (voir articles du 29/10, du 10/11, du 9/12), qu’il se pourrait que l’intrication nous apparaisse comme telle parce que le sujet pensant (l’observateur de ce phénomène) ne peut fonder une base spatio-temporel pour décrire ce phénomène à cause de TpS (intervalle de temps qui a pour nous un apparaître, une mesure = 0). L’espace-temps étant le substrat de la chaine de causalité grâce à laquelle se fonde notre raisonnement, nous sommes ainsi démunis de tout repère de réflexion et de toute capacité descriptive. Enfin concomitamment, pas d’espace et pas de temps, aucune vitesse ne peut être définie. Vouloir décrire l’intrication avec nos concepts habituels d’espace, de temps et de vitesse < C de propagation d’interaction est voué à l’échec (le concept de trou de ver met à mal la convocation de ces concepts pour l’étudier). Ces données et contraintes sont inscrites dans notre esprit, non pas dans la Nature. On peut dire que le phénomène de l’intrication ne nous parle pas parce que nous n’avons pas l’intelligence du code pour rendre compte de la phénoménologie de cette propriété naturelle. Propriété naturelle car il est indéniable qu’il y a un processus qui est en jeu et que nous devons apprendre à le décrypter. Reconnaître et surtout comprendre nos déterminations de sujet pensant c’est en corolaire se donner les moyens de s’en émanciper. Accepter que ces déterminations conditionnent nos capacités actuelles de décryptage des lois et propriétés de la nature, accepter ce qui peut être évalué comme des limites puis les identifier c’est déjà se donner une possibilité de les dépasser.

Ce qui résulte de l’intrication nous perturbe parce que selon notre référentiel de pensées aucune information ne peut être véhiculée à une vitesse supérieure à C. Or nous analysons les choses comme si il y avait violation de ce critère. Ce qui pour nous est une information c’est ce qui fait sens, permet la communication et le débat entre les scientifiques, bref ce qui nourrit l’intersubjectivité. C’est notre condition d’être pensant qui détermine ce cadre. Est-ce que ce cadre peut être dépassé sans basculer dans le domaine de la métaphysique et ainsi quitter le domaine de la science physique ? Est-ce que nous pouvons développer un discours, qui soit scientifique, sur des faits naturels qui ne se produisent pas dans notre référentiel spatio-temporel traditionnel, et qui ne se dise pas au moyen d’une grandeur vitesse ? Est-ce qu’il se peut qu’entre des particules intriquées il y ait interaction, échange de signes qui ne soient pas encore, pour nous, recevables, identifiables comme élément d’information. Oui, cela se peut et l’Homo Sapiens que nous sommes, doit franchir un cap pour accéder à l’intelligibilité de phénomènes qui jusqu’à présent, n’étaient pas pour nous recevables et a priori ne faisaient pas sens.

Il est compris que nous sommes constitués de poussières d’étoile, et ceci est : jusque dans la structure la plus intime de ce qui nous constitue. La matière baryonique nous permet au moins d’être physiquement. Elle est la seule matière dans l’univers dont nous savons identifier son rayonnement. Nous en savons plus maintenant car les acides aminés naturels, briques élémentaires du monde vivant et constituants essentiels des protéines, sont uniquement celles qui sont polarisés gauche par la lumière naturelle (voir article du 02/08/2014). La contribution de la lumière des étoiles à notre être physique (et donc cérébral) est essentielle. Sans être devin on peut considérer que l’être humain est un récepteur particulièrement déterminé, sensible, et un décrypteur affûté des caractéristiques de cette matière/lumière. Naturellement elle fait sens et peut donc être caractérisée. Le problème qui se pose est que tout autre type de rayonnement, d’interaction, de processus, ne peuvent pas obligatoirement être caractérisé par les mêmes grandeurs et les mêmes valeurs. Nous devons franchir ce cap, d’autant que ce que nous savons identifier ne représente que 4,5% de notre univers.

Explicitement, il y a des situations naturelles et des propriétés pour lesquelles le physicien ne peut pas faire référence à un quelconque espace et un quelconque temps pour en rendre compte. Dans ce cas la grandeur vitesse n’a plus de sens car non définissable, dans ce contexte être obnubilé par la violation de la limite constituée par la vitesse de la lumière n’est plus approprié. Il faut penser que la vitesse de la lumière est une vitesse horizon, identifiée comme telle par le fait qu’elle est une composante qui contribue à notre détermination d’être humain. Dépasser cet horizon est maintenant à notre portée et s’impose si on veut continuer à décrypter le monde. Reste à inventer de nouveaux concepts, de nouvelles grandeurs, qui pour nous feront sens et en conséquence nous permettront de prélever des informations nouvelles sur des phénomènes qui effectivement se produisent dans la nature.

P.S.

J’ai lu dans un article : ‘L’Univers, un monstre informatique’ de Seth Lloyd et Y. Jack Ng, in ‘Pour la Science’ de Novembre 2004 : « En deçà de cette échelle, on ne peut plus parler de géométrie de l’espace-temps. Cette échelle de précision est beaucoup plus grande que la longueur de Planck, mais est cependant très petite : pour l’Univers observable, elle est de l’ordre de 10-15 mètre, valeur qui pourrait être à la portée des futurs détecteurs d’ondes gravitationnelles. » Or, mon estimation de TpS est de l’ordre de 10-23 à 10-25s, soit TpS × C = 10-15 à 10-17 mètre. 10-15m. = 1 fermi est, à la limite, encore accessible à la mesure : c’est la taille estimée d’un proton. En conséquence mon estimation de TpS est consolidée par des travaux qui ont une source de réflexion totalement disjointe de la mienne. C’est intéressant !

Un article récent : 9/12/2015, dans phys.org, rapportant des travaux de Dr Toby Cubitt et M. Wolf qui côtoient des problèmes de physique quantique insolvables et les expliquent grâce aux travaux de Gödel et de Turing. « En utilisant des mathématiques sophistiquées, les auteurs prouvent qu’avec une description microscopique sophistiquée d’un matériel quantique, définir s’il a un saut spectral est en fait indécidable. » Ce problème est posé : « Quand l’énergie devient très petite, c’est-à-dire quand les sauts spectraux sont rapprochés. » Cela conduit à s’interroger sur les limites du point de vue réductionniste et en conséquence celles de la dérivation des propriétés macroscopiques à partir de la description des propriétés microscopiques.

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